Parenté du français et de l’anglais et autres sources de leurs étonnantes ressemblances. Une approche linguistique
Découvrir les ressemblances entre les mots français et les mots anglais, celles qui se voient et celles qui ne se voient pas (mais qui peuvent s’entendre) et comprendre leur origine. Les mots “français” en anglais ont souvent une phonétique typique du dialecte normand, peu documentée ailleurs, mais sur laquelle on insiste ici, en expliquant la correspondance d’une forme à l’autre.
Vous trouverez aussi des étymologies inédites pour les mots anglais “quiet”, “crash” et “evolve”, et quelques autres, qui valent …. ce qu’elle valent. Le cas du (des) mot(s) “suit” en anglais avec ses curieuses et diverses acceptions est particulièrement détaillé…
Table des matières
- La parenté du français et de l’anglais
- Sous-familles de l’indo-européen
- Histoire (simplifiée) comparée de l’anglais et du français
- Types de ressemblances auxquelles on peut “s’attendre”
- Piège des ressemblances
- Epilogue
- Sources
De nombreux articles, comme l’ex knol d’Olivier Boucher : “Du bon usage du français en anglais” (par exemple) font la liste des mots français utilisés tels quels en anglais, ou plus exactement avec la même notation qu’en français. Cette approche est naturelle mais a l’inconvénient de focaliser l’étude sur l’écriture des mots. L’approche de type linguistique qui sera la nôtre ne négligera pas d’utiliser aussi la graphie (elle le fera forcément) mais aura pour but d’atteindre au niveau réel de la langue : un phénomène oral [1].
La parenté du français et de l’anglais
Le français et l’anglais sont toutes deux des langues indo-européennes. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Dès le dix-huitième siècle sont entrevues en Europe les étonnantes ressemblances entre les langues mortes de l’occident, le latin et le grec … et le sanscrit, une langue morte (mais tout aussi prestigieuse) de l’Inde. C’est l’origine de la linguistique comparative.
Par exemple “père” se dit Pater en latin, ce qui est pratiquement identique au grec classique πάτερ mais on ne peut pas ne pas voir immédiatement leur étonnante ressemblance avec le sanscrit “pitar”.
Peu de temps après d’autres savants, surtout allemands [2], purent montrer (à leur grand soulagement, car les langues germaniques, réputées “barbares”, manquaient jusque là d’une illustre langue ancestrale comme référence) que ces ressemblances étaient partagées par les langues germaniques et proposer des mécanismes responsables de la séparation des langues en familles et de l’évolution des mots. La langue souche qui avait donné toutes ces familles apparentées comprenant chacune une ou plusieurs langues, vivantes ou mortes, reçu alors pour nom “indo-européen” et ce fut le début de la linguistique évolutive.
Voir une bonne introduction à ce sujet ici :http://www.limsi.fr/Individu/habert/Cours/PX/ProprietesDesLangues01-02Polycopie/node9.html
Sous-familles de l’indo-européen
Les différentes “familles” de langue indo-européennes sont bien décrites dans de nombreux sites, par exemple
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/monde/famindeur.htm qui a une belle carte. Les principales familles de langues européennes sont les branches : germanique, latine, celte, slave, balte et grecque (il y en a d’autres). En se rapprochant de l’Inde, et sans détailler les familles, on rencontrera notamment l’arménien, le kurde, le pachtou, le hindi, le bengali (et évidemment la langue morte savante dont nous avons parlé plus haut le sanskrit).
Ce qu’il faut comprendre c’est que le panorama des langues de la grande famille IE ne se présente pas comme un semis sans structure mais plutôt sous forme d’un ensemble de constellations, qui sont des sous-familles à l’intérieur desquelles les langues sont plus proches, comme des sœurs, alors qu’elle sont aussi apparentées aux langues d’autres sous-familles, mais plutôt comme des cousines… (il peut y avoir ça et là un dialecte plus isolé).
Aujourd’hui les langues IE sont les plus répandues de par le monde… (avant la découverte des Amériques, et si on compte la mer dans les aires de répartitions, c’était peut-être les langues malayo-polynésiennes ?)
Langues germaniques et langues latines

Histoire (simplifiée) comparée de l’anglais et du français
L’anglais
L’anglais s’est développé en Grande-Bretagne sur un substrat celte, toujours présent sur ses marges (on négligera l’éventuel couche linguistique pré-celtique de la région, peu documentée; au dernière nouvelle d’ailleurs, les habitants de la grande Bretagne “celtique” parlaient des langues celtes, mais sont là depuis AVANT l’arrivée des celtes en Europe de l’ouest). Curieusement, si ce substrat a laissé des traces évidentes dans la toponymie et les noms de famille en Grande-Bretagne, l’anglais est pratiquement dépourvu de mots celtes et en compte finalement moins que le français.
Des peuples germaniques issus de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne et la Hollande ont colonisé (politiquement et physiquement) cette région auparavant celtique (linguistiquement du moins), occupée principalement par les Britons (dont une partie a alors émigré sur le continent, fondant ainsi la (petite) Bretagne); la langue bretonne descend de cette ancienne langue britone, pas du gaulois). D’autres colons germaniques sont venus à différentes époques de ce qui est aujourd’hui la Scandinavie (les Vikings) et ont aussi pu influencer l’anglais.
Mais l’évènement crucial pour l’anglais se produit quand des descendants d’autres vikings installés en France depuis plusieurs générations se lancent à la conquête de l’Angleterre et la subjuguent; il s’agit de l’aventure de Guillaume le Conquérant. Ces “Normands” sont toujours des vikings, du moins dans leur mentalité (“par Odin, je vois une île de l’autre côté de cette petite mer, monseigneur, et si nous allions la conquérir demain matin ?” non je romance, en fait, il y a quand même eu un point de départ dans une querelle de succession…) mais au cours de ce long séjour à proximité de la Seine, ils ont perdu la langue de leurs ancêtres et ont adopté le dialecte local, une variété de la langue d’Oïl. Quelquefois évoqué sous le nom d’anglo-normand ou simplement comme de l’ancien français, il s’agissait en réalité d’un dialecte normand, proche aussi du picard, c’est à dire pas très éloigné du parler popularisé récemment par le film “Bienvenue chez les Chtis”.
Le français
La toponymie de l’Europe de l’ouest montre que des populations pré-celtiques de langue euskarienne (apparentée au basque actuel) se rencontraient à l’issue de la préhistoire de l’Espagne à l’Allemagne, sur tout le territoire francophone actuel donc. Mais à l’exception d’une poche vers le sud-ouest (qui s’est beaucoup rétrécie depuis cette époque) les peuples celtes venus de l’est, généralement connu sous le nom de “gaulois” mais en réalité constitués de moult tribus celtes, ont occupé dans les millénaires précédent notre ère la grande majorité de notre territoire. De ces deux peuplements linguistiques anciens, il ne reste en réalité pas grand chose dans le français, en dehors de la toponymie (les noms des montagnes et des rivières sont souvent les plus anciens) mais nous avons quand même quelques mots celtes, confinés dans le vocabulaire rural. Quelques mots “basques” aussi, en cherchant bien…
Puis c’est la conquête romaine avec le rapide abandon des parler celtes (on peut imaginer que cet abandon a été dû à l’ampleur de la révolution politico/culturelle impliquée par cette colonisation) et la formation au nord de la méditerranée du cortège des langues romanes dont les descendants sont l’italien, le castillan, le catalan, le corse, le sarde, l’occitan, le portugais (toutes ces langues étant elle-mêmes en réalité composées d’une foultitude de dialectes).
Enfin, comme les peuples celtes partis de l’est avaient recouvert l’Europe jusqu’à l’atlantique avant notre ère, les peuples germaniques on déferlé plus près de nous selon un schéma comparable, subjuguant, repoussant ou assimilant les premiers. Les pays francophones européens actuels ont tous été traversés par ces migrations et si les parlers germaniques paraissent aujourd’hui stoppés au milieu de la Suisse et de la Belgique et en ce qui concerne la France, sur ses marges nord-est, il ne faut pas oublier que certains de ces peuples sont descendus beaucoup plus bas, jusqu’en Espagne et en Italie.
Les régions où le français s’est formé ont subi un intense germanisation par les rois Francs (les Francs étaient une tribu germanique) à partir des mérovingiens et jusqu’aux carolingiens. La maman de Charlemagne ne l’appelait surement pas Charles mais plus probablement “Karl”… cet aspect germanique de notre culture a été complètement gommé compte tenu des trois guerres qui nous opposé à nos voisins d’outre rhin et jusqu’à aujourd’hui. Il faut lire des bouquins érudits [3] pour s’apercevoir que notre comptine typiquement française “Am Stram Gram” est le résultat final de l’équivalent francique (la langue des Francs) de l’allemand “Ein svei drei”.
Ce n’est donc pas qu’aux petits enfants d’outre-mer qu’on a injustement rabâché “nos ancêtres les gaulois” mais aussi à nous même. Il aurait fallu apprendre : “nos ancêtres linguistiques les gaulois, les romains et les germains”.
Synthèse
Finalement, le français et l’anglais se ressemblent beaucoup (dans leur histoire) : l’anglais est construit sur un soubassement celtique dont il ne reste rien (en apparence mais on pourrait en chercher des traces ailleurs que dans le vocabulaire…). Cette population de langue celtique a été germanisée au cours de différentes invasions. Enfin la langue a été romanisée du fait de l’histoire politique à partir de Guillaume le Conquérant, et probablement aussi avant et après par de nombreux emprunts dus au voisinage de Douvres avec Calais et à l’apport des mots savants.
La langue Française s’est construite également sur un soubassement principalement celtique mais l’ordre des évènements est ici inversé : c’est une vague latine qui a constitué la première révolution linguistique, ne laissant que très peu de mots celtes dans la langue. C’est plus tard que la langue s’est trouvée germanisée, à cause de l’histoire politique de notre pays.
Il est étonnant de s’apercevoir qu’en Angleterre, on a parlé à la cour royale une variété de français pendant plusieurs générations tandis qu’en France, la cour a symétriquement utilisé un dialecte germanique pendant tout aussi longtemps (je ne suis pas historien, à eux de nous dire à quel point ces périodes ont coïncidé ?)
Dire que l’anglais est une langue germanique et le français une langue latine est donc une énorme simplification, valable surtout pour leur syntaxe, car ni l’anglais ni le français ne sont des langues typiquement germanique et latine, tant s’en faut. En réalité les deux langues résultent toutes les deux d’une conjonction de chocs culturels successifs de même nature même si la séquence n’est pas la même. Ce sont des langues hybrides latino-germaniques.
Les grandes perdantes de ces évènements ont donc été les langues celtiques, aujourd’hui en voie de disparition plus ou moins rapides, malgré les efforts de ceux qui veulent les protéger. Il est difficile de lutter contre la puissance de l’anglais, ou même du français ! Il est amusant de rapprocher cette grande déconfiture des langues celtiques de la géographie des boissons : la bière (germanique) se partage l’Europe de l’ouest avec le vin (latin) tandis que l’hydromel (celtique) fait figure de curiosité.
Types de ressemblances auxquelles on peut “s’attendre”
Les mots bien connus empruntés par le français à l’anglais ne seront pas traités ici, étant rappelés dans de nombreux articles et sites.
Mots communs de souche indo-européenne
Ce sont des mots qui ont pour origine le même vocable indo-européen, qui s’est séparé en deux rejetons distincts à partir de la divergence des branches germaniques et latines. Aujourd’hui ils sont souvent très différents, méconnaissables. Comparez :
étoile/star
connaitre/know [savoir] (notez comment leur notation se ressemble plus que leur prononciation…)
épée/spade [bèche]
droite/right (notez comment leur prononciation se ressemble malgré une notation si différente…je donne le mot féminin qui conserve sa consonne finale, perdue [4] par le masculin, je parle de la prononciation, pas de l’écriture, ceci est un article linguistique)
Dans la plupart des langues, les sons du début du mots se conservent mieux que ceux de la fin, cible privilégiée de l’érosion et de l’évolution. C’est pourquoi on peut souvent rencontrer de telles paires qui se ressemblent toujours au niveau des premiers phonèmes (sans que cela saute toujours aux yeux) :
sable/sand, soleil/sun, ciel/sky, soie/silk, soi/self, sueur/sweat
lumière/light
nez/nose
trois/three
vent/wind, voie/way
dent/tooth
oreille/ear
jeune/young
Si l’évolution a beaucoup modifié les sons initiaux et qu’ils sont devenus “suffisamment” différents, du moins du point de vue des locuteurs de l’une ou l’autre langue, ils deviennent alors incapable de les identifier même si le reste du mot se ressemble beaucoup (et que la correspondance est systématique, on dit “régulière” en linguistique [2]). Un peu d’entrainement peut toutefois permettre de distinguer certaines correspondances :
- plat/flat, père/father, pêche/fish, pour/for, premier/first, plein/full, peur/fear, pied/foot, pleut/flow [5], peu/few (et pel(licule)/film, pain/food ! merci monsieur Martinet pour ces deux dernières…), peigne/fight [6], palpe/feel, pue/foul, pli/fold, pinson/finch, puce/flea
- chaud/hot, corne/horn, coeur/heart, chien/hound (eh oui, ce que l’on compare ici, ce n’est pas la traduction habituelle d’un mot, mais bien les deux avatars d’un même mot-ancêtre, même si leur sens a changé un tant soit peu, comparer chien avec dog ou pain avec bread n’aurait donc aucun intérêt !) [7]
- langue/tongue (ici ce n’est pas une correspondance régulière, l’anglais a gardé le son ancien [t] qui est un [t], c’est le latin qui a “dérivé” un [l])
- Qui-que-quoi-quel-quand/who-what-wich-when (dans chaque langue, tous ces mots ont la même initiale)
- Son-sa-ses-leur/his-her-their (là aussi une famille de mots construits sur le même modèle dans les 2 cas)
- court/short,
- (en)fle/blow
Enfin parfois l’évolution a touché tous les sons et la ressemblance est très difficile à voir. Elle ne transparaît que si on remonte dans le temps, dans chaque branche, justement ce que font les étymologistes :
Mots empruntés par l’anglais à la langue d’oïl
Je préfère écrire “à la langue d’oïl” que “au français” car il faut imaginer que la langue française, comme toutes les autres langues avant l’ère des communications rapides (mais certaines comme l’allemand et l’italien le sont toujours), était alors composée de dialectes, c’est à dire de variétés locales. Comme on l’a déjà expliqué, la principale source de mots “français” en anglais a été un de ces dialectes, le normand. Or le normand, avec ses voisins le picard et le Chtimi ont pour particularité, au sein de la langue d’oïl, de ne pas avoir subi tout à fait la même évolution consonantique que les autres dialectes (typiques).
Une évolution caractéristique du français, par rapport aux autres langues latines est en effet la palatalisation des [k] en [ch]. C’est pourquoi notre langue a “chanter”, à comparer à l’espagnol “cantar” et l’italien ”cantare” mais il faut tout de suite ajouter qu’à l’intérieur de la langue d’Oïl, le normand et le picard/Chti ont bien entendu gardé le son d’origine (Littré nous donne pour le Picard : cainter, canter ).
Remarquez qu’avec cette transformation, les mots sont méconnaissables, si on ne s’y arrête pas : aviez vous remarqué qu’un “capot” ce n’était finalement qu’un “chapeau” normand/picard/chti [8] ?
En revanche, ces deux dialectes ont palatalisé les sifflantes [s]>[ch], tout cela est bien expliqué dans le film Bienvenue chez les Chtis…(enfin, bien expliqué… en version : “méthode à Mimile”)…
Et si un mot contient les deux sons en français ? (à partir de là c’est pas dans le film : d’ailleurs ils ont vraiment loupé une bonne vanne à faire avec un des chtimis dans le jardin : qu’est-che que tu fais ? Je chie !… (je scie…un tronc)
Souvente fois, on observe un certain flottement, pour ne pas dire une certaine poésie, dans la signification finale de l’emprunt qui reflète la totale improvisation avec laquelle ces phénomènes ont eu lieu… En général, le lien est toutefois, sinon facile à reconstituer (les étymologistes se concentrent sur la filiation du mot, moins sur celle de leur acception [12]), du moins à peu près “visualisable”, comme dans journée —> journey. Mais parfois, l’anglais conserve au contraire intact un sens ancien du français, comme souvent d’ailleurs les autres langues romanes. Les données seront présentées sous la forme :
- mot français actuel (éventuellement verbe conjugué) /mot anglais actuel [traduction] … Du point de vue du sens, le mot anglais est souvent un faux-ami; si cette parenthèse est absente c’est que le sens est relativement inchangé. Je rappelle que le mot anglais ne vient pas du mot en vis à vis, mais d’un de ses ancêtres ou autre variété…
- tous les mots ayant une majuscule K ou S entre parenthèse ont une prononciation typiquement normande. L’explication phonétique n’est donnée que la première fois…
aisé/easy
andouiller/antler
armure/armour (le son u inconnu en anglais est converti )
aisselle/aisle [allée dans les avions par exemple]
biche/bitch [femelle du chien]
boulette/bullet [balle d'arme à feu]
blanchette/blanket [couverture] (K) (de l’époque où toutes les couvertures devaient être blanches ? Etymonline fait venir blanket de blanchette, ce qui est évidemment impossible, blanket doit venir d’une forme non-palatisée blanquette (comme pour la recette) soit normando-picarde, soit occitane)
breuvage/beverage
brosse/brush (S : le s latin a été palatalisé en normand>anglais, ce phénomène sera signalé ensuite simplement par un S)
buche/bush [buissons] (d’autres origines ont pu intervenir, remarquons seulement la ressemblance…)
cabestan/capstan
cannevas/canvas [toile]
caisse/cash [comptant] (S)
carpette/carpet (curieusement, le mot français est aberrant, puisqu’on attendrait “charpette” ou “cherpette” comme dans le mot de même racine : charpie. Archaïsme dû à l’expressivité du mot ou rétro-influence de l’anglais ???)
cerise/cherry (S) (Etymonline remarque la perte du son [z] au singulier en anglais, pris pour la marque du pluriel mais ne remarque pas l’adjonction du [t] dans la consonne initiale, forcément due à une réinterprétation à partir de la graphie…)
char/car [voiture] (K) (bien sûr, cela devrait être la première correspondance qui vient à l’esprit, mais “char” n’est utilisé pour les voitures qu’au Canada)
charogne/carrion (K)
charrie/carry (K)
chasse/catch (K et S… cas défloré plus haut; de plus :T la chuintante est devenue affriquée) [attrapper, c'est d'ailleurs le sens originel. Les acceptions actuelles en français :courir après, faire partir, sont des sens dérivés...outre cette version normando-picarde, l'anglais a aussi emprunté la version française "chasse" qui donne "chase" et plusieurs de ses dérivés, voir plus loin : pourchasser] [13]
chaudron/cauldron (K)
(bonne) chère/cheers [réjouissons nous]
citoyen/citizen
coi/quiet [tranquille] (graphiquement le mot anglais ressemble à la fin de in-quiet, mais oralement plus à coi…Littré nous dit : “picard, à l’coyette, à l’aise“… c’est probablement là la véritable étymologie du mot anglais; la notation ayant pu subir une influence savante ou se rapprocher du latin par hasard…)
conseil/council
contrée/country [pays]
coquille/cockle [coquillage]
coussin/cushion (S)
couronne/crown
couvre-feu/curfew
coût/cost
costume & coutume/custom [douane, sur mesure, etc.] (les voyelles se sont visiblement interverties dans l’écriture, ce qui arrive encore souvent chez les anglophones…)
crochet/crocket (K) (pas Davy … mais une sorte de crochet en architecture, voir sur Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Crocket, Wikipedia est un petit site débutant où vous pouvez trouver quelques informations…)
croissant/crescent
cueille/cull [choisir]
curée/quarry (pas le “quarry” qui signifie carrière)
découvrir/discover
défaite/defeat [battre]
dégoût/disgust
déteint/stain [tache]
dommage/damage
dresse/dress [habit] (en français moderne on ne dresse (décore) plus que la table)
écureuil/squirrel (l’ancien français avait encore un son [s] entre le e et le r)
enjoué/enjoy [apprécier]
exemple/sample [échantillon] (le français exemple, sous la forme example a aussi été emprunté plus tard…)
humeur/humour (le son eu inconnu en anglais est converti )
journée/journey [voyage]
facture (au sens de la qualité de ce qui est fait)/feature
failli/fail (voir plus bas le commentaire sur faute)
faisable/feasible
fait/feat [action]
faute/fault [faille] (une faute, cela se rapporte au verbe falloir [14], mais une faille, au verbe faillir. L’usage d’un dérivé du premier en anglais pour désigner une faille géologique “l’endroit qui a pété, manqué, failli” nous rappelle que ces deux verbes (d’ailleurs défectifs tous les deux) n’en faisaient jadis qu’un seul…)
foire/fair
fourche/fork (K) [fourchette]
gentil(homme)/gentry [noblesse]
huile/oil
jeu parti (jeux séparés)/jeopardy (mise en danger)
joint/joint [articulation]
joyau/jewel
laisse/leash (S)
leurre/lure
marché/market (K)
mars/march (S T)
monnaie/money [argent]
mousseron/mushroom (S)
noise [ennuis[15]]/noise [bruit] (nausée est un mot français de même racine mais d’origine savante)
nombre/number
ois(eau de) proie/osprey (évoque un temps ou l’ois-eau n’était pas encore affublé systématiquement de son suffixe “eau”, comme les perdreaux, dindonneaux, pigeonneaux, ramereaux; l’oiseau était alors parfois un.. oi comme en wallon, oûhai, nous dit Littré….)
papier/paper
paroisse/parish (S)
paysan/peasant
peine/pain [douleur]
peuple/people
pince/pinch (S)
place/place [endroit] (prononciation anglaise refaite à partir de l’écriture)
pleine/plain (adj) [entier, total, absolu] les dictionnaires étymologiques anglais donnent l’adjectif ”plain” comme ayant la même origine (une origine simultanée) que le nom “plain”, c’est à dire qu’ils viendraient tous les deux de “plaine”. Certains sens de “plain” en anglais correspondent pourtant à ceux du mot écrit “plein/pleine” en français. Après démêlage de la situation [16], il semble que l’anglais soit correct dans son utilisation de plain dans le sens d’uni (simple, sans motifs, sans fioritures). On ne retrouve plus cette orthographe en français que dans l’expression “de plain-pied” et autres usages vieillis, mais elle serait correcte aussi dans : en pleine mer, en pleine campagne, en pleine vue, expression dans lesquelles l’homophonie avec plein/pleine a fini par pervertir la graphie.
pourchasse/purchase [acheter]
pousse/push (S)
prouve/proof [preuve]
propriété/property
preu/proud [fier]
relâche/relax
rivière/river
ronde/round
ruser/rush (S) [se dépêcher]
sauf+sauve/safe [en sécurité]+save [économiser] (il est remarquable que les deux formes de la racine en français soient toutes les deux passées en anglais, mais avec une spécialisation de sens)
sente/scent [odeur]
somme/sum
soudain/sudden
souffrir/suffer
suite/suit [vêtement/convenir/procès] les dictionnaires étymologiques peinent à nous expliquer comment ce mot qui désigne à l’origine dans les deux langues la suite d’un roi; c’est à dire son entourage ou sa cour [16] a fini par exprimer en anglais l’idée d’un vêtement. Mais si on relit [17] une définition comme celle d’Etymonline, on peut se demander si les cartes à jouer n’ont pu être le lieu primitif d’acquisition de la deuxième acception plutôt que le lieu d’application d’un sens acquis plus tôt comme cela est suggéré, car “suit” désigne encore aujourd’hui en anglais la couleur (l’enseigne) aux cartes. Le mot aurait pu (ma théorie) être emprunté une deuxième fois par l’anglais à l’occasion d’un jeu de cartes avec des francophones en croyant qu’il faisait allusion au fait que la main était composée de la suite/cour du roi et de la reine (des cartes), chose se voyant par leur livrée/livery; une explication plus détaillée : ICI [18][19]

(t)ante/aunte
tenez !/tennis (celui là je l’ai trouvé aussi dans etymonline, un site génial, basé sur de nombreuses sources)
touiller/toil
tourne/turn (les verbes)
travail/travel [voyage]
vendange/vintage [ancien cru]
vide/void
vrai/very [vraiment>très] (juste devant notre nez, mais ne se voit pas du premier coup)
vue/view (le son u inconnu en anglais a été converti historiquement en iou, mais si vous faites lire le premier à un anglais, vous obtiendrez probablement encore le second !)Cette liste n’est pas exhaustive bien sûr, d’autant que de très nombreux mots issus de la langue d’oïl et toujours présents en anglais n’ont plus d’équivalent en français, aussi étonnant que cela puisse paraître. Considérez par exemple :
“conceal” (dissimuler) qui vient évidemment d’une ancienne forme du verbe celer (nous avons toujours : déceler, receler mais plus de conceler…)
Remarque sur les “racines orphelines” :

Mots germaniques en français
Certains mots français viennent directement de l’anglais mais ils sont bien connus. Il est plus intéressant de chercher des mots germaniques ayant été introduits dans le vocabulaire français au cours de la période où les rois francs parlaient encore le francique…le mot obtenu en français d’aujourd’hui reste alors très proche du mot francique originel (rappelons que des dialectes franciques sont toujours parlés, notamment en Moselle ), du mot allemand (hors du sujet de cet article) mais compte tenu de la proximité linguistique de l’allemand et de l’anglais (même souche germanique) on se retrouve alors avec une ressemblance étonnante de l’anglais et du français.
Au moment de leur adoption dans la langue, ces mots ont souvent subi une évolution caractéristique comme dans les exemples suivants :
- la série bien connue des mots à initiale W en germanique représentés par des G en français :
gain/win, gâte/waste, gage/wage, guindeau/window, gare !/ (be)ware, Galles/Wales, guerre/war, guet/watch+wait+wait, (loup)garou/were(wolf), guise/wise, web/guipe, gage/wage, guêtre/wrist oui en anglais c’est le poignet, mais le sens originel est seulement celui d’une articulation, on a le même décalage anatomique avec hanche et ankle (cheville en anglais) et bien sûr : Guillaume/William, peut-être gratter/write (vous connaissez peut-être : gratte papier), peut-être aussi : gauche (= tordu)/wince [grimacer]?
- une autre série, originellement avec un h vraiment aspiré à l’initiale, a donné notre (faux) “h aspiré”, qui n’est pas un phonème à proprement parler, mais dont la présence modifie les règles de la liaison :
Heaume/helmet, haut/high, horde/herdgr
- trinque/drink (on remarque sur la même initiale le mot voisin: trique, à la consonance typiquement germanique également……strike ?)
- échoppe/shop
- loquet/lock [verrou]
- meurtre/murder [les cognats germaniques ont tous conservé le sens originel d'assassinat tandis que les langues latines ont, en dehors des cognats de meurtre, des dérivés dont le sens est neutre : mort, morte, mourrir, mortel.]
Remarque : compte tenu de la palatalisation des K germaniques ( [k] > [ch] qui a eu lieu en français, la comparaison de certains mots germaniques présents dans les deux langues aboutit exactement à ce qu’aurait donné un emprunt de l’anglais au normand, comme on l’a vu plus haut :
brèche/break [intervalle]
Autres cas
- Un mot germanique ayant été introduit en français par les francs (ou autres germains) a pu passer ensuite à l’anglais, probablement à l’occasion de la conquête de Guillaume, alors que l’anglais se trouvait dépourvu du mot en question par la voie germanique “normale” (les anglo-saxons). Dans certains cas, ce mot a pu d’ailleurs disparaître sur le continent.. heureusement, il reste quelques couples comme :
hâte/haste (signalé par Lyonel Baum),heurte/hurt,
coche/coach
- Un mot latin a pu passer dans les langues germaniques plus ou moins anciennement :
chat/cat (comme on l’a remarqué plus haut, si le vocable avait été apporté à l’anglais par les normands, on aurait eu probablement le même résultat)
- Un mot celtique a pu se frayer un chemin aussi bien en français qu’en anglais :
cloche/clock [horloge] (remarquez que le français a récupéré la variante dialectale [klok] pour désigner les ampoules, soulèvement de la peau en forme de cloche…)
benne/bin [poubelle mais aussi caisse]
- Un mot anglais a été pris à une autre langue latine : l’anglais “cork” [bouchon en liège] est donné parEtymonline comme venant de l’espagnol “alcorque” (qui tiendrait d’ailleurs ce mot originellement latin (cortex) de l’arabe ”al-qurq”). Mais je ne peux m’empêcher de remarquer que si Littré nous donne le picard “écorche” (ainsi que d’autres formes proches en ancien wallon, namurois, etc.) pour écorce, “écorque” a pu exister dans ces dialectes, fut-ce comme hypercorrectisme…(son [k] refait à partir d’un [ch] français ?). Il reste que la piste espagnolo-arabe nous donne encore une ressemblance étonnante entre nos deux langues cibles.
- Un mot latin (peut-être emprunté au gaulois) a été repris au français et adapté en anglais (?)
encombrant/cumbersome
- Un mot anglais a été emprunté directement au latin (comme mot savant probablement), il ressemble donc naturellement au mot français qui a évolué à partir de ce même mot latin :
aire/area
évolue/évolve (c’est la théorie reprise dans Etymonline mais le latin a “evolvere”; comment passe-t-on de “evolvere” à “to evolve” ? Soit-dit en passant, “evolve” ressemble quand même beaucoup au mot français “évolue” dans lequel on aurait pris le u pour un v ???)
- Onomatopées : remarquons la ressemblance de “yummy” en anglais avec son homologue français “miam”. Elle ne se voit que si vous faites abstraction de l’écriture. Écrivons le français [myam] si vous voulez, ah vous commencez à la voir ? Etymonline se contente de dire qu’il vient du language bébé, c’est pas tellement étymologique comme démarche ! (miam n’est pas dans le Littré…)
- Un mot anglais peut venir “à la fois” de plusieurs mot français :
Ainsi “aisle” (avec le sens le plus souvent de “allée”, comme dans les avions) semble venir en même temps de aile, de isle et d’allée, justement…
- Un mot commun à l’anglais et au français peut :
- Un mot anglais peut être censé venir du latin, alors que visiblement il ressemble surtout au français (?) :
- Un mot anglais peut être censé venir du vieil anglais, alors que visiblement il ressemble surtout au français (?) :
Etymonline fait venir l’anglais moderne Eye du vieil anglais “ege”, apparenté aux ( Old Saxon aga, Old Frisian age, Old Norse auga, Swedish öga, Danish øie, Middle Dutch oghe, Dutch oog, Old High German ouga, German Auge, Gothic augo ”eye”), sans nous expliquer quand la prononciation a changé à ce point, tous les cognats germaniques ayant le son [g] ? Incidemment, “eyelet” (un petit trou), viendrait lui directement du français œillet (un petit œil) et ne se serait rapproché graphiquement du premier que par “influence”. Difficile à gober, cet œil… Il est probable que les sources d’Etymonline n’ont tout simplement jamais remarqué la grande similitude phonétique de ce mot des deux côtés de la Manche.
- Un mot anglais est un mot français tel quel, mais qui n’est plus compris dans le langage courant :
- Un mot germanique a pu passer dans plusieurs langues romanes (à la faveur des invasions), la version française ayant pu être reprise d’une de ces langues, ressemblant finalement à l’anglais par “emprunt interposé” :
- Dans des mots de la même famille, certains pourraient être passés directement du latin à l’anglais (?) comme “line” alors que d’autres montrent clairement une influence française comme “align, alignment” dans leur graphie. Remarquons qu’ici, tous ont subi la même réinterprétation phonétique du [i] roman en diphtongue [ai], ce dont étymonline (par exemple) qui remarque les deux écritures et souligne l’existence d’un ancien “aline”, ne paraît pas s’apercevoir ….
Piège des ressemblances
gars/guy
a : skull (d’un mot germanique)(le mot anglais ne signifie que le crane, pas le squelette entier, curieusement d’anciens étymologistes avaient apparemment voulu le relier au français “écuelle” ???)f. : écharde, qui serait de la même famille que chardon (le chardon pique) du latin : carduus
a : shard, viendrait du proto-germanique *skardas = couperremarquons que shard veut plutôt dire “tesson, éclat” qu’écharde…f : glace = glace d’eau, vitre, objet en verre, miroir, aspect brillant (de la même racine que “gel”)
a.: glass = vitre, verre, objet en verre, miroir (serait au départ un nom de couleur, remarquez aussi “gloss” en anglais qui fait pareillement allusion à un aspect brillant)
Epilogue
Prestige
Je ne peux pas finir cet article sans parler du prestige comparé du français et de l’anglais.
Il est clair que le français a longtemps été la langue la plus prestigieuse, avec son emploi dans toutes les cours du monde, usage qui s’est perpétué un certain temps dans le ghetto diplomatique (des gens qui croient toujours faire partie d’une cour et qui voudraient se faire appeler ”Excellence”). Mais on ne doit pas oublier que le français était aussi une langue scientifique, une des langues de l’opéra….
Je ne suis pas historien, mais ce prestige du français est probablement à mettre en rapport avec l’appartenance de la France au “noyau” de l’Europe : ce triangle Allemagne-Angleterre-France d’où sont sortis les grands savants, les grands inventeurs, les grands philosophes, la culture occidentale tout simplement. L’Italie du Nord faisait partie de ce noyau encore assez récemment, et plus anciennement la Grèce bien sûr mais ces régions ont vu leur étoile péricliter (pourquoi ?). Hormis l’italien, le français était donc la seule langue latine en lice, un pedigree hors d’atteinte de nos voisins germaniques, malgré les fameuses études indo-européennes dont le moindre intérêt n’était pas de relier enfin les langues germaniques au grec, au latin et au sanskrit !
Aujourd’hui, la prééminence du français dans le monde scientifique est bien finie, et son usage diplomatique n’est plus qu’un vague souvenir mais il garde pourtant son prestige. Un exemple très terre à terre : pour un modèle de voiture nommé avec un nom espagnol ou italien, il y en a dix qui reçoivent des noms français. Comment expliquer cette situation ?
Le caractère prestigieux de la langue française est d’autant plus difficile à expliquer si on le compare à la situation de ses sœurs latine l’italien, l’espagnol ou le portugais, toutes langues très marquées péjorativement, même en français d’ailleurs. Parler français ou anglais avec un accent espagnol ou italien et on est sûr d’avoir à l’arrivée un effet “Nacho libre”, qu’on peut lire au premier degré ou au nième, mais dont on ne pourra pas se débarrasser.
La seule solution à ce mystère est que le prestige du français survit à sa gloire car il est, comme on l’a vu, partie intégrante de l’anglais, la langue qui domine le monde, du web aux communications scientifiques et en emportant au passage tout le reste, diplomates et diplodocus.
L’anglais a tiré sa domination de l’histoire coloniale, et peut-être de sa simplicité, mais il tire sans aucun doute tout son prestige du français. Le prestige du français ne survivra que comme référence obligatoire de l’anglais.
Sources
Le Littré : http://francois.gannaz.free.fr/Littre/accueil.php Le Littré est d’une grande richesse, mais il a aussi ses lacunes, anecdotiquement : il connait la lèche de jambon (qui connait encore ce mot ?) mais pas la liche, ni surtout la lichette, probablement dialectale au départ, mais aujourd’hui bien connue partout en métropole.
Etymonline : http://www.etymonline.com/
André Martinet, Des steppes aux océans, Bibliothèque scientifique Payot, 1994
Références
- Idéalement, il faudrait avoir écrit tout cet article en notant phonétiquement les prononciations… mais il deviendrait alors difficilement lisible par tous.
- parmi lesquels Jacob Grimm, celui des contes.
- Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres.
- sauf dans la liaison naturellement
- Mais nous avons aussi la flotte bien sûr
- je sais ça paraît bizarre, mais un peigne est hérissé de pointes et …peut servir à se crêper le chignon, en anglais la racine a bien pour sens originel l’arrachage de poils
- cheveu/hair, cheval/horse sont apparemment des coïncidences
- Bien sûr le rapprochement entre ces deux mots si proches est rendue plus difficile pour le non-linguiste par leurs orthographes différentes. Curieusement, en anglais le capot d’une voiture se dit : “bonnet” (on reste dans les chapeaux…)
- et comment dit-on “cacher” alors, en normand, me direz vous ! Je n’en sais rien vous répondrai-je, mais j’attends avec plaisir que vous m’envoyiez cette information ! Par ailleurs, on observe quelquefois en français une alternance entre deux de ces sons, observez comment le [ch] de pêche se change en [s] dans poisson (on devrait avoir poichon !) Il serait intéressant de connaître les mots équivalents en normand.
- Les dictionnaires étymologiques indiquent que l’anglais “sign” [sain] vient du français “signe” [sinj], que “face” [feis] vient du français “face” [fas]. Mais les diphtongues [ai] et [ei] de l’anglais ne peuvent “venir” des sons [i] et [a] du français. Il faudrait préciser alors que ces mots viennent de la notation française, pas des mots eux-même (les mots, en linguistique, c’est ce qui est énoncé) contrairement aux cas classiques listés plus bas. Les dictionnaires ne semblent pas conscient de cette subtilité…
- Je me suis amusé à retranscrire en français la prononciation anglaise de vampire, vous l’aviez reconnue ?
- Il y a des exceptions, tel ce commentaire d’Etymonline , à l’article Task, d’autant plus étonnant qu’il concerne la forme allemande du mot : [Ger. tasche "pocket" is from the same V.L. source (via O.H.G. tasca), with presumable sense evolution from "amount of work imposed by some authority," to "payment for that work," to "wages," to "pocket into which money is put," to "any pocket."]
- Dans le cas de “catch”, on a clairement affaire à un emprunt oral, mais dans le cas de “chase” [tcheiz], la diphtongaison du a et l’affrication du ch signalent à mon avis un emprunt écrit… avec réinterprétation phonétique selon les règles de l’anglais écrit.
- Fauter est un dérivé de faute, mais faute est bien un dérivé de falloir, dans sa forme : il faut = il manque (faute de grive on mange des merles).
- Ceux qu’on “cherche”…
- Remarquez que la cour… et la suite se retrouvent au tribunal, le premier des deux en français seulement, mais en anglais le deuxième (suit = procès) aussi bien que le premier (court)
- suit (n.) c.1300, “attendance at court, the company attending,” also their livery or uniform, via Anglo-Fr. siwte, from O.Fr. suitte “attendance, act of following,” from Gallo-Romance *sequita, fem. of *sequitus, from L. secutus, pp. of sequi “to attend, follow” (see sequel). Meaning “application to a court for justice, lawsuit” is first recorded early 15c. Meaning “set of clothes to be worn together” is attested from early 15c., from notion of the livery or uniform of court attendants (a sense recorded from late 13c.). As a derisive term for “businessman,” it dates from 1979. Meaning “set of playing cards bearing the same symbol” is first attested 1520s, also from the notion of livery. Hence, to follow suit (1670s), which is from card playing.
- A l’issue de ce début d’explication, vous n’avez peut-être pas saisi mon hypothèse, la voici plus en détail : 1 le mot “suite” passe du français à l’anglais (suit) pour signifier la suite d’une personnalité, les personnes qui se déplacent avec elle. 2 en anglais le mot est une racine “orpheline” (“sequence” est trop différent pour être associé à lui) donc dépourvu de toute connection avec l’idée de “suivre” (to follow) 3 en français une suite aux cartes est avant tout une main de cartes de la même couleur, ET qui se suivent (en français on peut difficilement prononcer le mot sans penser à l’action de suivre) 4 le mot repasse en anglais une deuxième fois dans le contexte des jeux de cartes (ce sont les cartes françaises qui sont d’ailleurs utilisées dans le monde anglo-saxon comme le souligne Wikipedia en anglais, voir lien, commentaire sous l’image…les espagnols, les italiens ou les allemands ont leurs propres jeux…) 5 à cette occasion l’emploi de “suite” est pris par les anglophones pour une allusion à la suite du roi (des cartes), d’ailleurs en anglais les figures (ou honneurs) s’appellent “court cards” (les cartes de cour)… 6 Comme tous les nobles, les suites royales se reconnaissent à leur costume ! Remarquons que les “couleurs” d’une équipe, c’est son emblême, et qu’autrefois, les couleurs du seigneur étaient reportées sur le costume de ses vassaux, comme dans cette citation d’Alexandre Dumas :”C’était un noble jeune homme, vêtu aux couleurs du comte et portant ses armes sur la poitrine.” (armes = armoiries). Remarquons aussi : Retourner sa veste = To change your colours. 7 ainsi le passage entre l’appartenance à une même cour et l’habit qui le montre est il naturel. C’est ainsi que l’idée de couleur/emblême a pu être recouverte par celle du costume porté. 8 pour la suite voir note suivante…
http://en.wikipedia.org/wiki/Suit_(cards)#Traditional_Western_playing_cards - 8 mais alors si ce passage est naturel il aurait pu se produire aussi bien en parlant des vrais personnages des suites et des cours ? cette objection est faible car dans la réalité, les cours n’ont guère besoin du costume pour se reconnaitre (les gens ont une tête bien à eux !) contrairement au cartes, où c’est primordial ! 9 parallèlement trois autres mots anglais analogues avec des acceptions séparées sont apparues : – “suit” le procès (ou plus évidemment les “poursuites”) et le verbe apparenté “to sue”, poursuivre en justice. Ces deux là sont probablement apparus séparément à partir de la langue juridique. – “to suit”, convenir. Les dictionnaires étymologiques que j’ai consultés font venir cette acception de celle de vêtement. Un vêtement vêt. S’il vêt, c’est qu’il va. S’il va s’est qu’il convient… Personnellement, je ferais plutôt venir ce “suit” là de “sied”, dont le t s’entend dans la liaison…”Sied-il bien à des dieux de dire qu’ils sont las ?” MOL. Amph. prolog. (citation donnée par Littré) avec une confusion auditive des deux diphtongues et conséquemment leur confusion dans la graphie. – “suite” avec un e, qui se prononce différemment des autres, et qui a le même usage qu’en français quand il désigne un appartement.
- Trois en réalité, j’ai entendu le commentateur parler de la “traine” de la mariée à Westminster… je me demande qui a bien pu se marier récemment à Westminster ?
- Toutes les situations intermédiaires entre un mot complètement orphelin (comme cuisine) et un mot d’emprunt relativement bien intégré (comme view, avec viewer, viewing qui finissent peut-être par donner l’idée que ça a un rapport avec to see/watch…) doivent bien sûr exister. Dans le cas où le mot est éclaté entre plusieurs acceptions (comme train), l’effet “orphelin” est encore renforcé. Autre cas, celui de plusieurs mots apparentés en français qui ont été empruntés séparément : le résultat , aucune connection en anglais entre “soup” et “supper”…
- L’italien ne parait pas avoir reçu sa version du mot
- Une vieille dame, qui croit qu’elle est la reine d’Angleterre (et de pas mal d’autres pays, demandez lui la liste, elle comprend le français)
- Mais cela ne s’explique pas par “emprunt” de l’emploi lui-même, très certainement plutôt par convergence des sens figurés dans les deux langues : maison > habitants de la maison > famille (indépendamment de l’époque et du lieu)
- lui-même pas très éloigné d’un autre mot bien connu si on remplace le deuxième ch par un g.
- par exemple, si différents dictionnaires indiquent encore différents sens pour “reef”, comme “écueil”, les pages de wikipedia “reef” en anglais et “récif” en français sont liées par les liens “autres langues” accréditant ainsi l’idée qu’il s’agit bien de la même notion, et de façon subliminale, du même mot.
- Le problème de ces dictionnaires est que leur explication est souvent lapidaire, omettant le raisonnement du ou des auteurs. Bien sûr ici plein/pleine ont en plus avec plaine une origine latine commune dans planus, ce qui complique encore l’interprétation. Dans un premier temps, j’ai cru que les dictionnaires étymologiques anglais se trompaient et que plain l’adjectif devait avoir son origine sémantique dans le français pleine, avec une réinterprétation de l’orthographe sur le modèle de plain le nom (qui signifie la plaine…). En réalité, il semble que c’est en français que la confusion entre les deux mots, tant au niveau de la signification que de l’orthographe, soit la plus embrouillée.
- Je sais, en réalité, c’est une “surveille”….


BRELAT Pierre
Un petit pense bête, qui ne marche pas tout le temps, mais celà peut aider à faciliter l’enseignement de l’anglais, information qui m’a été dite mais que je n’arrive pas a trouver sur le net : un mot commençant par E en français, commence par un S en anglais;
Ecole = School
Etage= Stage
Epouse= Spouse
Etoile = Star
Ecran = Screen
Etat = State
Esprit= Spirit
Des fois on retombe sur le mot par un simple remplacement, même si ce n’est pas toujours vrai, ça peut donner une indice. Il est dommage que cette information soit inconnut de l’enseignement. Cette gueguerre franco anglaise encore présente aujourd’hui est surement un frein.
Y a t il un lien entre ennoblir et snob ?