La zone P, une région primitive du cerveau humain activée occasionnellement dans la vie moderne



Une illustration microsociologique de la puissance explicative du Darwinisme


Du cerveau simiesque à celui du sapiens sapiens adulte en passant par celui de l’enfant (l’ontongénie récapitulant la phylogénie ?), une zone primitive du cerveau qui fut probablement fortement sélectionnée positivement pendant la préhistoire est toujours présente chez nous et vous pouvez éventuellement l’observer quand elle s’active chez vos contemporains, peut-être sur vous même !



Le singe et l’abricot

C’est en 1981 au restaurant Puiseby près de Vaison-la-romaine que j’observai un singe d’espèce indéterminée mangeant un abricot.

Le petit singe pela entièrement cet abricot bien mûr pour manger la chair, mettant la peau, qu’il enlevait avec l’ongle, de côté.

Quand il eut fini de manger la chair, alors, il mangea la peau.

Appelons zone P (comme peau) la zone du cerveau qui fut activée chez ce primate (mais néanmoins animal de bonne compagnie). On peut supposer que la zone P libère des endorphines lors de sa stimulation/activation . Cette libération produit un plaisir intense et peut provoquer une addiction. Vous pouvez vous-même stimuler votre zone P en mangeant des cacahouètes non décortiquées. Non seulement vous jouissez du goût des cacahouètes, mais en plus votre zone P est stimulée ce qui explique cet état de béatitude idiote dans lequel vous vous trouvez, remplissant cette petite assiette d’épluchures….[1]

Désolé, je n’ai pas trouvé une photo avec un abricot.

Nourrir un (son) enfant

Quiconque a déjà nourri un enfant ou même fait sa cuisine a été frappé par la fréquence avec laquelle l’enfant “n’aimait pas ça” ou bien “en aimait seulement une partie et laissait le reste”. La plupart d’entre nous, disons ceux qui ont été des enfants, ont d’ailleurs expérimenté ce phénomène de première main : les adultes se nourrissaient à l’époque principalement de choses immangeables et de très peu de frites, de purées et autres nouilles (sauf exception familiale).

On ne voit pas en première approche le lien qui relie cette observation à la précédente si on n’a pas saisi une occasion particulière de voir s’activer la zone P chez l’enfant : il faut lui servir une boisson à base de lait chaud. Tout lait contient de la graisse. Cette graisse est hautement prisée en cuisine, on l’appelle la crème. La crème, c’est un mot synonyme du nec plus ultra. Pourtant la crème sur le lait chaud ou le chocolat active la zone P de l’enfant, cela ne rate jamais. L’enfant doit enlever la peau contaminée pour atteindre le lait sain.

Cette manie subsiste chez certains adultes. Ils ont appris à aimer plus de mets mais (allitération) la zone P reste susceptible de s’activer chez eux à tout moment. Servez leur un plat, viande, poisson, ce que vous voulez et observez les sans éveiller leur suspicion au moment où ils se servent. Si leur zone P est  activée, vous les verrez écarter délicatement les parties contaminées du plat, les mauvais morceaux de viandes, les légumes suspects, etc. jusqu’à ce qu’ils localisent enfin ce que seul leur œil exercé peut voir : le seul morceau indemne, qu’il s’empressent alors de s’approprier, bien qu’il soit en général localisé à l’extrémité du plat la plus distante de leur assiette.

Ce genre de photo est difficile à trouver.

L’Homo sapiens sapiens au supermarché est toujours sous la menace d’une réactivation

Regardez cette vieille femme, qui casse les tubercules de gingembres un par un pour les renifler, est-elle folle ? Non, elle sait que dans le même champ, on produit des bons gingembres et des mauvais !

Observez cette autre femme qui choisit des champignons de Paris, sa zone P est activée ! Elle retourne tous les champignons un par un et bien qu’ils soient tous strictement identiques, à la taille près, elle est capable de détecter tous les faux champignons que les employés du supermarché ont malicieusement introduits sur l’étal. Seuls 10% ou moins sont vrais ! Quel tâche de haute responsabilité de toucher tous ces champignons pour reconnaitre les bons ! Cela demande une concentration maximale, que seul le pilote de chasse en rase-motte peut égaler, mais la sécurité de son foyer est à ce prix (à la mère de famille, pas au pilote de chasse). Des familles entières sont déjà mortes empoisonnées par des champignons de culture, c’est bien connu.

Et cet homme qui veut acheter des raisins secs, il ne se contente pas, comme il pourrait le faire, de les pelleter dans son sac en plastique ! Non, lui aussi, il est conscient que seul quelques-uns des grains sont mangeables, les autres ne sont que des leurres (il se pourrait qu’ils soient en réalité des crottes de nez géantes). Peut-être que les autres consommateurs s’y trompent, mais pas lui ! En les roulant un par un entre ses doigts il peut distinguer à leur subtile réaction à la pression lesquels sont bons (les plus rares). Rouler un vraie crotte de nez de temps en temps lui permet de ré-étalonner sa sensibilité digitale.

Un cas difficile : le régime de banane. Les bananes sont attachées, et pourtant, certaines sont bonnes, d’autres ne sont là que pour abuser la vigilance du consommateur (fausse bananes chinoises collées en usine au milieu des vraies bananes). Le consommateurs éclairé, qui ne s’y trompe pas, lance un regard à droite et à gauche pour voir si on ne le surveille pas, puis casse subrepticement les fausses bananes qu’il repose du même geste dans le tas (si vous ne me croyez pas regardez toutes les bananes isolées à la fin de la journée…)

Une excellente illustration : la production des Kiwis (Actinidia sinensis)

L’éclaircissage sélectif

La culture du kiwi, développée de façon industrielle en Nouvelle Zélande notamment dans la région de Te P(lo)uke [2] nous fournit une double illustration du phénomène. Les treilles subissent un éclaircissage des fruits environ un mois avant la récolte. C’est une pratique courante en arboriculture fruitière qui a plusieurs avantages :

– éliminer tous les fruits aberrants, travail qui serait à faire de toute manière lors de l’emballage

– permettre une croissance accrue des fruits conservés sur l’arbre, d’autant qu’on favorise leur meilleure répartition. On enlève donc aussi les fruits trop nombreux en ciblant les endroits où ils sont trop agglutinés.

– limiter l’alternance, un phénomène de feedback négatif qui, chez de nombreux plantes pérennes, tend à leur faire porter trop de fruit une année et trop peu (ou pas du tout) la suivante.

Dans le cas des kiwis, cet éclaircissage est assorti d’une autre exigence : on élimine tous les fruits dont la forme ne correspond pas au “standard”, au “canon de beauté” du kiwi, fussent-ils bien gros. Les variétés sélectionnées les plus célèbres produisent en effet tout un tas de formes de fruits, ce caractère n’ayant apparemment pas pu être éliminé par la sélection agronomique (voir photos).

Seuls sont retenus les fruits qui ressemblent à des groseilles géantes, biens cylindriques ou ovoïdes, du moment que leur hauteur est très supérieure à leur largeur (les managers donnent des critères de sélection plus difficile à comprendre pour un matheux). On ne trouve pas malheureusement sur internet de tableau représentant les bons kiwis et les mauvais…

Mais pourquoi, me direz vous, les producteurs acceptent-ils de perdre tous ces kiwis qui ont exactement la même chair que les autres, mais qui ont simplement une forme inhabituelle (mais tout à fait naturelle) ?

Consommateurs à la zone P activée + feedback commercial

Eh bien parce que probablement ils ne pourraient pas les vendre : dans les supermarchés, les consommateurs, zone P activée, rejettent les mauvais kiwis et ne mettent que les bons dans leur sachet. L’information sur la forme remonte le courant commercial à contre-courant jusqu’au producteur, qui sait que ses kiwis ne seront pas achetés par les grossistes s’ils contiennent trop de kiwis “moches”.

Nécessité d’un tri efficace par l’activation de la zone P des ouvriers agricoles

Le producteur qui doit opérer son éclaircissage sélectif doit lâcher une bande d’ouvriers (souvent temporaires) dans son verger après leur avoir sommairement expliqué ce qu’il faut enlever et ce qu’il faut garder. Il court trois risques :

– la zone d’un ramasseur ne s’active pas et il se balade à cent sous de l’heure sans enlever les mauvais kiwis !

– la zone d’un ramasseur s’active tellement bien qu’il commence à tout enlever !

– la zone P d’un ramasseur s’active de travers et il enlève les bons en laissant les mauvais, ou encore travaille au petit bonheur…

Grande distribution.
TEST :pouvez vous distinguer les bonnes oranges des mauvaises ?

Références

  1. La zone P se trouverait juste à côté de la zone T (comme tartine). Cette dernière zone, fortement stimulée chez les jeunes enfants, à qui on propose maints coloriages. Ils en gardent des séquelles pendant de longues années, si l’on en juge par leur tendance , parfois jusqu’à l’âge adulte, à étaler la confiture sur leur tartine SANS OUBLIER AUCUN ENDROIT ! Il est clair en effet qu’une fois dans la bouche, l’étalement compulsif de la confiture ne peut avoir aucun effet sur le goût.
  2. Te Puke, cette charmante bourgade tranquille traversée en permanence par de monstrueux camions, se trouve à 17 km à l’est de Tauranga, le principal port de la Bay of plenty (Baie de l’abondance) et le plus grand port de NZ.

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