Parenté du français et de l’anglais et autres sources de leurs étonnantes ressemblances. Une approche linguistique


Découvrir les ressemblances entre les mots français et les mots anglais, celles qui se voient et celles qui ne se voient pas (mais qui peuvent s’entendre) et comprendre leur origine. Réaliser que les mots “français” en anglais ont souvent une phonétique typique du dialecte normand, peu documentée ailleurs, mais sur laquelle on insiste ici, en expliquant la correspondance d’une forme à l’autre.
Aussi des étymologies inédites pour les mots anglais “quiet”, “crash” et “evolve”, et quelques autres, qui valent …. ce qu’elle valent. Le cas du (des) mot(s) “suit” en anglais avec ses curieuses et diverses acceptions est particulièrement détaillé…

Posez vos questions à l’auteur dans les commentaires, merci.

Table des matières

  • La parenté du français et de l’anglais
  • Sous-familles de l’indo-européen
  • Histoire (simplifiée) comparée de l’anglais et du français
  • Types de ressemblances auxquelles on peut “s’attendre”
  • Piège des ressemblances
  • Epilogue
  • Sources
Article écrit sur Knol entre le 5 sept. 2009 et fin février 2012 (290 versions) puis transféré ici en mars de la même année.


De nombreux articles, comme l’ex knol d’Olivier Boucher : “Du bon usage du français en anglais” (il va falloir que je trouve un autre site typique, celui-là n’est plus en ligne depuis la mort.. disons le suicide de KNOL de Google) font la liste des mots français utilisés tels quels en anglais, ou plus exactement avec la même notation qu’en français. Cette approche est naturelle mais a l’inconvénient de focaliser l’étude sur l’écriture des mots. L’approche de type linguistique qui sera la nôtre ne négligera pas d’utiliser aussi la graphie (elle le fera forcément) mais aura pour but d’atteindre au niveau réel de la langue : un phénomène oral [1].

Deux petites anecdotes pour montrer ce que j’entends par observation orale : un jour à Rarotonga, j’écoutais des enfants jouer aux cartes en anglais. Le jeu s’appelait “Fishy-fishy” : … Fishy-fishy do you have a king ? (qu’on peut traduire par : “pêchant-pêchant” = une sorte de “minou-minou, pour attirer les poissons mais qui a curieusement aussi le sens : “douteux-douteux”, avez vous un roi ?). En écoutant ce dialogue, je me demandais si ce fishy n’avait pas un rapport avec la “pioche” du jeu de carte en français, pioche qui aurait en réalité été une “pêche”. Le geste de “piocher” une carte, cela ressemble plus en effet à pêcher qu’à creuser une tranchée, vous en étiez vous aperçu ? J’ai vérifié par la suite que dans certaines régions, la pioche (des cartes) se dit bien la pêche (voir TILF).
Et comme vous l’allez voir, nous reparlerons des cartes par la suite... Je n’ai pas en toutes occasions été si “clairvoyant”, merci, l’entrainement joue…Souvent, l’orthographe peut nous empêcher de voir les ressemblances linguistiques : un jour quelqu’un m’a dit que le fromage “Kiri” était de la “vache qui rit” … à ma grande surprise, car je n’avais pas remarqué la ressemblance des noms…
Il est évident que remarquer la ressemblance entre bébé et baby ne demande pas une acuité linguistique exceptionnelle. À l’autre extrémité du spectre, la ressemblance entre œil et eye ne saute pas … aux yeux, comme on le verra. À mi-chemin peut se positionner la ressemblance de formes telles que GRIMPE et CLIMB.

(et les “pom-pom girls”, aviez vous déjà remarqué qu’elles avaient des pompons ? cela demande une focalisation particulièrement difficile compte tenu du contexte….)

La parenté du français et de l’anglais

Le français et l’anglais sont toutes deux des langues indo-européennes. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Dès le dix-huitième siècle sont entrevues en Europe les étonnantes ressemblances entre les langues mortes de l’occident, le latin et le grec … et le sanskrit, une langue morte (mais tout aussi prestigieuse) de l’Inde. C’est l’origine de la linguistique comparative.

Par exemple “père” se dit Pater en latin, ce qui est pratiquement identique au grec classique πάτερ mais on ne peut pas ne pas voir immédiatement leur étonnante ressemblance avec le sanskrit “pitar”.

Peu de temps après d’autres savants, surtout allemands [2], purent montrer (à leur grand soulagement, car les langues germaniques, réputées “barbares”, manquaient jusque là d’une illustre langue ancestrale comme référence) que ces ressemblances étaient partagées par les langues germaniques et proposer des mécanismes responsables de la séparation des langues en familles et de l’évolution des mots. La langue souche qui avait donné toutes ces familles apparentées comprenant chacune une ou plusieurs langues, vivantes ou mortes, reçu alors pour nom “indo-européen” et ce fut le début de la linguistique évolutive.

Voir une bonne introduction à ce sujet ici :http://www.limsi.fr/Individu/habert/Cours/PX/ProprietesDesLangues01-02Polycopie/node9.html

Sous-familles de l’indo-européen

Les différentes “familles” de langue indo-européennes sont bien décrites dans de nombreux sites, par exemple
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/monde/famindeur.htm qui a une belle carte. Les principales familles de langues européennes sont les branches : germanique, latine, celte, slave, balte et grecque (il y en a d’autres). En se rapprochant de l’Inde, et sans détailler les familles, on rencontrera notamment l’arménien, le kurde, le pachtou, le hindi, le bengali (et évidemment la langue morte savante dont nous avons parlé plus haut le sanskrit).

Ce qu’il faut comprendre c’est que le panorama des langues de la grande famille IE ne se présente pas comme un semis sans structure mais plutôt sous forme d’un ensemble de constellations, qui sont des sous-familles à l’intérieur desquelles les langues sont plus proches, comme des sœurs, alors qu’elle sont aussi apparentées aux langues d’autres sous-familles, mais plutôt comme des cousines… (il peut y avoir ça et là un dialecte plus isolé).

Aujourd’hui les langues IE sont les plus répandues de par le monde… (avant la découverte des Amériques, et si on compte la mer dans les aires de répartitions, c’était peut-être les langues malayo-polynésiennes ?)

Langues germaniques et langues latines

Langues germaniques et langues latines sont les deux (sous-)familles qui nous intéressent dans cet article car l’anglais est considéré comme une langue germanique et le français comme une langue latine. On verra qu’il s’agit dans les deux cas d’une approximation.
Cette carte montre la spéciation des langues comme un arbre, ce qui est classique, mais aussi comme un cheminement. Cette idée est certainement moins naïve qu’elle en a l’air (The story of a word (1921), from: Hendrik Willem van Loon (*1882, †1944). The Story of Mankind. Boni & Liveright (USA), 1921)

Histoire (simplifiée) comparée de l’anglais et du français

L’anglais

L’anglais s’est développé en Grande-Bretagne sur un substrat celte, toujours présent sur ses marges (on négligera l’éventuel couche linguistique pré-celtique de la région, peu documentée; au dernière nouvelles d’ailleurs, les habitants de la grande Bretagne “celtique” parlaient des langues celtes, mais sont là depuis AVANT l’arrivée des celtes en Europe de l’ouest). Curieusement, si ce substrat a laissé des traces évidentes dans la toponymie et les noms de famille en Grande-Bretagne, l’anglais est pratiquement dépourvu de mots celtes et en compte finalement moins que le français.

Des peuples germaniques issus de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne et la Hollande ont colonisé (politiquement et physiquement) cette région auparavant celtique (linguistiquement du moins), occupée principalement par les Britons (dont une partie a alors émigré sur le continent, fondant ainsi la (petite) Bretagne); la langue bretonne descend de cette ancienne langue britone, pas du gaulois). D’autres colons germaniques sont venus à différentes époques de ce qui est aujourd’hui la Scandinavie (les Vikings) et ont aussi pu influencer l’anglais.

Mais l’événement crucial pour l’anglais se produit quand des descendants d’autres vikings installés en France depuis plusieurs générations se lancent à la conquête de l’Angleterre et la subjuguent; il s’agit de l’aventure de Guillaume le Conquérant. Ces “Normands” sont toujours des vikings, du moins dans leur mentalité (“par Odin, je vois une île de l’autre côté de cette petite mer, monseigneur, et si nous allions la conquérir demain matin ?” non je romance, en fait, il y a quand même un point de départ concret, celui d’une querelle de succession…) mais au cours de ce long séjour à proximité de la Seine, ils ont perdu la langue de leurs ancêtres et ont adopté le dialecte local, une variété de la langue d’Oïl. Quelquefois évoqué sous le nom d’anglo-normand ou simplement comme de l’ancien français, il s’agissait en réalité d’un dialecte normand, proche aussi du picard, c’est à dire pas très éloigné du parler popularisé récemment par le film “Bienvenue chez les Chtis”.

Le français

La toponymie de l’Europe de l’ouest montre que des populations pré-celtiques de langue euskarienne (apparentée au basque actuel) se rencontraient à l’issue de la préhistoire de l’Espagne à l’Allemagne, sur tout le territoire francophone actuel donc. Mais à l’exception d’une poche vers le sud-ouest (qui s’est beaucoup rétrécie depuis cette époque) les peuples celtes venus de l’est, généralement connu sous le nom de “gaulois” mais en réalité constitués de moult tribus celtes, ont occupé dans les millénaires précédent notre ère la grande majorité de notre territoire. De ces deux peuplements linguistiques anciens, il ne reste en réalité pas grand chose dans le français, en dehors de la toponymie (les noms des montagnes et des rivières sont souvent les plus anciens) mais nous avons quand même quelques mots celtes, confinés dans le vocabulaire rural. Quelques mots “basques” aussi, en cherchant bien…
Puis c’est la conquête romaine avec le rapide abandon des parler celtes (on peut imaginer que cet abandon a été dû à l’ampleur de la révolution politico/culturelle impliquée par cette colonisation) et la formation au nord de la méditerranée du cortège des langues romanes dont les descendants sont l’italien, le castillan, le catalan, le corse, le sarde, l’occitan, le portugais (toutes ces langues étant elle-mêmes en réalité composées d’une foultitude de dialectes).
Enfin, comme les peuples celtes partis de l’est avaient recouvert l’Europe jusqu’à l’atlantique avant notre ère, les peuples germaniques on déferlé plus près de nous selon un schéma comparable, subjuguant, repoussant ou assimilant les premiers. Les pays francophones européens actuels ont tous été traversés par ces migrations et si les parlers germaniques paraissent aujourd’hui stoppés au milieu de la Suisse et de la Belgique et en ce qui concerne la France, sur ses marges nord-est, il ne faut pas oublier que certains de ces peuples sont descendus beaucoup plus bas, jusqu’en Espagne et en Italie.
Les régions où le français s’est formé ont subi un intense germanisation par les rois Francs (les Francs étaient une tribu germanique) à partir des mérovingiens et jusqu’aux carolingiens. La maman de Charlemagne ne l’appelait surement pas Charles mais plus probablement “Karl”… cet aspect germanique de notre culture a été complètement gommé compte tenu des trois guerres qui nous opposé à nos voisins d’outre rhin et jusqu’à aujourd’hui. Il faut lire des bouquins érudits [3] pour s’apercevoir que notre comptine typiquement française “Am Stram Gram” est le résultat final de l’équivalent francique (la langue des Francs) de l’allemand “Ein svei drei”.

Ce n’est donc pas qu’aux petits enfants d’outre-mer qu’on a injustement rabâché “nos ancêtres les gaulois” mais aussi à nous même. Il aurait fallu apprendre : “nos ancêtres linguistiques les gaulois, les romains et les germains”.

Synthèse

Finalement, le français et l’anglais se ressemblent beaucoup (dans leur histoire) : l’anglais est construit sur un soubassement celtique dont il ne reste rien (en apparence mais on pourrait en chercher des traces ailleurs que dans le vocabulaire…dans la toponymie notamment ou l’onomastique). Cette population de langue celtique a été germanisée au cours de différentes invasions. Enfin la langue a été romanisée du fait de l’histoire politique à partir de Guillaume le Conquérant, et probablement aussi avant et après par de nombreux emprunts dus au voisinage de Douvres avec Calais et à l’apport des mots savants.
La langue Française s’est construite également sur un soubassement principalement celtique mais l’ordre des évènements est ici inversé : c’est une vague latine qui a constitué la première révolution linguistique, ne laissant que très peu de mots celtes dans la langue. C’est plus tard que la langue s’est trouvée germanisée, à cause de l’histoire politique de notre pays.
Il est étonnant de s’apercevoir qu’en Angleterre, on a parlé à la cour royale une variété de français pendant plusieurs générations tandis qu’en France, la cour a symétriquement utilisé un dialecte germanique pendant tout aussi longtemps (je ne suis pas historien, à eux de nous dire à quel point ces périodes ont coïncidé ?)
Dire que l’anglais est une langue germanique et le français une langue latine est donc une énorme simplification, valable surtout pour leur syntaxe, car ni l’anglais ni le français ne sont des langues typiquement germanique et latine, tant s’en faut. En réalité les deux langues résultent toutes les deux d’une conjonction de chocs culturels successifs de même nature même si la séquence n’est pas la même. Ce sont des langues hybrides latino-germaniques.

Les grandes perdantes de ces évènements ont donc été les langues celtiques, aujourd’hui en voie de disparition plus ou moins rapides, malgré les efforts de ceux qui veulent les protéger. Il est difficile de lutter contre la puissance de l’anglais, ou même du français ! Il est amusant de rapprocher cette grande déconfiture des langues celtiques de la géographie des boissons : la bière (germanique) se partage l’Europe de l’ouest avec le vin (latin) tandis que l’hydromel (celtique) fait figure de curiosité.

Types de ressemblances auxquelles on peut “s’attendre”

Les mots bien connus empruntés par le français à l’anglais ne seront pas traités ici, étant rappelés dans de nombreux articles et sites.

Mots communs de souche indo-européenne

Ce sont des mots qui ont pour origine le même vocable indo-européen, qui s’est séparé en deux rejetons distincts à partir de la divergence des branches germaniques et latines. Aujourd’hui ils sont souvent très différents, méconnaissables. Comparez :

étoile/star
connaitre/know [savoir] (notez comment leur notation se ressemble plus que leur prononciation…)
épée/spade [bèche]
droite/right (notez comment leur prononciation se ressemble malgré une notation si différente…je donne le mot féminin qui conserve sa consonne finale, perdue [4] par le masculin, je parle de la prononciation, pas de l’écriture, ceci est un article linguistique)

Dans la plupart des langues, les sons du début du mots se conservent mieux que ceux de la fin, cible privilégiée de l’érosion et de l’évolution. C’est pourquoi on peut souvent rencontrer de telles paires qui se ressemblent toujours au niveau des premiers phonèmes (sans que cela saute toujours aux yeux) :

sable/sand, soleil/sun, ciel/sky, soie/silk, soi/self, sueur/sweat
lumière/light
nez/nose

baudrier/belt
Toutefois il peut arriver que les sons initiaux aient subi une évolution dans l’une des branches, qui rende les mots légèrement différents à ce niveau mais toujours très proches :
trois/three
tenu/thin
vent/wind, voie/way
dent/tooth
oreille/ear
jeune/young
tonnerre/thunder
On peut supposer que dans des cas pareils il y a encore une compréhension subliminale ? Il est probablement plus facile de retenir qu’en anglais le ciel se dit ‘sky’, que si ça se disait ‘kly’…
Plus l’écriture s’éloigne d’une langue à l’autre, plus cette compréhension est difficile probablement : observez comment dans le couple :
airain/iron
le rapprochement est difficile à voir, malgré des sons toujours assez proches dans tout le mot !

Si l’évolution a beaucoup modifié les sons initiaux et qu’ils sont devenus “suffisamment” différents, du moins du point de vue des locuteurs de l’une ou l’autre langue, ils deviennent alors incapable de les identifier même si le reste du mot se ressemble beaucoup (et que la correspondance est systématique, on dit “régulière” en linguistique [2]). Un peu d’entrainement peut toutefois permettre de distinguer certaines correspondances :

  • plat/flat, père/father, pêche/fish, pour/for, premier/first, plein/full, peur/fear, pied/foot, pleut/flow [5], peu/few (et pel(licule)/film, pain/food ! merci monsieur Martinet pour ces deux dernières…), peigne/fight [6], palpe/feel, pue/foul, pli/fold, pinson/finch, puce/flea
  • chaud/hot, corne/horn, coeur/heart, chien/hound (eh oui, ce que l’on compare ici, ce n’est pas la traduction habituelle d’un mot, mais bien les deux avatars d’un même mot-ancêtre, même si leur sens a changé un tant soit peu, comparer chien avec dog ou pain avec bread n’aurait donc aucun intérêt !) [7]
  • langue/tongue (ici ce n’est pas une correspondance régulière, l’anglais a gardé le son ancien qui est un [t], c’est le latin qui a “dérivé” un [l] aberrant)
  • Qui-que-quoi-quel-quand/who-what-which-when (dans chaque langue, tous ces mots ont la même initiale, à l’écriture du moins)
  • Son-sa-ses-leur/his-her-their (là aussi une famille de mots construits sur le même modèle dans les 2 cas)
  • court/short,
  • (en)fle/blow

Enfin parfois l’évolution a touché tous les sons et la ressemblance est très difficile à voir. Elle ne transparaît que si on remonte dans le temps, dans chaque branche, justement ce que font les étymologistes :

grain/corn [grains en général (même de sel), puis spécialement de blé ou de maïs, puis ces plantes elles-mêmes] à noter que l’anglais a repris le mot français “grain” avec la même écriture, qui s’applique dans tous les sens connus en français, avec en plus une extension de son acception de texture (réservée aux tirages photos en français et au papier) à à peu près n’importe quoi, la viande, le cuir, la pierre… mais j’anticipe le chapitre suivant…

Mots empruntés par l’anglais à la langue d’oïl

Je préfère écrire “à la langue d’oïl” que “au français” car il faut imaginer que la langue française, comme toutes les autres langues avant l’ère des communications rapides (mais certaines comme l’allemand et l’italien le sont toujours), était alors composée de dialectes, c’est à dire de variétés locales. Comme on l’a déjà expliqué, la principale source de mots “français” en anglais a été un de ces dialectes, le normand. Or le normand, avec ses voisins le picard et le Chtimi ont pour particularité, au sein de la langue d’oïl, de ne pas avoir subi tout à fait la même évolution consonantique que les autres dialectes (typiques).

Une évolution caractéristique du français, par rapport aux autres langues latines est en effet la palatalisation des [k] en [ʃ] (le ch de chien). C’est pourquoi notre langue a “chanter”, à comparer à l’espagnol “cantar” et l’italien “cantare” mais il faut tout de suite ajouter qu’à l’intérieur de la langue d’Oïl, le normand et le picard/Chti ont bien entendu gardé le son d’origine (Littré nous donne pour le Picard : cainter, canter ).

Remarquez qu’avec cette transformation, les mots sont méconnaissables, si on ne s’y arrête pas : aviez vous remarqué qu’un “capot” ce n’était finalement qu’un “chapeau” normand/picard/chti [8] ?

En revanche, ces deux dialectes ont palatalisé les sifflantes [s]>[ch], tout cela est bien expliqué dans le film Bienvenue chez les Chtis…(enfin, bien expliqué… en version : “méthode à Mimile”)…

Et si un mot contient les deux sons en français ? (à partir de là c’est pas dans le film : d’ailleurs ils ont vraiment loupé une bonne vanne à faire avec un des chtimis dans le jardin : qu’est-che que tu fais ? Je chie !… (je scie…un tronc)

Nous disions donc que si un mot contient les deux sons, comme “chasser” en français, on doit trouver en Normand un mot en apparence très différent : “Cacher” (c’est effectivement ce qu’indique le Littré, un des rares dictionnaires à donner les variantes dialectales du français) [9] .
Avant de nous lancher dans des exemples, il faut encore préchiser que l’orthographe du mot emprunté par l’anglais peut être la même qu’en franchais ou très différente…
Blague à part, des mots  normando-picards peuvent en fait avoir intégré la langue française dominante/non-patoisante, qu’on parlait à Paris dans ma jeunesse… pensez à grincheux, par exemple, un mot normand typique (= grinceur). On verra que c’est probablement le cas de “cacher” justement.
Les mots qui ont une orthographe proche ou identique à celle du français actuel ont pu être empruntés avec une conscience de la forme écrite, ou bien empruntés oralement puis leur forme écrite a pu être refaite sur le français plus tard (n’oublions pas que nous sommes voisins, et que nous l’avons toujours été).
Certains mots ont visiblement été empruntés sous forme orale et retranscrits au petit bonheur la chance.
D’autre enfin ont dû être empruntés sous forme écrite, puis reprononcés “à l’anglaise”, ce qui expliquerait la diphtongue dans “sign” [sain], mot prononcé avec un [i] dans toutes les langues romanes ainsi que celle de “face” [feis] [10], et autres “vampailleurs” [11]
Souvente fois, on observe un certain flottement, pour ne pas dire une certaine poésie, dans la signification finale de l’emprunt qui reflète la totale improvisation avec laquelle ces phénomènes ont eu lieu… En général, le lien est toutefois, sinon facile à reconstituer (les étymologistes se concentrent sur la filiation du mot, moins sur celle de leur acception [12]), du moins à peu près “visualisable”, comme dans journée —> journey. Mais parfois, l’anglais conserve au contraire intact un sens ancien du français, comme souvent d’ailleurs les autres langues romanes. Les données seront présentées sous la forme :

  • mot français actuel (éventuellement verbe conjugué) /mot anglais actuel [traduction] … Du point de vue du sens, le mot anglais est souvent un faux-ami; si cette parenthèse est absente c’est que le sens est relativement inchangé. Je rappelle que le mot anglais ne vient pas du mot en vis à vis, mais d’un de ses ancêtres ou autre variété…
  • tous les mots ayant une majuscule K ou S entre parenthèse ont une prononciation typiquement normande. L’explication phonétique n’est donnée que la première fois…
acheter/ cater (K : le son k du latin a été palatalisé en français mais non en normand, donc en anglais non plus; ce phénomène sera signalé ensuite simplement par un K…)
aisé/easy
andouiller/antler
armure/armour (le son u inconnu en anglais est converti )
aisselle/aisle [allée dans les avions par exemple]
biche/bitch [femelle du chien]
boulette/bullet [balle d'arme à feu]
boyau/bowel
braque/brach [chien de chasse femelle]
blanchette/blanket [couverture] (K) (de l’époque où toutes les couvertures devaient être blanches ? Etymonline fait venir blanket de blanchette, ce qui est évidemment impossible, blanket doit venir d’une forme non-palatisée blanquette (comme pour la recette) soit normando-picarde, soit occitane)
breuvage/beverage (aussi sous la forme du nom de famille Beveridge); [boisson..sauf de l'eau]; l’anglais a pour ainsi dire tel quel l’ancien mot de la langue d’oïl ! D’où vient la curieuse prononciation (et graphie) du français ? d’un phénomène appelé métathèse : le [r], qui était après, a sauté entre les deux labiales…)
brise/breeze (Etymonline fait venir ce dernier de l’espagnol briza, pourquoi ?)
brosse/brush (S : le s latin a été palatalisé en normand>anglais, ce phénomène sera signalé ensuite simplement par un S)
buche/bush [buissons] (d’autres origines ont pu intervenir, remarquons seulement la ressemblance…)
cabestan/capstan
cannevas/canvas [toile]
caisse/cash [comptant] (S)
chaux/chalk [craie] (en Angleterre, le calcaire se manifeste surtout par de la craie, d’où le sens spécialisé en anglais…)
carpette/carpet (curieusement, le mot français est aberrant, puisqu’on attendrait “charpette” ou “cherpette” comme dans le mot de même racine : charpie. Archaïsme dû à l’expressivité du mot ou rétro-influence de l’anglais ???)
cerise/cherry (S) (Etymonline souligne la perte du son [z] au singulier en anglais, pris pour la marque du pluriel mais ne commente pas l’adjonction du [t] dans la consonne initiale, que j’avais d’abord attribué à l’influence de la graphie, mais peut-être en réalité bien dû à la prononciation en ancien français/normand, voir note 29)
char/car [voiture] (K) (bien sûr, cela devrait être la première correspondance qui saute aux yeux, mais “char” n’est utilisé pour les voitures qu’au Canada et car n’est utilisé en Europe que pour les autocars, ce qui brouille les cartes)
charogne/carrion (K)
charrie/carry (K)
chasse/catch (K et S… cas défloré plus haut; de plus la chuintante [ʃ] se manifeste par une affriquée [ tʃ ] [29]) [attraper, c'est d'ailleurs le sens originel]
commentaire : Les acceptions actuelles de chasser en français : courir après, faire partir, sont donc à l’origine des sens dérivés…outre cette version normando-picarde, l’anglais a aussi emprunté la version française “chasse” qui donne “chase” et plusieurs de ses dérivés, voir plus loin : pourchasser] [13]. Enfin l’anglais n’est peut-être pas la seule langue à avoir accueilli la version normande : Le verbe cacher, sans cognat dans nos sœurs latines, espagnol ou italien, semble donc bien être la forme normando-picarde revenue en français central, où elle constitue un doublet sémantique avec chasser, une spécialisation sémantique aisée à se représenter : quand on est chassé, que fait-on ? On se cache ! la lecture de Littré suggère que les deux formes ont cohabité à une époque où elles avaient le même sens.
chaudron/cauldron (K)
chenal/channel Curieux couple avec son inversion de voyelles écrites! Le français n’emploie d’ailleurs que très peu chenal, remplacé par une forme dialectale d’origine probablement méridionale “canal”, malgré son air normand.
chenil/kennel (K)
(bonne) chère/cheers [réjouissons nous]
cherche/search (la différence inaccoutumée dans le premier son, d’habitude c’est le contraire : voir ciseau/chisel, vient de ce que l’anglais a emprunté ce mot avant qu’il ne soit refait en français par transmission du [ch] de la deuxième syllabe à la première, ce qui s’appelle une assimilation phonétique cf. l’espagnol “cercar”, l’italien cercare, qui ont bien le son originel [s])
ciseau/chisel (S)
citoyen/citizen
coi/quiet [tranquille] (graphiquement le mot anglais ressemble à la fin de in-quiet, mais oralement plus à coi…Littré nous dit : “picard, à l’coyette, à l’aise“… c’est probablement là la véritable étymologie du mot anglais; la notation ayant pu subir une influence savante ou se rapprocher du latin par hasard…)
coin/coin [pièce de monnaie] Les pièces de monnaies sont frappées dans une sorte de presse qui comprend un coin (peut-être la partie qui imprime même), d’où l’expression “frappé au coin du bon sens”. Ici méprise caractéristique de l’anglais donc, qui a pris le nom de l’outil pour le nom du résultat…
conseil/council
contrée/country [pays, campagne]
coquille/cockle [coquillage]
coeur/core [centre, partie la plus importante...]
coussin/cushion (S)
couronne/crown
couvre-chef/(hand)kerchief [mouchoir]
couvre-feu/curfew
coût/cost
costume & coutume/custom [douane, sur mesure, etc.] (les voyelles se sont visiblement interverties dans l’écriture, ce qui arrive encore souvent chez les anglophones…)
coutumier/customer [client]
crochet/crocket (K) (pas Davy … mais une sorte de crochet en architecture, voir sur Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Crocket, Wikipedia est un petit site débutant où vous pouvez trouver quelques informations…)
croissant/crescent
cueille/cull [choisir]
curée/quarry (pas le “quarry” qui signifie carrière)
découvrir/discover
défaite/defeat [battre]
dégoût/disgust
déteint/stain [tache]
dommage/damage
dresse/dress [habit] (en français moderne on ne dresse (décore) plus que la table)
échafaud(age)/scaffold(ing) [K]
échappe/escape [K]
écureuil/squirrel (l’ancien français avait encore un son [s] entre le e et le r)
écrou/screw [visser]
enjoué/enjoy [apprécier]
échappe/escape (K)
exemple/sample [échantillon] (le français exemple, sous la forme example a aussi été emprunté plus tard…)
humeur/humour (qui est repassé en français avec cette orthographe, naturellement)
journée/journey [voyage]
facture (au sens de la qualité de ce qui est fait)/feature
failli/fail (voir plus bas le commentaire sur faute)
faisable/feasible
fait/feat [action]
façon/fashion (S) [la mode]
faute/fault [faille] (une faute, cela se rapporte au verbe falloir [14], mais une faille, au verbe faillir. L’usage d’un dérivé du premier en anglais pour désigner une faille géologique “l’endroit qui a pété, manqué, failli” nous rappelle que ces deux verbes (d’ailleurs défectifs tous les deux) n’en faisaient jadis qu’un seul…)
faux/false ( l’anglais a emprunté ce mot français sous une forme primitive, comprenant encore le son [l], ce son s’étant par la suite changé en français en son [u], ce qui a donné naissance à la notation au pour la diphtongue, puis les deux voyelles de cette diphtongue ont fusionné en une monophtongue [o], un [l] homologue à celui de “fault” d’ailleurs)
feuille/foil
finissent/finish (S)
foire/fair
fourche/fork (K) [fourchette]
foye(r)/fuel
gentil(homme)/gentry [noblesse]
habile/able [capable] (le h initial a été remis en français pour faire plus latin…)
huile/oil
jeu parti (jeux séparés)/jeopardy (mise en danger)
joint/joint [articulation]
joyau/jewel
laisse/leash (S)
leurre/lure
marché/market (K)
marquise/marquee (la tente seulement) [Etymonline répercute la méprise de l’anglais qui, prenant le mot (le son Z en réalité) pour un pluriel, lui a enlevé justement cette terminaison pour en refaire un singulier… une observation linguistique plus difficile à remarquer est que l’anglais a “phonologisé” le i long du français devant finale sonore, d’où sa notation en <ee> )
mars/march (S T)
mèche/match [allumette]
moiteur/moisture [humidité]
monnaie/money [argent]
mousseron/mushroom (S)
noise [ennuis[15]]/noise [bruit] (nausée est un mot français de même racine mais d’origine savante)
nombre/number
ois(eau de) proie/osprey (évoque un temps ou l’ois-eau n’était pas encore affublé systématiquement de son suffixe “eau”, comme les perdreaux, dindonneaux, pigeonneaux, ramereaux; l’oiseau était alors parfois un.. oi comme en wallon, oûhai, nous dit Littré….)
pair (titre)/peer
papier/paper
pensée/pansy [la fleur] (on a ici le type même d’emprunt oral, avec ré-orthographie)
paroisse/parish (S)
paysan/peasant
peine/pain [douleur]
peuple/people
pince/pinch (S)
place/place [endroit] (prononciation anglaise refaite à partir de l’écriture)
plaise/please
planche/plank (K)
pleine/plain (adj) [entier, total, absolu] les dictionnaires étymologiques anglais donnent l’adjectif “plain” comme ayant la même origine (une origine simultanée) que le nom “plain”, c’est à dire qu’ils viendraient tous les deux de “plaine”. Certains sens de “plain” en anglais correspondent pourtant à ceux du mot écrit “plein/pleine” en français. Après démêlage de la situation [16], il semble que l’anglais soit correct dans son utilisation de plain dans le sens d’uni (simple, sans motifs, sans fioritures). On ne retrouve plus cette orthographe en français que dans l’expression “de plain-pied” et autres usages vieillis, mais elle serait correcte aussi dans : en pleine mer, en pleine campagne, en pleine vue, expression dans lesquelles l’homophonie avec plein/pleine (comme une bassine) a fini par pervertir la graphie.
pochette/pocket (K)
pourchasse/purchase [acheter]
pousse/push (S)
pouvoir/power [capacité, puissance] on a là un exemple typique de terme emprunté oralement, avec une notation fort différente de celle du français, ainsi que sa prononciation, notamment au niveau des voyelles (on parle des voyelles linguistiques, pas des lettres). Finalement la relation génétique entre les deux est si bien masquée qu’il faut un peu d’expérience pour l’apercevoir (et du temps…).
prouve/proof [preuve]
propos/purpose [but/motivation]
propriété/property
preu/proud [fier]
(maître) queux/cook
quitte (dans une transaction)/quite (prononcez kwaite bien sûr) [presque complètement, à peu près; le glissement de sens est facile à comprendre : complètement égal > presque égal > pas tout à fait égal mais presque, etc. etc.
]
relâche/relax
remémorer/remember (c’est l’anglais qui a le “vrai” mot français “remembrer”, le mot français actuel est un mot savant refait à partir du latin)
rivière/river
ronde/round
ruser/rush (S) [se dépêcher]
sauf+sauve/safe [en sécurité]+save [économiser] (il est remarquable que les deux formes de la racine en français soient toutes les deux passées en anglais, mais avec une spécialisation de sens)
seconde/second (tous les sens du français sont apparemment passés en anglais, mais aussi la prononciation en [g] pour le c, ce qui n’est pas noté (probablement pas perçu en fait) par les dictionnaires
sente/scent [odeur]
somme/sum
soudain/sudden
souffrir/suffer
suite/suit [vêtement/convenir/procès] les dictionnaires étymologiques peinent à nous expliquer comment ce mot qui désigne à l’origine dans les deux langues la suite d’un roi; c’est à dire son entourage ou sa cour [16] , ceux qui le SUIVENT donc, a fini par exprimer en anglais l’idée d’un vêtement. Mais si on relit [17] une définition comme celle d’Etymonline, on peut se demander si les cartes à jouer n’ont pu être le lieu primitif d’acquisition de la deuxième acception plutôt que le lieu d’application d’un sens acquis plus tôt comme cela est suggéré, car “suit” désigne encore aujourd’hui en anglais la couleur (l’enseigne) aux cartes. Le mot aurait pu (ma théorie) être emprunté une deuxième fois par l’anglais à l’occasion d’un jeu de cartes avec des francophones en croyant qu’il faisait allusion au fait que la main était composée de la suite/cour du roi et de la reine (des cartes), chose se voyant par leur livrée/livery; une explication plus détaillée : ICI [18][19]
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Il ne manque plus qu’Alice… pour vérifier si cette couleur sied à la suite, et qui la suite suit, à moins que la suite ne se suive elle-même, selon la théorie de la reine rouge ? (si vous ne l’avez pas remarqué, j’insiste sur le fait que ces joyeux drilles sont habillés comme des cartes à jouer…)
sûre/sure (S) ( on remarque la prononchiation chuintante de l’anglais, attribuée par Etymonline à un passage par une prononciation “syoure”, la semi-consonne y ayant finalement fait chuinter le s en ch, comme pour “sugar” (qui est “chucre” en normand…); Hum, donc selon moi l’emprunt d’une forme normando/picarde “chure” serait aussi probable… et aurait conservé la consonne du normand et une monophtongue, tandis que l’écriture, qui suggérerait une prononciation [syur] comme pour “pure” aurait été empruntée au français central…d’ailleurs s’il est vrai que les anciens textes anglo-normands ont surtout “seur” et d’autres variantes commençant toutes par s, ces notations était-elles phonétiques ou déjà influencées par celle du français, qui avait justement aussi “seur” ???)
tâche/task (K)
tailleur/tailor (vous avez peut-être appris l’anglais en commençant par la phrase : my tailor is rich ?) Malheureusement, le mot anglais ne VIENT pas RÉELLEMENT du mot français, ou de son équivalent normand noté tailour, comme le proposent les dictionnaires. En effet le mot en langue d’oil a un son [j] et ce depuis le 12 ème siècle au moins, comme l’atteste la citation de Littré (E enveiad lui mairen de cedre, e charpentiers, e taillurs de pierre, Rois, p. 137.) En effet, le i ne peut avoir été mis là que pour signifier que le l suivant se prononçait “ye”… toutes les autres langues romanes ont conservé le son latin [lj] noté ll ou gli et toutes les langues romanes ont aussi conservé le son de la voyelle : [a]. Le son [l] de l’anglais ne peut donc VENIR du français, mais seulement de son écriture. La réinterprétation du i en anglais tombe bien pour la diphtongue [ai] que l’on entend dans cette langue puisqu’il y a justement un ai, une fois qu’on a enlevé le “l”, CQFD (bien que l’anglais puisse très bien faire entendre la même diphtongue juste à partir d’un a seulement, on a vu le cas de “place”).
(t)ante/aunte
tenez !/tennis (celui là je l’ai trouvé aussi dans etymonline, un site génial, basé sur de nombreuses sources)
touiller/toil
tourne/turn (les verbes)
tour (à ton tour)/turn (it’s your turn) (ici on a une situation différente du verbe : pour la même acception le français a une forme réduite de la racine depuis le XIIème siècle au moins. Le n en anglais peut donc venir d’une attraction vers la forme verbale. Une autre hypothèse est que le normand a pu conserver le n dans le substantif beaucoup plus longtemps que le français (?).
travail/travel [voyage]
triche/trick (K)
vendange/vintage [ancien cru]
vaisselle/vessel [récipient, vaisseau]
vide/void
vrai/very [vraiment>très] (juste devant notre nez, mais ne se voit pas du premier coup)
vue/view (le son u inconnu en anglais a été converti historiquement en iou, mais si vous faites lire le premier à un anglais, vous obtiendrez probablement encore le second !) Cette liste n’est pas exhaustive bien sûr, d’autant que de très nombreux mots issus de la langue d’oïl et toujours présents en anglais n’ont plus d’équivalent en français, aussi étonnant que cela puisse paraître. Considérez par exemple :
“conceal” (dissimuler) qui vient évidemment d’une ancienne forme du verbe celer (nous avons toujours : déceler, receler mais plus de conceler…)

Remarque sur les “racines orphelines” :

Comme on vient de le voir, les emprunts à la langue d’oïl ont donné des mots anglais avec un sens soit évolué soit au contraire archaïque. Dans de nombreux cas l’emprunt donne en anglais, du point de vue des familles de mots, ce qu’on pourrait nommer une “racine orpheline” (il faudrait peut-être plus proprement parler de lexèmes orphelins). Je veux dire des mots dont la racine, pour un anglophone, n’évoque rien en dehors des sens empruntés. En pratique, ce n’est donc plus une “racine”, ou alors une racine déracinée…
Prenons pour illustrer cette idée le mot “train”, qui se présente sous deux formes [20] en anglais :
a train (n) : un train
to train (v) : entraîner
Présentés de cette manière, un francophone, aveuglé par le lien des deux mots avec les mots français correspondants ne voit pas l’absence complète en anglais d’enracinement de ces mots dans le sens global “action de traîner” et ses différentes acceptions satellites qui s’y traduisent d’ailleurs par des mots de formation complètement différentes (to drag, to hang around, to lag, to dawdle, etc.).
De façon encore plus nette : “cuisine” en anglais n’y désigne que l’art et est complètement séparé de l’idée de cuire/cuisson ou même de la cuisine en tant que pièce… the kitchen [21].
Tornado en anglais ne comprend pas l’idée de “tourner” alors que dans le français “tornade” elle est présente de manière subliminale, même chez le locuteur qui ne fait pas d’étymologie (et compte tenu d’une forme légèrement exotique en français).
“Fruit”, mot courant en anglais n’ayant pour seul parent que “fructify”, un mot savant, a vu son sens se restreindre drastiquement par rapport au français. Le sens figuré n’est gardé que dans  fruits of one’s labor”, qui le connait encore ? Quant au sens botanico/culinaire, il s’est considérablement réduit à un type de fruit à chair, style pomme. Si en passant devant un arbre inconnu vous demandez à un anglophone “cet arbre donne-t-il des fruits ?” il vous répondra peut-être : “non, pas des fruits, des noix !”. Autrement dit, en anglais, la noix n’est plus un fruit et un fruit ne peut être une “noix” ni une baie.
Un autre cas caractéristique est l’utilisation en anglais des mots “arc” et “chord” pour désigner ce que nous connaissons en géométrie par arc et par corde…(j’ai toujours été déçu qu’il n’y ait pas la flèche, bien connue des charpentiers pourtant…) sans que ces mots puissent évoquer un arc (bow) ou une corde (string) dans l’esprit d’un anglophone.

Mots germaniques en français

Certains mots français viennent directement de l’anglais mais ils sont bien connus. Il est plus intéressant de chercher des mots germaniques ayant été introduits dans le vocabulaire français au cours de la période où les rois francs parlaient encore le francique…le mot obtenu en français d’aujourd’hui reste alors très proche du mot francique originel (rappelons que des dialectes franciques sont toujours parlés, notamment en Moselle ), du mot allemand (hors du sujet de cet article) mais compte tenu de la proximité linguistique de l’allemand et de l’anglais (même souche germanique) on se retrouve alors avec une ressemblance étonnante de l’anglais et du français.

Au moment de leur adoption dans la langue, ces mots ont souvent subi une évolution caractéristique comme dans les exemples suivants :

  •  la série bien connue des mots à initiale W en germanique représentés par des G en français :

gain/win, gâte/waste, gage/wage, guindeau/window, gare !/ (be)ware, Galles/Wales, guerre/war, guet/watch+wait+wait, (loup)garou/were(wolf), guise/wise, web/guipe, gage/wage, guêtre/wrist oui en anglais c’est le poignet, mais le sens originel est seulement celui d’une articulation, on a le même décalage anatomique avec hanche et ankle (cheville en anglais) et bien sûr : Guillaume/William, peut-être gratter/write (vous connaissez peut-être : gratte papier), peut-être aussi  : gauche (= tordu)/wince [grimacer]?

  • une autre série, originellement avec un h vraiment aspiré à l’initiale, a donné notre (faux) “h aspiré”, qui n’est pas un phonème à proprement parler, mais dont la présence modifie les règles de la liaison :

Heaume/helmet, haut/high, horde/herd

  • trinque/drink (on remarque sur la même initiale le mot voisin: trique, à la consonance typiquement germanique également……strike ?)
  • échoppe/shop
  • loquet/lock [verrou]
  • meurtre/murder [les cognats germaniques ont tous conservé le sens originel d'assassinat tandis que les langues latines ont, en dehors des cognats de meurtre, des dérivés dont le sens est neutre : mort, morte, mourir, mortel.]

Remarque : compte tenu de la palatalisation des K germaniques ( [k] > [ch] qui a eu lieu en français, la comparaison de certains mots germaniques présents dans les deux langues aboutit exactement à ce qu’aurait donné un emprunt de l’anglais au normand, comme on l’a vu plus haut :
brèche/break [intervalle]

Autres cas

  • Un mot germanique ayant été introduit en français par les francs (ou autres germains) a pu passer ensuite à l’anglais, probablement à l’occasion de la conquête de Guillaume, alors que l’anglais se trouvait dépourvu du mot en question par la voie germanique “normale” (les anglo-saxons). Dans certains cas, ce mot a pu d’ailleurs disparaître sur le continent.. heureusement, il reste quelques couples comme :

hâte/haste (signalé par Lyonel Baum),

heurte/hurt,

jardin/garden
coche/coach
épier/spy
(dé)rober/rob
choc/shock (notez comme ici le mot semble avoir été emprunté entièrement oralement, ce qui lui a permis d’avoir une orthographe sui-generis, peut-être influencée d’ailleurs par d’autres “shock” en anglais.
  • Un mot latin a pu passer dans les langues germaniques plus ou moins anciennement :

chat/cat (comme on l’a remarqué plus haut, si le vocable avait été apporté à l’anglais par les normands, on aurait eu probablement le même résultat)

court/curt [sec, impoli] (on a vu que l’anglais a déjà son “court” germanique sous la forme de “short” et il a donc aussi sont “court” latin)
coupe/cup [tasse, coupe] Toutes les langues germaniques ont apparemment reçu la cuppa latine ! À noter qu’en français le mot s’est spécialisé (champagne, sport) contrairement à l’anglais où c’est un mot généraliste (qui désigne aussi bien les bonnets de soutien-gorge…)
  • Un mot celtique a pu se frayer un chemin aussi bien en français qu’en anglais :

cloche/clock [horloge] (remarquez que le français a récupéré la variante dialectale [klok] pour désigner les ampoules, soulèvement de la peau en forme de cloche…)
benne/bin [poubelle mais aussi caisse]

  • Un mot anglais a été pris à une autre langue latine : l’anglais “cork” [bouchon en liège] est donné parEtymonline comme venant de l’espagnol “alcorque” (qui tiendrait d’ailleurs ce mot originellement latin (cortex) de l’arabe “al-qurq”). Mais je ne peux m’empêcher de remarquer que si Littré nous donne le picard “écorche” (ainsi que d’autres formes proches en ancien wallon, namurois, etc.) pour écorce, “écorque” a pu exister dans ces dialectes, fut-ce comme hypercorrectisme…(son [k] refait à partir d’un [ch] français ?). Il reste que la piste espagnolo-arabe nous donne encore une ressemblance étonnante entre nos deux langues cibles.
  • Un mot latin (peut-être emprunté au gaulois) a été repris au français et adapté en anglais (?)

encombrant/cumbersome

  • Un mot anglais a été emprunté directement au latin (comme mot savant probablement), il ressemble donc naturellement au mot français qui a évolué à partir de ce même mot latin :

aire/area
évolue/évolve (c’est la théorie reprise dans Etymonline mais le latin a “evolvere”; comment passe-t-on de “evolvere” à “to evolve” ? Soit-dit en passant, “evolve” ressemble quand même beaucoup au mot français “évolue” dans lequel on aurait pris le u pour un v ???)

peinture/picture (un cas similaire au précédent : picture vient officiellement du latin pictura, mais où est passé le son [a] et pourquoi la graphie -t-elle un e …?)

Kitchen, encore un cas de mot censé avoir été emprunté directement au latin (cocina), on remarque en passant qu’il ressemble furieusement à une hypothétique forme normando-picarde de “cuisine” (style “kicheune” )?

  • Onomatopées : remarquons la ressemblance de “yummy” en anglais avec son homologue français “miam”. Elle ne se voit que si vous faites abstraction de l’écriture. Écrivons le français [myam] si vous voulez, ah vous commencez à la voir ? Etymonline se contente de dire qu’e “yummy” vient du language bébé, c’est pas tellement étymologique comme démarche ! (miam n’est pas dans le Littré…)
Click en anglais et clique en français se ressemblent davantage, sans qu’on sache bien d’où ces onomatopées viennent réellement (d’autant que le français a aussi claque). Ce n’est pas fini : le français en a aussi une autre version plus “standard” phonétiquement (dont clique n’est que la variante normando-picarde) : cliche (et ses dérivés bien connus). Parmi eux, seul “cliché” au sens littéraire est passé à l’anglais (sans son accent aigu en général…) qui a par ailleurs aussi “clique” (bande) et “claque” (ceux qui applaudissent à l’origine, plus utilisé aujourd’hui en anglais pour désigner les fanas d’un homme politique).
Toujours dans les (prétendues) onomatopées, on remarque “hop” en français, le mot bien connu qui signifie qu’on saute (avec aisance…hop là) mais on ne peut manquer de noter en anglais le verbe “to hop” qui signifie bien sûr sauter…
Et puis bien sûr notre “hum” qui marque le doute (il se prononcerait comme “homme” pour Littré, personnellement j’ai toujours cru (jusqu’à aujourd’hui 7 octobre 2013) qu’il se prononçait comme heure mais avec un m, bien entendu, à la place du r. Maintenant, j’ai un doute, jamais personne n’a prononcé ça spontanément , mais seulement à la Comédie Française ? Dans le monde réel, il y a bien un “ahem”, avec un raclement de gorge, est-ce toujours le célèbre “hum” du dessinateur Fred ?! En tout état de cause, que ce soit la lecture de Littré ou la mienne, le mot ne se prononce vraiment comme il s’écrit. Il se trouve qu’en anglais, là où nous disons “euh” (quand on ne sait pas quoi dire) dont la prononciation peut varier mais qui n’a jamais de son [m] en français, c’est justement “eum” que les locuteurs bafouillent … Quel mic-mac pas très convainquant, mais troublant (http://oxforddictionaries.com/definition/english/um?q=um)
Internet a fourni à beaucoup de gens l’occasion de remarquer la ressemblance entre “to chat”, souvent réécrit en “tchat” en français et l’amusant “tchatche”, autrefois connu dans le midi seulement. Reste que le sens est différent, to chat c’est papoter tandis que la tchatche c’est le fait d’être bavard, comme les cigales, dont c’est probablement l’onomatopée. “To chat” a lui une racine germanique, avec des représentant dans d’autres langues que l’anglais. C’est l’occasion de remarquer que des ressemblances finissent toujours par se produire entre deux langues et qu’il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives.
“Tut”, ou “tut tut” est le son du klaxon en français et le Littré a une version plus ancienne bien oubliée “Tu tu ban ban” (flute + tambour) et sa variante “tu tu pan pan” (que j’ai connu par un livre amusant quand j’étais petit garçon, j’évite de dire “quand j’étais jeune”). Ce sont des onomatopées, donc ce sont des imitations, donc elles viennent de nulle part, n’est-ce pas ? Pas du tout, elles viennent probablement des langues germaniques, car l’anglais a le verbe “to toot” et l’allemand “tuten”, souffler dans un cor ou tout autre “corne”.
  • Un mot anglais peut venir “à la fois” de plusieurs mot français :

Ainsi “aisle” (avec le sens le plus souvent de “allée”, comme dans les avions) semble venir en même temps de aile, de isle et d’allée, justement…

De même “taint” viendrait en même temps de “atteinte” et de “teinte” avec un sens représentant une “combinaison” des deux racines.
  • Un mot commun à l’anglais et au français peut :
- venir du français…. pour les anglais mais … venir de “nulle part” pour ces derniers !
C’est apparemment le cas de “ouste”, qui pour les anglais (et en tant que mot anglais) viendrait du normand “oster”, équivalent du français moderne “ôter” tandis que les dictionnaires français qui l’ont le considèrent comme une onomatopée… (une onomatopée est censée venir de nulle part ce qui explique aussi le désintérêt de certains et il n’est pas rare que les blabla et autres guiliguili soient oubliés par les lexicographes… en réalité il n’est pas rare qu’une onomatopée viennent de quelque part, comme on l’a vu)
  • Un mot anglais peut être censé venir du latin, alors que visiblement il ressemble surtout au français (?) :
Etymonline considère l’anglais sparse comme venant du latin sparsus et non du français épars (ancienne forme : esparse)
  • Un mot anglais peut-être censé venir du français alors que visiblement il ressemble surtout au latin :

c’est le cas de “perfect”, avec son son [k] comme en espagnol “perfecto”, la seule langue latine qui ait conservé ce son originel du latin. Le mot a bien été emprunté à la langue d’oîl et l’ancien anglais avait “parfit”. Les dictionnaires anglais sont peu diserts sur l’évolution du mot, mais à mon avis on doit supposer que l’écriture a été réformée d’abord pour “faire” plus savante. La prononciation a fini par suivre… finalement le mot “perfect” ne vient plus du français : il vaudrait mieux dire qu’il y a eu un mot populaire “parfit” qui venait du français mais il a été remplacé par ce mot savant que nous avons aujourd’hui, et qui vient plutôt du latin.

  • Un mot anglais peut être censé venir du vieil anglais, alors que visiblement il ressemble surtout au français (?) :

Etymonline fait venir l’anglais moderne Eye du vieil anglais “ege”, apparenté aux ( Old Saxon aga, Old Frisian age, Old Norse auga, Swedish öga, Danish øie, Middle Dutch oghe, Dutch oog, Old High German ouga, German Auge, Gothic augo “eye”), sans nous expliquer quand la prononciation a changé à ce point, tous les cognats germaniques ayant le son [g] ? Incidemment, “eyelet” (un petit trou), viendrait lui directement du français œillet (un petit œil au départ) et ne se serait rapproché graphiquement du premier que par “influence”.

Difficile à gober, cet œil qui n’a pas la même étymologie que son œillet… Il est probable que les sources d’Etymonline n’ont tout simplement jamais remarqué la grande similitude phonétique de ce mot œil/eye des deux côtés de la Manche.

  • Un mot anglais est un mot français tel quel, mais qui n’est plus compris dans le langage courant :
Penne est un ancien mot français qui signifiait plume (et qui le signifie toujours, un empennage, vous connaissez ?) et qu’on retrouve en anglais dans Pen, Pencil, etc. (à noter que l’anglais a aussi emprunté “plume”… (avec le sens de panache, comme dans “ralliez vous à mon panache blanc !”).
  • Un mot germanique a pu passer dans plusieurs langues romanes (à la faveur des invasions), la version française ayant pu être reprise d’une de ces langues, ressemblant finalement à l’anglais par “emprunt interposé” :
estampe/stamp
  • Dans des mots de la même famille, certains pourraient être passés directement du latin à l’anglais (?) comme “line” alors que d’autres montrent clairement une influence française comme “align, alignment” dans leur graphie. Remarquons qu’ici, tous ont subi la même réinterprétation phonétique du [i] roman en diphtongue [ai], ce dont étymonline (par exemple) qui remarque les deux écritures et souligne l’existence d’un ancien “aline”, ne paraît pas s’apercevoir ….

Piège des ressemblances

Certaines ressemblance sont assurément des coïncidences :
feu/fire (c’est l’anglais qui a un mot ancien pour le feu, celui du français est de la famille de foyer, dont il a aussi d’ailleurs l’acception d’habitation dans certaines expressions – son sens propre en fait – tandis que quand il désigne le feu qui brûle, c’est un sens figuré…ça va ?)
gars/guy
dé-solé/sorry
dire/tell (il faut déjà la voir, d’ailleurs, cette ressemblance ?)
chausse (ures)/shoes (le mot français désigne plutôt des vêtements du bas du corps, il est d’ailleurs apparenté à caleçon, tandis que le mot anglais, typiquement germanique, ne désigne que des protections du pied, de l’homme ou d’un animal, comme dans “horseshoe” fer à cheval)
cher/care (le mot anglais ressemble à la version normande de notre “chérir”, mais il a bien une autre origine, d’ailleurs l’anglais a emprunté “cherish”.
chie/shit (le français vient du cacare latin, de même sens, tandis que l’anglais est ce qu’on appelle un euphémisme, venant de la famille des mots qui signifient “se séparer, laisser tomber”; comme “shed” et le français savant scinder).
On ne peut manquer de voir la ressemblance entre les noms de la semaine dans les deux langues avec, par exemple, monday et lundi, où “mon” est pour “moon” et “lun” pour “lune”. De façon étonnante, day et di ne sont pourtant pas apparentés de façon certaine. Di représente le latin dies, un ancien mot proto-indoeuropéen signifiant briller tandis que day viendrait d’une autre racine IE.
chante/sing se ressemblent beaucoup mais ne semblent pas apparentés, pas plus que secouer/shake.
Road et route n’ont rien à voir, le premier est apparenté à ride et raid, tous deux basés sur l’idée de “conduire”, d’aller quelque part, le second vient du latin “ruptus” et fait référence au défrichage (initial) de la voie.
Finalement deux mots peuvent se ressembler autant par la forme que par le sens sans qu’on arrive à leur retracer de façon certaine, disons officiellement, une origine commune, comparez :
f : guirlande
a : girdle
f : escamoter
a : scam (arnaque)f. : squelette (du grec)
a : skull (d’un mot germanique)(le mot anglais ne signifie que le crane, pas le squelette entier, curieusement d’anciens étymologistes avaient apparemment voulu le relier au français “écuelle” ???)f. : écharde, qui serait de la même famille que chardon (le chardon pique) du latin : carduus
a : shard, viendrait du proto-germanique *skardas = couperremarquons que shard veut plutôt dire “tesson, éclat” qu’écharde…f : glace = glace d’eau, vitre, objet en verre, miroir, aspect brillant (de la même racine que “gel”)
a.: glass = vitre, verre, objet en verre, miroir (serait au départ un nom de couleur, remarquez aussi “gloss” en anglais qui fait pareillement allusion à un aspect brillant)
f : much
a : moult (bien sûr l’anglais ressemble surtout à l’équivalent castillan du français : “mucho”)
f. : maint
a.: many
f. : cout(eau/el)
a. : cut
L’anglais rubbish (ordures) viendrait, selon etymonline, de l’anglo-normand “rubouses d’origine inconnue”. On pense quand même au français “rebut” (avec interversion des voyelles, ce qui est possible)….
Patch (pièce cousue, d’où le fameux patchwork) se relie difficilement à pièce, toujours selon Etymonline, par une hypothétique forme normando-picarde “pièche” mais patch fait aussi penser à pétasse ( soit hypothétiquement [ptach] en normando-picard qui moyennant une métathèse aurait pu passer à patch), de sens encore plus proche pour cette forme de coûture, si vous voulez bien vous remémorer ce que veux dire “rapetasser”, au lieu de laisser n’importe quelle image s’imposer à votre imagination !
Hein, un cul vert ?
“Culvert” désigne en anglais un dalot, ce qui dans le langage des travaux public est un passage pour l’eau (sous une route en général, le dalot est aussi sur les bateaux ce trou qui laisse sortir l’eau tombée sur le pont, pas le culvert). Les dictionnaires anglais comme Etymonline n’ont pas d’étymologie pour ce culvert, sinon que cela pourrait venir du nom d’une personne, en effet le patronyme, ainsi que le toponyme Culvert ou Culver est fréquent en Angleterre (probablement une variété du scandinave Kilvert, les deux ressemblent à nos Colbert…). Reste qu’on ne voit pas pourquoi quelqu’un aurait donné son nom à ce genre de chose très pragmatique… et surtout que culvert ressemble furieusement au français “couvert”, la principale qualité de ces ouvrages.

Le français, un objet de curiosité pour les anglais ou l’anglais un pidjin à base lexicale française ?

Epilogue

Même quand ils ne ressemblent pas, le français et l’anglais se ressemblent toujours, même par hasard, car la langue progresse souvent en tourbillonnant :
Une “montre” en français, n’est ce pas finalement une “regarde” (watch) en anglais (en réalité une “surveille”) ? Montre moi ta montre que je la regarde !
En anglais un “hobby” (passé en français bien sûr) c’est originellement un faux cheval, comme le cheval à bascule, ou le cheval à bretelle… et finalement toute activité favorite et souvent plus ou moins ridicule, en tout cas non productive. Mais en français nous avons notre dada, qui est aussi un cheval, bien entendu…
En français on dit la “maison de Windsor” pour parler de la lignée d’Elisabeth II [23] et personne ne s’étonne d’apprendre qu’en anglais, c’est “the house of Windsor”. Pourtant c’est étonnant de constater qu’une acception un peu technique comme celle-là se traduise comme pour la “maison normale” [24].
D’autres cas de traductions en miroir existent, voyons-en un autre, un peu sulfureux :
En français, chatte est le féminin de chat, mais chacun sait qu’il a aussi un autre sens, peut-être lié à la fourrure… En anglais on remarque que si “cat” (qui n’a pas de féminin) n’est pas ambigu et reste zoologique, “pussy” a bien les mêmes sens que chatte en français, zoologique et amusant. Allons plus loin, “pussy” a encore un autre sens : on s’en sert pour se moquer d’un garçon qui n’est pas très courageux.
Tiens comme c’est bizarre, le mot qui a ce dernier emploi en français est “chochotte”. Certains dictionnaires (ceux qui ont le mot) y voient le féminin de chouchou. Hum, d’abord le sens n’a rien à voir avec chouchou, et ensuite chouchou a déjà un féminin : chouchoute (qui est dans tous les bons dictionnaires…).
Solution : selon moi chochotte n’a jamais été un dérivé de chouchou, c’est tout simplement un euphémisme pour “chachatte” [25].
Grandfather est visiblement une analogie sur le français grand-père (et elle fut probablement facile à adopter car l’anglais connaissait déjà le normand “graunt sire”). De là on peut passer à “grandson” sans remarquer qu’en langue d’oïl, ce n’est pas le grand-fils, mais le petit… Explication : l’anglais a probablement pris le mot “grand” pour un qualificatif du saut de parenté, un grand saut vers le haut ou vers le bas alors qu’il s’agissait plutôt d’une sorte de qualitatif de la personne elle-même, grande ou auguste si ancienne, petite ou négligeable si très jeune. Encore un exemple de méprise/dérive-sémantique typique de l’emprunt, qui ne donne pas ici le classique faux-ami, mais plutôt une bourde plaisante, quand on la remarque…

Prestige

Je ne peux pas finir cet article sans parler du prestige comparé du français et de l’anglais.

Il est clair que le français a longtemps été la langue la plus prestigieuse, avec son emploi dans toutes les cours du monde, usage qui s’est perpétué un certain temps dans le ghetto diplomatique (des gens qui croient toujours faire partie d’une cour et qui voudraient se faire appeler “Excellence”). Mais on ne doit pas oublier que le français était aussi une langue scientifique, une des langues de l’opéra….

Je ne suis pas historien, mais ce prestige du français est probablement à mettre en rapport avec l’appartenance de la France au “noyau” de l’Europe : ce triangle Allemagne-Angleterre-France d’où sont sortis les grands savants, les grands inventeurs, les grands philosophes, la culture occidentale tout simplement. L’Italie du Nord faisait partie de ce noyau encore assez récemment, et plus anciennement la Grèce bien sûr mais ces régions ont vu leur étoile péricliter (pourquoi ?). Hormis l’italien, le français était donc la seule langue latine en lice, un pedigree hors d’atteinte de nos voisins germaniques, malgré les fameuses études indo-européennes dont le moindre intérêt n’était pas de relier enfin les langues germaniques au grec, au latin et au sanskrit !

Aujourd’hui, la prééminence du français dans le monde scientifique est bien finie, et son usage diplomatique n’est plus qu’un vague souvenir mais il garde pourtant son prestige. Un exemple très terre à terre : pour un modèle de voiture nommé avec un nom espagnol ou italien, il y en a dix qui reçoivent des noms français. Comment expliquer cette situation ?

Le caractère prestigieux de la langue française est d’autant plus difficile à expliquer si on le compare à la situation de ses sœurs latine l’italien, l’espagnol ou le portugais, toutes langues très marquées péjorativement, même en français d’ailleurs. Parler français ou anglais avec un accent espagnol ou italien et on est sûr d’avoir à l’arrivée un effet “Nacho libre”, qu’on peut lire au premier degré ou au nième, mais dont on ne pourra pas se débarrasser.

La seule solution à ce mystère est que le prestige du français survit à sa gloire car il est, comme on l’a vu, partie intégrante de l’anglais, la langue qui domine le monde, du web aux communications scientifiques et en emportant au passage tout le reste, diplomates et diplodocus.

L’anglais a tiré sa domination de l’histoire coloniale, et peut-être de sa simplicité, mais il tire sans aucun doute tout son prestige du français. Le prestige du français ne survivra que comme référence obligatoire de l’anglais.

Sources

Le Littré : http://francois.gannaz.free.fr/Littre/accueil.php Le Littré est d’une grande richesse, mais il a aussi ses lacunes, anecdotiquement : il connait la lèche de jambon (qui connait encore ce mot ?) mais pas la liche, ni surtout la lichette, probablement dialectale au départ, mais aujourd’hui bien connue partout en métropole.

Etymonline : http://www.etymonline.com/

André Martinet, Des steppes aux océans, Bibliothèque scientifique Payot, 1994

Références

  1. Idéalement, il faudrait avoir écrit tout cet article en notant phonétiquement les prononciations… mais il deviendrait alors difficilement lisible par tous.
  2. parmi lesquels Jacob Grimm, celui des contes.
  3. Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres.
  4. sauf dans la liaison naturellement
  5. Mais nous avons aussi la flotte bien sûr
  6. je sais ça paraît bizarre, mais un peigne est hérissé de pointes et … peut servir à se crêper le chignon, en anglais la racine a bien pour sens originel l’arrachage de poils
  7. cheveu/hair, cheval/horse sont apparemment des coïncidences
  8. Bien sûr le rapprochement entre ces deux mots si proches est rendue plus difficile pour le non-linguiste par leurs orthographes différentes. Curieusement, en anglais le capot d’une voiture se dit : “bonnet” (on reste dans les chapeaux…)
  9. et comment dit-on “cacher” alors, en normand, me direz vous ! Je n’en sais rien vous répondrai-je, mais j’attends avec plaisir que vous m’envoyiez cette information ! Par ailleurs, on observe quelquefois en français une alternance entre deux de ces sons, observez comment le [ch] de pêche se change en [s] dans poisson (on devrait avoir poichon !) Il serait intéressant de connaître les mots équivalents en normand.
  10. Les dictionnaires étymologiques indiquent que l’anglais “sign” [sain] vient du français “signe” [sinj], que “face” [feis] vient du français “face” [fas]. Mais les diphtongues [ai] et [ei] de l’anglais ne peuvent “venir” des sons [i] et [a] du français. Il faudrait préciser alors que ces mots viennent de la notation française, pas des mots eux-même (les mots, en linguistique, c’est ce qui est énoncé) contrairement aux cas classiques listés plus bas. Les dictionnaires ne semblent pas conscient de cette subtilité…
  11. Je me suis amusé à retranscrire en français la prononciation anglaise de vampire, vous l’aviez reconnue ?
  12. Il y a des exceptions, tel ce commentaire d’Etymonline , à l’article Task, d’autant plus étonnant qu’il concerne la forme allemande du mot : [Ger. tasche "pocket" is from the same V.L. source (via O.H.G. tasca), with presumable sense evolution from "amount of work imposed by some authority," to "payment for that work," to "wages," to "pocket into which money is put," to "any pocket."]
  13. Dans le cas de “catch”, on a clairement affaire à un emprunt oral, mais dans le cas de “chase” [tcheiz], la diphtongaison du a et l’affrication du ch signalent à mon avis un emprunt écrit… avec réinterprétation phonétique selon les règles de l’anglais écrit.
  14. Fauter est un dérivé de faute, mais faute est bien un dérivé de falloir, dans sa forme : il faut = il manque (faute de grive on mange des merles).
  15. Ceux qu’on “cherche”…
  16. Remarquez que la cour… et la suite se retrouvent au tribunal, le premier des deux en français seulement, mais en anglais le deuxième (suit = procès, notez : poursuites en français) aussi bien que le premier (court)
  17. suit (n.) c.1300, “attendance at court, the company attending,” also their livery or uniform, via Anglo-Fr. siwte, from O.Fr. suitte “attendance, act of following,” from Gallo-Romance *sequita, fem. of *sequitus, from L. secutus, pp. of sequi “to attend, follow” (see sequel). Meaning “application to a court for justice, lawsuit” is first recorded early 15c. Meaning “set of clothes to be worn together” is attested from early 15c., from notion of the livery or uniform of court attendants (a sense recorded from late 13c.). As a derisive term for “businessman,” it dates from 1979. Meaning “set of playing cards bearing the same symbol” is first attested 1520s, also from the notion of livery. Hence, to follow suit (1670s), which is from card playing.
  18. A l’issue de ce début d’explication, vous n’avez peut-être pas saisi mon hypothèse, la voici plus en détail : 1 le mot “suite” passe du français à l’anglais pour signifier la suite d’une personnalité, les personnes qui se déplacent avec elle. 2 en anglais le mot est une racine “orpheline” (“sequence” est trop différent pour être associé à lui) donc dépourvu de toute connection avec l’idée de “suivre” (to follow), d’où l’expression qui nous paraît pléonastique, mais qui ne l’est pas en anglais “to follow suit” : emboiter le pas, faire de même, en faire autant… (voir aussi la page WP sur retinue, qui prend la peine d’expliquer que suite veut dire what follows… la page parle aussi des livrées, qui sont les costumes de la suite…) 3 en français une suite aux cartes est “avant tout” une main de cartes de la même couleur, MAIS qui se suivent (en français on peut difficilement prononcer le mot sans penser à l’action de se suivre) 4 le mot repasse en anglais une deuxième fois dans le contexte des jeux de cartes (ce sont les cartes françaises qui sont d’ailleurs utilisées dans le monde anglo-saxon comme le souligne Wikipedia en anglais, voir lien, commentaire sous l’image…les espagnols, les italiens ou les allemands ont leurs propres jeux…) 5 à cette occasion l’emploi de “suite” est pris par les anglophones pour une allusion à la suite du roi (des cartes), d’ailleurs en anglais les figures (ou honneurs) s’appellent “court cards” (les cartes de cour)… 6 Comme tous les nobles, les suites royales se reconnaissent à leur costume ! Remarquons que les “couleurs” d’une équipe, c’est son emblème, et qu’autrefois, les couleurs du seigneur étaient reportées sur le costume de ses vassaux, comme dans cette citation d’Alexandre Dumas :”C’était un noble jeune homme, vêtu aux couleurs du comte et portant ses armes sur la poitrine.” (armes = armoiries). Remarquons aussi : Retourner sa veste = To change your colours. 7 ainsi le lien entre l’appartenance à une même cour et l’habit qui le montre est-il absolu. C’est ainsi que l’idée de couleur/emblème/appartenance est simplement jugée en pratique au seul vu du costume porté. 8 dans Knol la longueur d’une note était limitée, C’est pourquoi cette note s’arrêtait ici….voir la note 10 donc :
  19. mais alors si ce passage est naturel il aurait pu se produire aussi bien en parlant des vrais personnages des suites et des cours ? cette objection est faible car dans la réalité, les cours n’ont guère besoin du costume pour se reconnaître (les gens ont une tête bien à eux !) contrairement au cartes, où c’est primordial ! L’allusion au jeu de carte est donc peut-être la clé de l’origine de cette acception (couleurs > vêtement) 9 parallèlement trois autres mots anglais analogues avec des sens distincts sont apparus : – “suit” le procès et le verbe qui en est issu “to sue”, poursuivre en justice. Ces deux là sont probablement apparus séparément à partir de la langue juridique. – “to suit”, convenir. Les dictionnaires étymologiques que j’ai consultés font venir cette acception de celle de vêtement. Un vêtement vêt. S’il vêt, c’est qu’il va. S’il va s’est qu’il convient… Personnellement, je ferais plutôt venir ce “suit” là de “sied”, dont le t s’entend dans la liaison…”Sied-il bien à des dieux de dire qu’ils sont las ?” MOL. Amph. prolog. (citation donnée par Littré) avec une confusion auditive des deux diphtongues et conséquemment leur confusion dans la graphie. – Enfin l’anglais a aussi : “suite” avec un e, qui se prononce différemment des autres, et qui a le même usage qu’en français quand il désigne un appartement.
  20. Trois en réalité, j’ai entendu le commentateur parler de la “traîne” de la mariée à Westminster… je me demande qui a bien pu se marier récemment à Westminster ?
  21. Toutes les situations intermédiaires entre un mot complètement orphelin (comme cuisine) et un mot d’emprunt relativement bien intégré (comme view, avec viewer, viewing qui finissent peut-être par donner l’idée que ça a un rapport avec to see/watch…) doivent bien sûr exister. Dans le cas où le mot est éclaté entre plusieurs acceptions (comme train), l’effet “orphelin” est encore renforcé. Autre cas, celui de plusieurs mots apparentés en français qui ont été empruntés séparément : le résultat , aucune connection en anglais entre “soup” et “supper”…
  22. L’italien ne parait pas avoir reçu sa version du mot
  23. Une vieille dame, qui croit qu’elle est la reine d’Angleterre (et de pas mal d’autres pays, demandez lui la liste, elle comprend le français)
  24. Mais cela ne s’explique pas par “emprunt” de l’emploi lui-même, très certainement plutôt par convergence des sens figurés dans les deux langues : maison > habitants de la maison > famille (indépendamment de l’époque et du lieu)
  25. lui-même pas très éloigné d’un autre mot bien connu si on remplace le deuxième ch par un g.
  26. par exemple, si différents dictionnaires indiquent encore différents sens pour “reef”, comme “écueil”, les pages de wikipedia “reef” en anglais et “récif” en français sont liées par les liens “autres langues” accréditant ainsi l’idée qu’il s’agit bien de la même notion, et de façon subliminale, du même mot.
  27. Le problème de ces dictionnaires est que leur explication est souvent lapidaire, omettant le raisonnement du ou des auteurs. Bien sûr ici plein/pleine ont en plus avec plaine une origine latine commune dans planus, ce qui complique encore l’interprétation. Dans un premier temps, j’ai cru que les dictionnaires étymologiques anglais se trompaient et que plain l’adjectif devait avoir son origine sémantique dans le français pleine, avec une réinterprétation de l’orthographe sur le modèle de plain le nom (qui signifie la plaine…). En réalité, il semble que c’est en français que la confusion entre les deux mots, tant au niveau de la signification que de l’orthographe, soit la plus embrouillée.
  28. Je sais, en réalité, c’est une “surveille”….
  29. On pourrait penser à une innovation de l’anglais mais en réalité il semble établi que c’est bien une prononciation ancienne. Au moment de l’emprunt par l’anglais de mots français (soit des mots d’oïl non-normando-picards) en ch, cette notation recouvrait bien une prononciation [tʃ] en français.
    K donne CH

    ©Gilles Quentel – Uniwersytet Gdanski 2012

    Il est à noter que, de façon amusante, les mots en tch initial de l’anglais vont (sauf conditions spéciales) “repasser” à ch, à cause de leur graphie. Par exemple “chips” [tſip-s]  (pluriel de copeau) devient “chips” [ſips] (invariable singulier et pluriel) (une pomme chips) en français…

7 commentaires

Comments RSS
  1. Feriel

    Salut moi j’essaye de prouve que l’anglais ressemble plus au français qu’à l’espagnol

    • stefjourdan

      Salut ! Eh bien ce n’est pas très difficile je crois. Libre à vous de pomper un peu dans mon article… Il se trouve que l’Angleterre est en face de la France, pas de l’Espagne. Que le français a toujours été plus prestigieux que l’espagnol et surtout que Guillaume le Conquérant parlait le normand, pas l’aragonais…

  2. BRELAT Pierre

    Un petit pense bête, qui ne marche pas tout le temps, mais celà peut aider à faciliter l’enseignement de l’anglais, information qui m’a été dite mais que je n’arrive pas a trouver sur le net : un mot commençant par E en français, commence par un S en anglais;
    Ecole = School
    Etage= Stage
    Epouse= Spouse
    Etoile = Star
    Ecran = Screen
    Etat = State
    Esprit= Spirit

    Des fois on retombe sur le mot par un simple remplacement, même si ce n’est pas toujours vrai, ça peut donner une indice. Il est dommage que cette information soit inconnut de l’enseignement. Cette gueguerre franco anglaise encore présente aujourd’hui est surement un frein.
    Y a t il un lien entre ennoblir et snob ?

    • stefjourdan

      Oui tout à fait, c’est amusant, mais complexe, donc difficile à utiliser pédagogiquement et/ou à rassembler sous un même paragraphe, du point de vue linguistique. Ce qui est sûr, c’est que ces mots sont d’anciens : escole, estage, espouse, estoile, escran, estat. Seul esprit a toujours son son [s] en fait. Leur évolution en français a été la perte du s, mais ceux qui ont été empruntés par l’anglais y sont passés quand ils l’avaient encore. En anglais, on observe une convergence phonétique (ou si vous préférez, l’anglais aime les groupes de 2/3 consonnes à l’initiale) entre les mots natifs (germaniques), comme star, les mots empruntés au latin, comme school et les mots empruntés tardivement à la langue d’Oïl comme spouse. En ce qui concerne écran et screen, la nature et le sens de la relation sont d’ailleurs douteux. L’origine de snob parait bien connue et sans rapport avec noble (voir Etymonline) mais un rapprochement subliminal qui aide au succès du mot n’est jamais exclu.

  3. zeinab ibrahim

    je sui supposée lecé un commentaire mais j pluto une kstion ki poura maidé dans mn memoire bref j veux savoir si vous pouvez maider avk la différence et similarités entre les son des voyelles e consonnes du français et anglais. pardon pr labreviatiom. merci

  4. stefjourdan

    Bravo!
    Je suis ravi d’enfin lire, quelqu’un qui fait le pas en disant que l’anglais n’est pas une langue si germanique que ça, mais que pour tant de raisons ressemble plus au français qu’à l’allemand.

    Cela explique pourquoi il est tellement plus difficile pour un français/italien/espagnol d’apprendre l’allemand plutôt que l’anglais.

    Je pense qu’il faudrait en tenir compte, lorsqu’on prend des décisions dans les écoles concernant les moyens mis à disposition aux élèves pour apprendre l’allemand, par rapport à l’anglais.

    En conclusion, il faudrait investir beaucoup plus pour l’allemand, vu qu’il est beaucoup plus difficile que l’anglais. Or dans toutes les écoles on a tendance à rendre ces efforts identiques, avec des résultat totalement asymétriques en défaveur de l’allemand.

    Encore merci aux auteurs de l’article.

    Dernière modification 24 août 2010 21:46

    Merci pour cet intéressant commentaire. A vrai dire comme l’avait dit un ami à moi, on pourrait presque considérer l’anglais comme un créole du français…

    L’article n’a pas été conçu dans une perspective pédagogique/scolaire mais c’est vrai que la conséquence que vous en tirez mérite d’être étudiée. Il y a effectivement une échelle de difficulté des langues, et celle-ci change certainement avec la langue de départ.

    Cela dit, l’anglais jouit probablement d’un accès facile quelle que soit la langue de départ, étant donné son extrême simplification, qui en fait pratiquement une langue isolante avec pour une langue indo-européenne l’abandon unique et presque total des genres, des déclinaisons et des conjugaisons (sauf dans les pronoms, qui gardent les deux premiers et quelques verbes qui gardent péniblement la dernière)

    Merci à vous.

    Publié par Stephane Jourdan, dernière modification 23 août 2010 14:05
    Eh eh eh…! J’ai commencé récemment à dire autour de moi que l’anglais n’est qu’un dialecte du français… mais “créole” est plus approprié. Malheureusement ma remarque ne plait pas à tout le monde.
    Stefano Gatto

    Publié par Stefano GattoInviter en tant qu’auteur, dernière modification 22 août 2010 12:11
    Cher Stephano, oui ça ne m’étonne pas que ça puisse heurter certaines sensibilités (prof d’anglais ?), mais toutes les langues sont finalement des créoles de langues antérieures…créole n’étant pas non plus une insulte

    Publié par Stephane Jourdan, dernière modification 23 août 2010 14:07
    Je me suis mal exprimé: ce qui heurte est l’opinion que l’anglais est plus proche du français, plutôt que de l’allemand.
    On dit que l’anglais est une langue germanique, et ce propos-là heurte ceux qui n’aiment pas qu’on remette en question les idées établies.
    Stefano

    Publié par Stefano GattoInviter en tant qu’auteur, dernière modification 24 août 2010 14:54
    De plus en plus les langues seront comme les gens : mélangées…

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