La diphtongue en français : mise en oeuvre d’une définition phonologique


Existe-t-il des diphtongues en français standard ? Ceci est la suite de l’article “la diphtongue” (qui montre l’errance ou la légèreté de sa définition dans beaucoup de livres, cours ou dictionnaires; j’ai écrit d’autres articles sur le flou artistique similaire dans la définition plus globale du phonème…)

Commençons par le commencement :

Définir ceci ou cela, c’est bien ! (joli)

Démontrer c’est mieux : je travaille donc depuis fin 2013 sur une méthode réellement scientifique d’extraction des phonèmes, méthode qui doit naturellement donner les diphtongues du même coup, je veux dire en même temps que les autres phonèmes…

Donc, si vous vous intéressez aux définitions de la diphtongue et vous vous demandez quelle est la vraie, ou pourquoi il y en a tant de différentes : lisez plutôt https://kn0l.wordpress.com/diphtongue-en-francais/

Si vous voulez connaître l’état de mes recherches et comprendre comment on peut construire un test (valable pour n’importe quelle langue) pour reconnaître les phonèmes, donc automatiquement trouver, s’il en existe, des diphtongues (ou autres phonèmes complexes) parmi eux, lisez plutôt : https://kn0l.wordpress.com/linventaire-phonologique-dune-langue-ou-determination-de-ses-phonemes/

 

Si vous voulez savoir comment se fait-il qu’on peut lire “partout”, c’est à dire dans beaucoup de dictionnaires, en ligne ou pas, de forums, d’ouvrages didactiques “qu’il n’y a plus de diphtongues en français moderne”, lisez cet article : https://kn0l.wordpress.com/le-francais-moderne-na-plus-de-diphtongue-dou-vient-cette-idee-et-surtout-cette-citation/

 

Enfin si vous voulez juste savoir où pourraient se trouver en pratique en français, sans prise de tête, les diphtongues dont de nombreuses personnes s’aperçoivent de l’existence (avant d’être détrompées car bien sûr : “il n’y a plus de diphtongues en français moderne”, continuez votre lecture, merci.

Dans l’article précédent (la diphtongue en français) nous nous sommes rendu compte que des définitions aberrantes ou complètement dépassées de la diphtongue étaient toujours publidées, y compris dans des milieux très “autorisés” (Académie Française).

Nous avons montré que cela aboutissait à des confusions et finalement à des avis à l’emporte-pièce. Nous avons donc proposé une nouvelle définition scientifique de la diphtongue (diphtongue |pp|) assortie d’une méthodologie de validation améliorée.

Nous nous proposons maintenant d’étudier selon cette méthodologie les diphtongues candidates proposées pour le français sur la page de Wikipedia (2008) en anglais : http://en.wikipedia.org/wiki/Diphtong#French:“Some diphthongs in French:

  • /wa/ as in roi “king”
  • /wi/ as in oui “yes”
  • /wε̃/ as in groin “muzzle”
  • /ɥi/ as in huit “eight”
  • /jε̃/ as in lien “bond”
  • /jɛ/ as in Ariège
  • /aj/ as in travail “work”
  • /ej/ as in Marseille
  • /œj/ as in feuille “leaf”
  • /uj/ as in grenouille “frog”
  • /jø/ as in vieux “old”

While /wa/,/wε̃/, and /ɥi/ may be considered diphthongs (that is, fully contained in the syllable nucleus), other sequences of a glide and vowel are considered part of a glide formation process that turns a high vowel into a glide (and part of the syllable onset) when followed by another vowel

On remarque l’emploi aberrant dans ce texte [1] de notations phonologiques, entre barres obliques donc, malgré une approche typiquement phonétique (dans la phrase qui suit la liste). La phrase de conclusion sous-entendait donc que les trois premières “diphtongues” étudiées étaient différentes des autres…
Par la suite, le texte de 2011 a changé, la phrase en question est remontée en tête de paragraphe, le mot “vraies” (true) a été ajouté et le tableau séparé en deux, les vraies et les fausses…

In French/wa//wε̃/, and /ɥi/ may be considered true diphthongs (that is, fully contained in the syllable nucleus: [ua], [uε̃], [yi]). Other sequences are considered part of a glide formation process that turns a high vowel into a semivowel (and part of the syllable onset) when followed by another vowel.[13]

Diphthongs

  • /wa/ [ua] as in roi “king”
  • /wε̃/ [uε̃] as in groin “muzzle”
  • /ɥi/ [yi] as in huit “eight”

Semivowels

  • /wi/ as in oui “yes”
  • /jε̃/ as in lien “bond”
  • /jɛ/ as in Ariège
  • /aj/ as in travail “work”
  • /ɛj/ as in Marseille
  • /œj/ as in feuille “leaf”
  • /uj/ as in grenouille “frog”
  • /jø/ as in vieux “old”

Mais pourquoi, vous demandez vous, ces phonéticiens anglais reconnaissent-ils des “vraies” diphtongues et des “fausses diphtongues” ?

C’est très simple : ils opposent classiquement les diphtongues (observées en surface, sans se soucier d’une définition structurelle) dans lesquelles l’appareil phonatoire va vers une fermeture (qui seraient des vraies), à celle dans lesquelles il s’ouvre au contraire (qui seraient des fausses). On retrouve la même idée chez les premiers phonéticiens français, ce serait un reste de la tradition philologique je pense.

La distinction est quelquefois présentée autrement, en repérant si “l’élément consonantique” se trouve en premier ou en deuxième. Etant donné que la voyelle est nécessairement la partie ouverte de la diphtongue et que la semi-voyelle/semi-consonne/élément consonantique, selon le nom qu’on lui donne, est la partie qui comprend une constriction, cela revient évidemment au même.

À aucun moment, les mêmes phonéticiens français ne songent que si une langue contient un élément complexe (qui pourrait être un complexe de consonnes,la diphtongue donc dans notre cas étant un un complexe de voyelles) ce n’est pas son découpage phonétique et des discussions à n’en plus finir sur sa description qui peuvent permettre de l’analyser, puisque justement il serait un tout inanalysable (phonologiquement).

Et d’ailleurs, on rencontre souvent dans certains textes (notamment les études philologiques sur les langues mortes) une pratique qui montre que la diphtongue, ce pourrait être “une sorte de voyelle”, comme ici  dans cette page wikipedia,qui traite du grec ancien, et qui associe systématiquement “voyelles” et “diphtongues” : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accentuation_du_grec_ancien

Mais rassurez vous : la plupart des phonéticiens du français moderne ne reconnaissent en fait aucune diphtongue, ni vraie ni fausse et quand on leur demande, s’il y en avait une, comment ils la reconnaîtraient, ils refusent de répondre ou répondent : “mais puisqu’il n’y en a pas, on ne peut pas en reconnaître…”

(C’est le célèbre paradoxe des moutons verts, qui existeraient, mais que personne ne pourrait voir, parce qu’ils sont verts justement et se confondent avec l’herbe !)

1 Son [wa] (digramme et autres transcriptions)

Je passerai beaucoup plus de temps sur ce complexe que sur les suivants, pour illustrer la méthode que j’ai mise au point.

Étude du mot « roi »

Comme Wikipedia nous le propose, étudions le mot « roi » !

Écrivons le phonétiquement [rwa] mais évitons de le décrire phonologiquement comme /rwa/ (on a vu qu’une erreur courante était justement de recopier seulement la notation phonétique à l’intérieur des barres obliques pour obtenir ainsi à peu de frais une notation phonologique…mais cela se justifie ici puisque nous allons faire une analyse phonologique de la notation obtenue)

  • Si, par hypothèse de travail, on considère qu’il n’y a que deux phonèmes seulement /r/+/wₐ/, on constate que la césure entre le r et le w permet de nombreuses substitutions (on écrira directement les homonymes obtenus en orthographe conventionnelle).
    Ainsi en substituant une autre consonne au r on obtient : poids, moi, toi, loi, doigt, soi, bois, coi, foi, oie, joie, quoi, noix, voix. Chaque paire parmi les mots de cette liste, en y ajoutant roi bien entendu, constituerait une paire minimale.

De même si on substitue au [wₐ] une autre voyelle on obtient : rat, ré, rai, riz, rot, roux, ru, rein, rond, rend. Ici encore chaque paire de mots construite constituerait une paire minimale.

  • Si maintenant on considère qu’il y a trois phonèmes (comme la “théorie dominante” l’affirme) on devrait pouvoir obtenir des paires minimales en coupant entre le « w » et le « a ». Malheureusement on constate qu’on trouve difficilement une consonne à substituer au « w » sauf à considérer « r(e)pas » comme admissible. On obtient quelques résultats en lui substituant une voyelle : rhéa, ria, rua, roua (tous des mots extrêmement marginaux de la langue). Enfin si on veut substituer au « a » une autre voyelle, la liste obtenue est également très limitée : roué, rouet (plutôt marginaux également).

Si le [wa] est composé de deux phonèmes comme le veut la théorie dominante nous avons donc le /w/ et le /a/ soit une semi-voyelle suivie d’une voyelle. Cette semi-voyelle devrait avoir en français un comportement autonome, permettant une libre association avec les autres voyelles et consonnes. C’est loin d’être le cas comme on vient de le voir.

Étude de la famille du mot « trois »

Le mot roi n’ayant pas une très grande famille (on a toutefois : reine, règne, régner ) pour faire l’étude critique proposée dans le Knol précédent, nous proposons de prendre, pour étudier la même diphtongue, un mot ayant de nombreux composés [2]. Nous aurions pu aussi bien partir de n’importe quel mot contenant le digramme , mais bon, il faut choisir : le mot trois a une famille très riche, il ne faut pas s’en priver.

Considérons la liste des mots : trente, treize, tricycle, triporteur, trépigner, trèfle, tiers et tierce. On voit que si le mot trois débutait par trois consonnes, il serait le seul de sa famille a posséder un phonème /w/ dans sa racine /trw/+/voyelle/. Les autres mots sont formée uniquement de /tr/+/voyelle, voire /T/+/voyelle/+/r/ dans certains cas.

Par ailleurs trois [trwa] reste différent de troua [trua] quand bien même la semi-consonne [w] est généralement proposée au départ comme un simple allophone du phonème /u/. Il est absurde, contraire à la théorie, de poser qu’un phonème aurait deux allophones et qu’ensuite ces deux allophones formeraient des paires minimales. S’il y a paire minimale, il DOIT y avoir une différence de phonème (quelque part) mais on ne peut pas décider à l’avance que le nombre de phonème est le même dans les deux membres de la paire putative [3].

Comparaison morphologique du mot « trois » avec ses cousins

Nous avons tres en espagnol et tre en italien pour la branche romane ainsi que three en anglais et drei en allemand pour la branche germanique. Dans aucune de ces langues n’apparaît la trace d’un pareil phonème W mais leur structure bien reconnaissable est plutôt : (dentale) + R + voyelle(s) comme dans les mots français vu dans le paragraphe précédent.

Comportement en initiale du complexe [wa]

Quand le complexe [wa] est placé en initiale, on remarque que les mots traditionnels se comportent comme s’ils débutaient par une voyelle, c’est à dire qu’ils font l’objet d’une liaison, comme dans « les oiseaux » alors que les mots exogènes comme « wapiti », « water » ou « ouistiti » (qui phonétiquement ont le même [w]) ne peuvent se lier. Cela corrobore l’idée que dans les mots traditionnels, ce [wa] dont on sait qu’il est bien l’aboutissement d’une diphtongaison, est toujours un phonème unique VOYELLE, par opposition au comportement des mots empruntés, dans lesquels W-A se comporte en revanche comme deux phonèmes dont le premier, une consonne, ne peut être liée.

Comparaison dialectale

http://micbourbonnais.free.fr/dialecte.htm
Parmi les exemples donnés dans ce site sur le dialecte Bourbonnais de la langue d’oïl, on a : “oi” prononcé “oué”, “é” ou “è” (ex: noir = nouére, droit = drèt)“. Autrement dit, au son du français qui nous occupe correspond dans cet autre dialecte soit une diphtongue légèrement différente, soit une monophtongue, exactement ce à quoi on peut s’attendre dans la différenciation dialectale d’une diphtongue…

http://www.arantele.org/langue.php
cet autre site s’intéresse au dialecte saintongeais, on y trouve la remarque suivante : “Absence de diphtongues : prmére (première), téde (tiède), le vént (il vient), drét (droit), fendour (fendoir), neùt (nuit).”
On voit qu’à la diphtongue qui nous occupe correspondent au moins deux monophtongues (peut-être suivant le contexte ?). Cette page fait expressément allusion à des “diphtongues” du français mais le sujet est ici abordé trop rapidement pour qu’on sache quelle idée exactement le rédacteur se fait de ce qu’est une diphtongue en français (peut-être encore la confusion avec le digramme, mais on voit qu’il considère (correctement) fendoir comme une diphtongue et fendour, dans son dialecte, comme n’en étant pas une malgré le digramme aussi !

On remarque que pour le mot français “tort”, le Littré signale l’existence de l’équivalent diphtongué “toîr” pour le Wallon (le mot est d’ailleurs aussi diphtongué en espagnol : “tuerto”).Enfin n’oublions pas que le français n’est pas un dialecte isolé, en tant que langue à grande extension il a incorporé différents dialectes. On peut donc rechercher de l’information dialectale à l’intérieur du français sur cette diphtongaison : le couple de verbe : plier et ployer, de même sens (sans finasserie philologique) et de même étymologie, mais probablement d’origines dialectales légèrement différentes,nous fournissent peut-être le meilleur exemple de deux formes, l’une avec la monophtongue, l’autre avec la diphtongue.

Une confirmation de la “Phonologie Générative Plurilinéaire” (sic)

Dans un article disponible sur internet et intitulé :”Phonologie Générative Plurilinéaire”  L.J. Van der Veen arrive péniblement à la notion de “diphtongue (lègère)” (sic) pour le digramme oi :

“Exemple 2 : le statut a priori ambigu des semi-consonnes du français.
L’oie / les oies vs le watt / les watts
\wa\ \wat\
Imputable à la structure de la syllabe (ouverte / fermée) ? Non : les ouailles (\waj\).
Explication ? Certains w fonctionnent comme des C, d’autres comme des V. Il n’y a aucune différence phonétique.
Comment en rendre compte formellement ? Les 2 mots donnés en exemple n’ont pas
la même structure syllabique (l’attaque !).
(schéma)
U = {u, w}. C’est un segment sous-spécifié pour [±consonantique]. Il reçoit sa (pleine) spécification grâce à la position qu’il occupe dans la syllabe. Dans la seconde structure le U fait partie du noyau. Les deux segments associés au noyau donnent lieu à une diphtongue (lègère). L’attaque est vide dans ce cas et peut donc recevoir un segment venant de gauche (l, z) comme dans petit oiseau (vs petit
whisky).”

Même si on admet dans un premier temps les notations barbares de Van der Veen (qui se sert des notations phonologiques au lieu des notations phonétiques), sa propre conclusion de l’existence d’une diphtongue dans le premier exemple (je suppose ici que VdV s’est trompé en proposant une diphtongue dans la “seconde structure” soit : les watts, acte manqué ?) signifie qu’il aurait dû repenser cette notation :
1 en présentant une notation phonologique différente pour chacun des deux mots
2 en repensant la notation phonétique pour les deux mots à nouveau, compte tenu de la précédente.

Mais les obstacles mentaux qui empêchent une telle réécriture sont apparents dans la rédaction de ce texte :

  • la qualification de ‘semi-consonne”, une vision fortement phonétique.
  • l’idée que “Certains w fonctionnent comme des C, d’autres comme des V…” Si je lis bien, VdV semble en train de distiller l’idée que c’est l’unité phonétique [w] (que signifie son w sans crochets ni barres obliques ?) qui est centrale et qui “fonctionne” comme tel ou tel phonème ? N’est-ce pas contraire à tous les postulats de la phonologie, qui pose au contraire que c’est le phonème qui est l’unité centrale et qui se réalise phonétiquement sous différentes formes (allophones).

Conclusion pour le son [wa]

On constate que, du point de vue phonologique, le digramme représente bien une diphtongue |pp| en français dans les mots traditionnels, qui devrait être notée par un seul signe  phonologique et non /wa/; en phonétique la notation [wa] ne présentant pas d’inconvénient (sauf après une consonne telle que v ?). Cette diphtongue est corroborée par l’étude morphologique, lexicale et la comparaison des langues apparentées, à plusieurs échelles. A elle seule, la présence du son [wa] en tant qu’ alternance vocalique dans la conjugaison de nombreux verbes est déjà un fort indice de la réalité phonologique de cette diphtongue  !

D’autres [wa] existent en français qui appartiennent à des mots d’emprunt mal intégrés phonologiquement. La prononciation est la même mais l’analyse phonologique permet de dire qu’il s’agit alors effectivement d’une consonne /w/ suivie par la voyelle /a/, situation qui ne permet d’ailleurs pas la liaison [4] (un mot commençant par une consonne ne peut se lier).

Notation phonologique proposée : /ua/

Afin de respecter la règle de transcription phonologique : “un phonème, un graphème” je propose de noter ce phonème : /ua/   ( /wa/ ferait aussi bien l’affaire s’il n’avait l’inconvénient majeur [5] de se présenter comme une consonne

Son [wi] (trigrammeoui ou autre graphie)

Les mots en [wi] sont rare en français. Ils semble qu’il y en ait en réalité deux formes bien que toutes deux soient normalement prononcées en synérèse :

  • La forme non diphtonguée (au sens phonologique; il faudrait plutôt écrire “non-diphtonguale”) :
Les sons [wi] se comportent comme s’il y avait un consonne à l’initiale : pas de liaison possible, et pas de mots apparentés sans monophtongue.
Représentent cette forme les mots :
– oui (Littré “La forme primitive est oïl, toujours dissyllabe“)
– plusieurs mots étrangers (mots d’emprunts) plus ou moins récents et bien intégrés : ouistiti, wisky, wi-fi, …
– fouine, fouiner, fouineur (“Berry, fouin, putois, fouine ; wallon, fawène ; anc. wallon, fawine ; namur. faiène ; Hainaut, floène, flouène ; provenç. faina ; catal. fagina ; espagn. fuina ; portug. foinha “toutes ces variantes proposées par Littré font penser à une situation diphonématique, et “fouine” n’a pas de rapport avec fouir)
Dans ce cas le son [wi] sera noté phonologiquement /wi/ = deux phonèmes

  • La forme diphtonguée (diphtonguale) :
Les mêmes sons [wi] se comportent comme une seule voyelle (avec liaison caractéristique) ou ont des variantes monophtonguées :
Représentent cette forme les mots :
– ouï (et toutes les autres formes du verbe ouir similaires), ouïe, oui-dire, Oui-oui [6],
– fouir, fouisseur, fouissement, enfouissement, enfouir (Littré nous montre des diphtongues similaires en  : “Wallon, foï : provenç. foire”)
Dans ce cas le son [wi] sera noté phonologiquement /ui/ = un seul phonème

  • Les formes suivantes se prononcent (plus tellement souvent) habituellement en diérèse : écroui, écrouissage, roui, rouissage et ne peuvent donc pas être considéré comme des diphtongues > /wi/

3 Son [wɛ̃] (trigramme oin )

Ce(s) son(s) existe(nt) en français aussi bien à l’initiale des mots, qu’à l’intérieur ou en finale. On remarque que ce son “complexe” peut alterner dans certaines racines avec d’autres sons
– non-nasalisés où on rencontre alors la diphtongue /ua/ou la monophtongue /ɔ/ : poing/poigne/pogne /puany/ .(le vrai mot français est peut-être “pogne”, poigne n’étant qu’une notation de pogne lue poi-gne, comme montaigne, simple notation de montagne, aujourd’hui lu montai-gne…)
– nasalisés avec la voyelle /õ/+/k/ : oint/onction, point/ponctuation

Avant d’étudier plus en profondeur le comportement de ce complexe, en partant d’un mot le contenant, on peut faire remarquer que si on prend un mot français court contenant une monophtongue et une ou deux consonnes, on peut substituer le complexe à la voyelle sans trop de difficulté (en syllabe ouverte) :

p+ voyelle : pas, pis, peau, pont, pou, paix, pé (la lettre), peint, pus, peu, pan, (pas de pun),  point
l+ voyelle : las, lie, long, loue, laid, lu, lent, loin

Si on prend maintenant un mot contenant le complexe, on pourra généralement former de très nombreux mots si on choisit de lui substituer globalement une voyelle : a)
tandis qu’on peinera à trouver des substitutions pour  /wɛ̃/  b) :

que l’on cherche à opérer sur la prétendue c) la voyelle ou bien sur la prétendue d) la semi-consonne :
a) pointe > ponte, pente, pate, pâte, pote, pu.., pète, peinte,
b) pointe > c) pouet, …
d) plainte, …Une petite étude dialectale nous montre que les mots en oin en français ont une monophtongue dans d’autres dialectes d’oïl (quelquefois une autre diphtongue) :loin > Bourguig. : lon ; Verviers [wallon] : lons  (Littré)
point > Wallon, pont (L.)
moins > Wall. mon ; namur. moin ; messin, moué
etc.

Son [yi] (digramme ui )

Assez fréquent en français, ce son complexe se prête aux mêmes manipulations que le précédent :

p+ voyelle : pas, pis, peau, pont, pou, paix, pé (la lettre), peint, pus, peu, pan, (pas de pun),  puis (et puit)
l+ voyelle : las, lie, long, loue, laid, lu, lent,    lui

Etude dialectale :
lui > Wall. : lu (L.)
puit > Wallon, puss ; picard, puche (L.)
cuire > Wallon, cûre, cuire, cût, cuit ; saintong. cheure ; bourguig. coeu, cuit (L.)
On voit que les mots en [üi] en français ont une monophtongue dans d’autres dialectes d’oïl (quelquefois une autre diphtongue apparemment mais les notations de Littré ne sont pas facile à interpréter)

La liaison, notamment en début de mot, est peu informative : huit et ses dérivés ne se lie pas après un article mais le fait après une consonne ou dans les nombres composés…
Selon ma proposition, le test le plus informatif est la présence d’une forme diphtonguée dans la même racine. Il en existe peu d’exemples en français, mais un très bon : suis, soit, sommes, soyons, etc. On voit l’alternance, dans la même racine, avec la diphtongue /ui/ vue précédemment et une monophtongue /o/

Conclusion : le son [üi] est bien en général une diphtongue en français et sera noté phonologiquement /yi/ = un seul phonème

Exceptions : si dans certains mots on peut montrer qu’il y a une frontière morphologique entre le u et le i comme dans “Aiguille” qui est clairement : aigu-ille, on n’est pas en présence d’une diphtongue phonologique, seulement d’une succession de voyelles qui se prononcent comme la diphtongue similaire (mais à noter /ui/)


Son [jɛ̃] (trigramme <ien> )

Ce son n’existe pas à l’initiale d’un mot, mais il est bien représenté en finale et à l’intérieur des mots. Il se prête aisément à la substitution vocalique :

l+ voyelle : las, lie, long, loue, laid, lu, lent, lui

chien > Picard, kien, et, dans le Santerre, tchèn ; rouchi [7], tien ; wallon, chen ; Berry, chen, chin ; chian, chine, chienne ; Saintonge, chein, et cheune, chienne ; bourguig. chen ;

rien > Berry, rin ; bourguig. et bressan, ran ; wallon, rein (même si on ne comprend pas toujours les notations de Littré, on devine que b veaucoup de variantes dialectales de ces mots ont une monophtongue)Mais pourquoi “inventer” une diphtongue ici puisqu’on peut décomposer chien, par exemple, en /ʃjɛ̃/ [8] (“prononciation” donnée par le Wiktionaire, qui comme Wikipedia, ne sait pas que les notations phonétiques API doivent être écrites entre crochets, non entre barres obliques) et que cette description utilise la nasale déjà connue et une semi-voyelle qu’on peut “réutiliser” dans d’autres diphtongues phonétiques… ?
Réponse : parce que la semi-voyelle de cette décomposition n’a pas de justification morphologique ! “Chien” n’est pas un mot isolé, il faut tenir compte de “chenil” et “chenet” ! Aussi loin qu’on explore les dialectes et les langues apparentées au français standard, ou encore l’étymologie de ces mots, on ne trouve pas trace de cette semi-consonne ou semi-voyelle dans la racine. On ne peut donc l’introduire dans la décomposition phonologique sous prétexte que c’est la notation phonétique habituelle.

Conclusion : le son [jɛ̃] (ou [iɛ̃]) est bien une diphtongue en français et sera noté phonologiquement /jɛ̃/ = un seul phonème

Son [jɛ] (digramme <iè> ou trigramme<iai> )

Cherchons quelques formes dialectales de mots français comprenant ce(s) son(s) :

piège : Berry, pige (Littré) est clairement une diphtongue allophone de celle de pied (en syllabe fermée)

biais : n’a pas clairement d’équivalent monophtongué dans un dialecte/langue apparentée, on pourrait y voir une diphtongue.
niais ( de nid) a clairement une frontière morphologique entre ni et ais, même s’il est généralement prononcé en synérèse. Toutes les formes verbales du type : ri-ais ont la même frontière

Conclusion : sauf exception, notamment dans le cas d’un allophone de /ie/, le son [jɛ] n’est pas une diphtongue en français.

Son [aj] (trigramme ail ) et son [ɛi] (trigramme eil )


Ces sons sont principalement représentés à la fin des mots. Le premier alterne souvent avec une forme avec une monophtongue au pluriel, ou dans certaines conjugaisons. Les mots qui comprennent ces sons ont subis une évolution phonétique récente à partir du “l mouillé” d’origine [ʎ], conservé dans d’autres langues romanes : comparez français paille [paj] et portugais palha [paʎa] = [palja]

Cette évolution récente a donc changé une consonne palatalisée en semi-consonne. Cette origine empêche de voir une diphtongue phonologique dans le résultat.

Son [œj] (quadrigrammes ou ) et son [uj] (quadrigramme )


Ces sons proviennent également de l’évolution d’une consonne [l] au contact d’une voyelle pouvant elle-même avoir été une diphtongue [9] à un certain stade. Bien que la diphtongue/triphtongue soit historiquement certaine, il n’est pas productif d’établir ici une diphtongue moderne, y voir une voyelle suivie d’une semi-consonne permet d’expliquer plus facilement les dérivés comme oeillade où ce complexe fonctionne effectivement comme consonne. Des dialectes ou des langues apparentées ont toujours une diphtongue en première partie.
oeil : “Wallon, oûie ; Hainaut, ouail, ouèle ; Maine, uet ; Berry, yeu : j’ai mal à mon yeu ; bourg. lé deuz euille ; provenç. olh, ol, oill, huelh, huel, uel, uil ; anc. catal. oill “
rouille : ” provenç. roill, ruil, ruylha, et rozilh, ruzil ;” (Littré)
Le mot français oeil [œj] avec son pluriel yeux [yø] (qui se lient tous les deux) montre l’interpénétration des sons dans ce complexe.

Son [jø] (trigramme )

Ce son alterne avec des formes en [iɛj] (ou autre cf. oeil) dans plusieurs noms (ciel/cieux), adjectifs (vieux, vieil) donc c’est clairement une évolution similaire à la précédente mais incomplètement généralisée ce qui empêche a fortiori d’y voir une diphtongue phonologique du français.
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Remarque :

phongotique3

Un espace des voyelles avec trois diphtongues représentées (la notation en exposant est utilisée au lieu de ma notation en indice, mais essentiellement c’est la même idée). A noter que, étant donné que dans pratiquement toutes les langues on un [a], un [u] et un [i] ces diphtongues se superposent forcément à des monophtongues, ou autrement dit, les rencontrent sur leur chemin.

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Phonologie_du_gotique)

References

  1. Aberration généralisée à tout Wikipedia apparemment, mises à part quelques pages, bizarrement leur [ebo∫] était notée phonétiquement avec la bonne notation.
  2. Mais on aurait aussi bien pu rester sur “roi”, avec les trois mots apparentés (reine, règne, règner) qui comprennent une monophtongue, les diphtongues de l’Espagnol pour les deux : rey et reina, etc.
  3. Ex 1 En anglais : ship est différent de cheap et 1 ils ont le même nombre de phonèmes ou 2 cheap en a un de plus que ship (solution : même nombre de phonèmes, il y a un phonème affriqué sourd en anglais dans ce mot “cheap” qui forme une série, et une paire minimale,avec l’équivalent sonore dans jeep). Ex 2 en français : tchat est différent de chatte (!) et ils ont le même nombre de phonèmes ou tchat en a un de plus qui s’ajoute à ceux de chatte (solution : le nombre de phonèmes est différent dans cette paire, il n’y a pas d’affriquée dans le système consonantique du français malgré les djembés et autres Kilimandjaros…). Selon le même type de raisonnement, la paire troua/trois doit être étudiée avec deux hypothèses différentes : 1 elle ne diffère que par un phonème 2 le nombre de phonème n’est pas le même dans les deux mots (on ne peut pas décider phonétiquement le nombre de “sons” AVANT l’analyse phonologique, car certains sons sont “complexes’, consonnes affriquées, diphtongues….
  4. On est obligé d’admettre que les mêmes sons peuvent représenter – dans la même langue – plusieurs phonèmes dans certains cas et un seul phonème dans d’autres cas. ex : ouate, watt, water (dans ces mots, l’impossibilité de la liaison suffit à elle seule à éliminer la possibilité qu’ils commencent par une voyelle, à moins d’admettre qu’ils comprennent aussi un h aspiré, ce qui n’a pas de sens)
  5. pour moi, on ne dirait pas que ça gène d’autres linguistes, ou les linguistes officiels
  6. Certains mots de cette famille se lient (l’ouie) tandis que d’autres non (le oui), il faut voir là des règles de prononciation non liées à l’étymologie et à la structure phonématique.
  7. Une autre manière d’appeler le Chti, ou un dialecte du Chti…
  8. http://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Prononciation/fran%C3%A7ais
  9. phonétiquement au moins, par disparition d’une consonne intermédiaire par exemple.

17 commentaires

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  1. Karina Ibáñez

    Bravo et merci pour votre site!

    • stefjourdan

      Merci à VOUS de m’avoir lu, tiens je vais en profiter pour corriger quelques fautes sur cet article…n’hésitez pas à cliquer sur les petites étoiles et aussi à m’expliquer ce qui vous a intéressé et pourquoi ?

  2. Philippe D.

    Bonjour,
    Je ne suis absolument pas professionnel de la linguistique ou quoi que ce soit du genre, mais ce domaine m’intéresse beaucoup et j’ai été passionné par ce que j’ai lu de vous au sujet de la phonologie en général et des diphtongues en particulier.
    J’ai également lu vos interventions sur divers forums, et j’ai été particulièrement étonné, voire choqué, par le refus fréquent de vos interlocuteurs, parfois jusqu’à l’agressivité, d’aborder le sujet avec une démarche critique et scientifique telle que vous l’entreprenez.
    Je ne sais évidemment pas où vous en êtes de votre méthode d’extraction des phonèmes, ni si elle a déjà produit des résultats, mais j’espère que ce sera le cas et que cela fera l’objet de publications.
    Merci pour votre travail.

    • stefjourdan

      Cher monsieur, merci pour votre commentaire. Internet a libéré la parole, mais souvent on a l’impression de parler dans le désert. Il y a très peu de retours ce qui est dommage. Heureusement de temps en temps, quelqu’un a envie d’approfondir, comme vous. Le sujet des diphtongues, et plus largement des phonèmes, est central en linguistique. Il est d’ailleurs bien présenté comme tel au début de tous les cours (les phonèmes, en oubliant toujours la question des diphtongues). Mais l’histoire de la linguistique qui plonge ses racines dans la philologie, d’où est issue ensuite la phonétique évolutive, puis la phonétique, enfin la phonologie et cela fait qu’à chaque génération, des nouveaux “linguistes” sont produits par des filières moyenâgeuses et certains d’entre-eux vont devenir professeurs sans avoir assimilé les progrès de la discipline, donnant ensuite naissance à la génération suivante. C’est comme si les facultés de science produisaient encore des alchimistes ! Vous avez bien vu la réaction des gens sur les forums, l’idée de remettre en question quoi que ce soit qui est écrit dans un cours les met en dissonance cognitive. Tout leur savoir est basé sur la régurgitation de pseudo-connaissances figées et en ce qui concerne la diphtongue en français, j’ai fini par mettre le doigt sur l’origine de ce blocage, apparemment unique, de cette croyance quasi-religieuse, les bouquins de Laborderie (vous avez vu l’article je suppose). Il est pourtant facile de se rendre compte que les diphtongues du français québécois, un français traditionnel donc, sont bien reconnues par de nombreux articles. Cela devrait déjà les ébranler, mais à partir de là, ils se lancent dans une argumentation du type : ah oui, mais le québècois c’est un français certes, mais dans “français moderne” on parle en fait du français de France (?). Bref de toutes façons, il y a bien des diphtongues en français, même non québèquois mais pour s’apercevoir de leur présence, il faut une méthode. J’ai écrit une première vague d’articles qui montrent l’ensemble des signes qui pointent vers la présence d’une diphtongue mais bien que partiellement expérimental, cela restait quand même “descriptif” . Pour finir, j’ai écrit une thèse complète sur la mise en évidence des phonèmes (me basant sur la théorie de Cao, un linguiste Vietnamien) et je l’avais publiée ici même. Les liens ne sont plus valables car je l’ai retirée il y a quelque temps car j’espèrais pouvoir la produire dans un colloque, mais il ne l’ont pas acceptée, la traduction en anglais n’était pas fameuse, mais de toutes façons, les gens chargés de filtrer les articles raisonnaient exactement comme les gens des forums. Il y a beaucoup de gens comme ça partout. Ça me rappelle une dame qui travaillait à l’université de Toulouse, et quand elle lisait un truc que vous aviez écrit, elle vous disait “ça, ça ne sert à rien de le mettre, c’est évident” … “ah, ça par contre,il faut l’enlever, ce n’est pas évident….” Si on enlève tout ce qui est évident et tout ce qui n’est pas évident, qu’est-ce qui reste ? Bref, j’étudie pour le moment la possibilité de publier cette thèse (qui comprend donc une nouvelle technique d’extraction des phonèmes, une sorte de méthode des paires minimum, mais revue et corrigée) sous forme de livre autopublié, grâce aux nouvelles possibilité de faire ça (dans le temps, on appelait ça “à compte d’auteur” mais aujourd’hui il y a la possibilité de faire ça “en ligne”)

      • Philippe D.

        Je comprends à présent le lien mort, pour la publication que vous avez retirée. Je lirai votre thèse avec beaucoup d’intérêt si vous la publiez finalement. Il y a quelques semaines à peine, je ne soupçonnais même pas que de tels débats existent, et qu’on puisse rencontrer, dans un domaine où le néophyte n’a aucune raison a priori de voir matière à polémiquer, de tels affrontements idéologiques et de véritables constructions de tabous. C’est tellement humain de s’accrocher au confort des certitudes et de soupçonner tout esprit critique de malveillance, ça a malheureusement toujours été le frein des innovations dans quelque domaine que ce soit. Pourtant, tout le monde devrait se méfier des “évidences”, mais dans la pratique, on en est loin. Je crois avoir pris la mesure de la confusion qui règne entre phonétique et phonologie, et me surprends moi-même à manquer de clarté quand j’y réfléchis (du coup je cherche à mieux comprendre et démêler les problématiques). D’ailleurs, étant un contributeur occasionnel de Wikipedia, je songe à me pencher sur quelques articles concernant les phonèmes pour essayer d’y lever certaines ambiguïtés ou d’y améliorer des formulations malheureuses. Avec tact et prudence pour ne pas heurter frontalement des certitudes et ne pas risquer de guerre d’édition…
        Concernant la phonologie du français, je ne peux que constater que finalement, les “phonèmes” couramment listés ne sont qu’une construction phonétique, “par le bas”,qui calque la liste des sons simples après avoir regroupé les cas “évidents” d’allophonie, sans avoir considéré la question “par le haut”, c’est-à-dire la phonologie de la langue considérée plus globalement. Quand on se rend compte de cela, on comprend pourquoi il était inévitable de passer à côté des diphtongues, ou même des consonnes complexes (car plus j’y pense et plus je me demande si, en français, ‘ks’, ‘gz’ voire ‘ps’ ne pourraient pas constituer aussi des phonèmes…).
        Accessoirement, j’ai aussi cherché à voir ce qui se disait sur l’évolution de la langue, et bien évidemment ce qui concerne les diphtongues de l’ancien français. Pratiquant également le théâtre amateur, j’ai joué dans une pièce de Molière en alexandrin et cela m’a donné un éclairage particulier sur cette problématique, en terme de syllabation. Car je sais grâce à cela qu’en langage soutenu du XVIIe siècle, les terminaisons en -ion, -ience, ou les -ien des gentilés, se prononçaient sans synérèse, de même que les radicaux verbaux se finissant par une voyelle (louer prononcé [lue] et non [lwe]), mais qu’à l’inverse, la séquence ‘ié’ ou ‘iè’ interdisaient la diérèse ; et prononcer ‘ouvrier’ ou ‘meurtrière’ en deux syllabes plutôt que trois n’est pas aisé de nos jours, c’était pourtant bien le cas à l’époque, signe que la diphtongue de l’ancien français était encore présente, et qu’elles n’ont pas toutes disparu à la fin du Moyen-Âge, mais parfois bien plus tard (ou peut-être pas encore!) D’ailleurs, c’est assez magique, ces listes qui décrivent comment les diphtongues et triphtongues de l’ancien français ont prétendument disparu, certaines pour ne laisser qu’un son, certes, mais quelques-unes pour laisser deux sons, en lieu et place de… deux sons (oui, mais pas les mêmes…) Joli tour de passe-passe.
        Je me faisais également la réflexion que même dans l’apprentissage des langues au collège, la question des diphtongues est largement évacuée. Je n’ai pas de souvenirs qu’on m’ait expliqué que ‘ei’ et ‘eu’ en allemand étaient autre chose que ce qu’on définit en français pas ‘voyelle+semi-consonne’, ou que ‘laut’ ne compte qu’une seule syllabe, contrairement à ‘yaourt’. Et en anglais, alors que les diphtongues sont nombreuses et que l’orthographe n’est à peu près d’aucune aide pour les identifier, on insiste finalement peu sur leur prononciation, on semble faire confiance à l’oreille de l’élève pour les reproduire, alors que bien évidemment, la tendance naturelle de chacun est de se raccrocher au système phonologique qu’il connaît, et donc à produire nombre de diphtongues anglaises comme des voyelles simples bien françaises. Comment s’étonner ensuite que nous ayons un si mauvais niveau en langues étrangères!
        Pourtant avec un peu de recul, une question en amenant une autre, on peut non seulement se convaincre assez rapidement qu’il y a bien des diphtongues en français (et pas seulement les réalisations québécoises, allophones de réalisations non diphtonguées chez les autres francophones), au moins pour les graphies ‘oi’, ‘oin’ et ‘ui’ (àmha et sans préjuger des autres), mais aussi, en conséquence de cela, se demander si les “semi-consonnes” méritent bien leur statut de phonèmes, ou si ces sons ne sont finalement, hors diphtongues, que des allophones des voyelles les plus proches. Bref on s’ouvre des perspectives de réflexions assez vastes, dans lesquelles j’ai un peu avancé, mais avec peu de ressources et de temps, et des connaissances limitées (raison pour laquelle je suis intéressé par votre thèse, aboutissement d’un travail dont je suis juste capable de poser quelques prémisses).

  3. Moni Kato

    D’ailleurs, contrairement au français qui est une langue à accent de groupes (langue oxytonique), la tendance en portugais est d’éviter le hiatus – et la diérèse – à travers les phénomènes de diphtongaison (crase et synérèse). L’accent majoritairement paroxytonique et proparoxytonique de cette langue entraîne aussi des phénomènes de triphtongaison !

    • stefjourdan

      Vous parlez de prononciation, pas de morphologie. un groupe de deux (ou plus) voyelles phonétiques PEUT, en français aussi, être prononcé en synérèse. Cela n’en fait pas un diptongue phonologique, seulement une diphtongue “étique”, ce qui ne mène à aucune connaissance structurale (le but de la linguistique, devenir une science structurale). Il vaut mieux réserver le terme de diphtongaison aux processus HISTORIqUES reconstitués, pas aux faits de prononciations (dans laquelle, idéalement, il y a des diphtongues, forcément synérétiques et des non-diphtongues, prononcées comme ci ou comme ça, on s’en fiche)

      je dis ” chu pa content” mais je vais pas me lancer dans une étude sur l’apparente réduction qui touche les consonnes et les voyelles du premier groupe “je ne suis” (sans oublier qu’il contiendrait une semi-voyelle, ah non pardon une semi-consonne). Je ne dis pas que c’est sans intérêt, je dis seulement que ça nous ferait sortir de la phonologie, de la linguistique structurale. Sans adhérer aux idées de Chomsky, il faut admettre qu’il y a des prononciations “de surface” mais que ce que nous étudions en phonologie est le plan théorique de la représentation des mots dans leur forme “idéale”, qui n’est peut-être réalisée que très approximativement dans la plupart des cas.

  4. Moni Kato

    Dans la langue portugaise (André Thibault l’a bien étudiée🙂, on définit une diphtongue par la rencontre d’une voyelle et d’une semi-voyelle, ou vice-versa, dans la même syllabe. Elles peuvent être : 1) croissantes (la semi-voyelle est placée avant la voyelle) et décroissantes ; 2) orales et nasales. On distingue les rencontres vocaliques “intraverbales”, ie. à l’intérieur du mot, et “interverbales”, ie. entre deux mots. L’existence de certaines diphtongues croissantes peut être toutefois discutable selon la sonorité indécise et variable donnée au premier phonème, souvent le cas au Brésil.

    • stefjourdan

      Dans la langue portugaise (André Thibault l’a bien étudiée🙂, .
      Moi je fréquente seulement bcp de portugais, mon terrassier par exemple…mais je ne connais rien à cette langue. À noter par contre que je prône la comparaison de mots (cognats) d’une langue à l’autre, aussi bien que d’un dialecte à l’autre, pour mieux comprendre leur morphologie (je sais que c’est phonologiquement un peu hérétique).
      on définit une diphtongue par la rencontre d’une voyelle et d’une semi-voyelle, ou vice-versa, dans la même syllabe.
      C’est intéressant de connaitre cette “définition” car en français, l’orthodoxie phonéticienne prend justement l’analyse en voyelle+semi-truc pour preuve de la non présence d’une diphtongue !

      Elles peuvent être : 1) croissantes (la semi-voyelle est placée avant la voyelle) et décroissantes ;
      Oui, cette distinction était aussi utilisée en français par la tradition philologique; un des deux cas était alors qualifié de “fausse-diphtongue” (mais traité dans les articles sur les diphtongues, comprenne qui peut; ex. Dict. de l’Acad.)
      2) orales et nasales
      pas pertinent en français.
      On distingue les rencontres vocaliques “intraverbales”, ie. à l’intérieur du mot, et “interverbales”, ie. entre deux mots.
      idem
      L’existence de certaines diphtongues croissantes peut être toutefois discutable selon la sonorité indécise et variable donnée au premier phonème, souvent le cas au Brésil.
      Le concept de diphtongue, comme je le montre, n’a d’intérêt que s’il représente un phonème unique donc il faut éviter de parler de “premier phonème”, il faudrait parler de “premier élément phonique”. Si ensuite on montre (par exemple par des moyens morphologiques) qu’il y a effectivement deux phonèmes, alors il n’y a plus de diphtongue (pour moi) mais un contact (qui peut être prononcé en synérèse, donc avoir le même aspect phonétique qu’une vraie diphtongue). Mais l’idée première qu’il y a une sorte de “tout” de la diphtongue, mais que certaines sont monophonémiques tandis que d’autres sont biphonémiques est un raisonnement droit comme la marche d’un crabe qui ferait de la phonétique….
      Le but en phonologie est d’aller vers une définition phonologique, pas un rafistolage de rustines phonétiques.

      • Moni Kato

        Voilà qui a le mérite d’être claire. Merci !

  5. Carole Okenrentie.

    Je veux utiliser l’article “La diphtongue francaise: mise en oeuvre d’une definition phonologique” mais je ne sais pas comment la citer. S’il vous plait, comment est-ce que je peux la citer pour pouvoir m’en servir dans ma these? Merci.

    • stefjourdan

      Chère Mademoiselle Okenrentie, merci de votre intérêt. 1 Oui, vous pouvez me citer no problem,, voici le lien court (http://wp.me/P28xXN-7Q), mais à la limite j’aurais préféré que vous citiez aussi l’article qui le précède (http://wp.me/P28xXN-aT). 2 Quand l’article était sur KNOL (site fermé par Google l’an passé), il y avait un lien spécial pour citer l’article. Maintenant, nous sommes laissés à nous même, mais il doit bien y avoir une “pratique” pour ce genre de cas. Voici une page canadienne qui semble bien faite, et qui donne des conseils précieux : http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/metho/citation.html 3 Donnez moi un peu plus de précisions sur votre travail (université etc.), de son avancement, et bien sûr lorsque ce sera fini, un lien vers le texte, si possible. 4 je pense écrire prochainement un article sur la détermination des phonèmes (dans une langue en général). Cette méthode doit permettre l’isolation des phonèmes, y compris des diphtongues donc, autrement que par le goût/fantaisie du linguiste…(ce qu’est en réalité le “choix” d’une paire minimale).

  6. calia

    ca fait pitier ce site!!!!

  7. calia

    nn mes lol mdr vasi la vous faite pitier!!lol!!!

    • stefjourdan

      Chère lol Calia. Merci de votre commentaire lol mais on aimerait mdr savoir ce qui vous fait “pitier” lol. Pourquoi cherchez vous des infos sur internet mdr si ce qui vous intéresse c’est le style SMS lol mdr ?

    • Max

      C’est toi qui fait pitier avec ton commentaire

      • stefjourdan

        Bonjour, à qui vous adressez-vous ?

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