Français standard


Français standard et francophonie, une revue du concept de français standard

Les allusions au français standard dans la littérature non-linguistique d’une part, la littérature scientifique d’autre part. Les notations en français soi-disant standard. Etc.

Une définition scientifique, cadrée et illustrée.

(La démarche employée dans cet article peut probablement servir à la description des locuteurs de n’importe quelle langue).

Table des matières

Une classification structurée des types de français. Cette classification n’est PAS géographique mais a un évident parallélisme géographique : elle représente la structuration du français au début du XXème siècle, une époque où les gens bougeaient encore assez peu.

Qui a besoin d’un français standard ?

A la mention d’un français standard, quelques personnes se hérisseront certainement et diront : “On n’a pas besoin d’un français standard, tous les français se valent”.

Dans le même ordre d’idées, on lit ça et là : “une langue appartient à ceux qui la parlent”. Hum, certes, donc comme je parle anglais, l’anglais “m’appartient” et je suis à même, autant que tout cockney, à définir ses règles … on voit dans ce raisonnement par l’absurde que cette maxime ne peut tenir la route. En réalité, le verbe “appartenir” a plusieurs sens. Au sens large, bien sûr que tout le monde a le droit de parler n’importe quelle langue et qu’alors, elle lui appartient, autant que le trottoir sur lequel il marche… mais dès qu’on réalise que la langue est un leg culturel, il devient évident qu’elle “appartient”, en tant que patrimoine, à ceux qui la détiennent par la voie traditionnelle.

Tout le monde a besoin, peu ou prou, d’une référence. Qui n’a jamais consulté un dictionnaire de sa propre langue pour savoir si un mot était masculin ou féminin ou comment il se prononçait ? (Les dictionnaires ne donnent pas en général la prononciation des verbes conjugués, comment prononcez vous “oyez” [1]?)

Non seulement toute langue génère nécessairement un modèle mais en réalité, c’est le fait même de parvenir au stade de modèle qui lui donne le statut de “langue”, par opposition à celles qui restent des “dialectes”. Une langue a en effet d’autant plus de prestige qu’elle est standardisée. Une des raisons pour lesquelles – ce qu’on a toujours appelé – les patois, ce que d’aucuns trouvent péjoratif (mais de la façon admirative où je l’ai entendu employer dans ma famille, je l’emploie sans cette arrière pensée ) ont du mal à lutter contre la dominance des “langues” qui les recouvrent est que justement ces patois n’ont pas de norme. Ils ont en effet hérité de la situation historique dans laquelle les langues (toutes) étaient éparpillées en une multitudes de dialectes locaux.

Oui mais me direz vous, vous rentrez là dans le cadre de l’impérialisme linguistique et l’école est un des premier maillon d’une chaine crèche-école-université-armée-bureau-maison de retraite-cimetière-(purgatoire) qui vise à formater les individus ? D’ailleurs, ajouterez vous : un des fondements de la linguistique, la vraie, celle qui n’étudie que la langue parlée, n’est-il pas qu’elle ne doit jamais être “normative” ? La linguistique, en tant que discipline scientifique, se refuse en effet (soi-disant) à dire qu’un fait de langue est juste ou faux, elle ne fait que constater ce fait de langue.

Cette position théorique est en réalité très naïve, pour trois raisons :

– tout d’abord, avant d’étudier des faits linguistiques, on est obligé de “délimiter” le cadre de l’étude [2]. Par exemple, si je veux étudier la langue portugaise, je serai obligé de choisir de l’étudier au Portugal seulement, ou bien au Brésil, ou encore d’englober volontairement les deux pays (ce qui m’obligera à élargir ma description, mais alors pourquoi ne pas prendre aussi les autres pays lusophones ?). Dans les trois cas, mon choix aura des répercussions sur mon analyse. Pour en revenir à l’exemple du français, que nous allons traiter : quelle que soit votre définition au départ, si vous agrandissez progressivement l’ensemble des gens que vous incluez dans “le français”, viendra un moment où vous direz vous même : “stop, ça ce n’est plus du français”. Que ceci se produise alors que vous dépassez Limoges ou bien alors que vous êtes en train de discuter avec de vieilles personnes à la Guadeloupe n’a pas d’importance, à un moment vous mettrez vous-même une limite. Si vous ne le faites pas, c’est que vous pensez qu’il n’y a qu’une seule langue dans le monde… (ého, Babel, vous en avez entendu parler ?).

Une autre manière de présenter la chose est que toute langue a un “centre de gravité” des locuteurs, en général ce centre de gravité correspond aussi géographiquement, mais pas toujours, à l’endroit où la langue s’est formée (aujourd’hui il y a plus de locuteurs du yiddish à New York que dans toute l’Europe, et plus de locuteurs du castillan en Amérique du sud qu’en Espagne).

– deuxio, toute langue est éminemment normative. Les manuels présentent souvent les langues comme des systèmes souples qui permettent de produire une infinité de phrases. C’est “théoriquement” vrai mais prenons une comparaison : dans les échecs, les coups permis produisent un nombre de possibilité de jeu rapidement incalculable, c’est écrit partout. Mais quelqu’un qui ne suivrait pas les règles pourrait certainement jouer un nombre encore plus grand de coups !
Au sujet des langues, il y a un peu cette confusion : le nombre de phrases qu’on peut produire pour obtenir un sens donné est théoriquement très grand, mais le nombre de phrases syntaxiquement correctes est déjà beaucoup plus limité et, à l’intérieur de ces phrases syntaxiquement correctes, les phrases “établies” sont en réalité les seules à être réellement employées et acceptables. Donnons un exemple simple de cette situation :

Pour demander à une personne (on emploiera le tu) de tenir la main de celui qui parle, on pourrait avoir l’idée de faire les phrases suivantes :

“prends ma main, accrochons nos mains, attrape ma main, etc.” Elles sont syntaxiquement correctes mais inutilisables (“donne moi ta main et prends la mienne” est particulièrement stupide)…

“donne moi ta main” est compréhensible mais produit un effet bizarre (“donne ta main” est employé dans le “français de Tahiti“, comme “lave tes mains” etc.)

“donne moi la main” (et “lave-toi les mains”) est la phrase traditionnelle en français (chose qu’on ne peut pas deviner à partir d’un livre de syntaxe, il faut l’avoir lue ou entendue)

J’ai donné ces exemples pour illustrer le fait que la langue EST normative. Entre toutes les phrases possibles, une seule souvent est en réalité d’emploi traditionnel. Apprendre une langue ne consiste pas en réalité à acquérir un système polyvalent et à improviser librement, mais plutôt à retenir une série de phrase toutes faites que les gens disent…. et comprennent en retour !

– troisièmement, toute langue est normative car toute langue évolue. Et comment une langue évolue-t-elle ? En se rapprochant de la norme ressentie par ses locuteurs ! Autrement dit une langue est auto-normative.

Cela semble paradoxal : une langue évoluerait pour se rapprocher d’un standard qu’elle fabriquerait dans le processus même de son évolution ? C’est pourtant la simple vérité et on pourra s’en convaincre dès qu’on se remémorera qu’une langue n’est que l’outil de la communication humaine. A tout moment (hormis quelques poètes ou philosophes) les gens parlent pour se faire comprendre et ils essaient de capter les nouveaux mots, les nouvelles expressions ainsi que la façon générale de parler de leurs contemporains, y compris l’accent… (Il est très saisissant d’observer sur soi-même ce processus d’identification linguistique qui fait que lâché au milieu de québécois ou de marseillais, on attrape l’accent en quelques jours…).

De tout temps, étant donné la difficulté des transports et l’absence de communication orale lointaine, ce phénomène d’évolution auto-référentielle a joué dans le sens de la diversification. Chaque dialecte était le résultat de la diversification locale dans une aire d’attraction auto-normative (et suffisamment éloigné des autres centres d’attraction) [3].

Aujourd’hui, avec la communication instantanée à l’échelle de la planète,  le même phénomène joue en faveur de l’hécatombe des langues et la normalisation de celles qui restent ( dont certaines, comme le français, ne “restent” peut-être qu’en “sursis” d’ailleurs).

D’autres “demandeurs” d’une langue standard peuvent être :
  • Les étrangers qui veulent apprendre la langue : il est compréhensible que les personnes désireuses d’apprendre une langue ne veuillent pas se faire refiler une variante dialectale quelconque.. cela est particulièrement vrai d’une langue prestigieuse comme le français mais c’est probablement vrai en général. Les gens qui envoient leurs enfants apprendre l’anglais dans un pays anglophone seraient probablement déçus s’ils s’apercevaient que la famille d’accueil a en anglais, même s’ils parlent parfaitement bien, un accent espagnol ou indien … (personne ne va d’ailleurs apprendre l’anglais… en Inde, pourquoi ?)
On s’aperçoit donc qu’il existe des écoles de langues, dans plusieurs pays, qui proposent des cours de français standard (sans dire d’ailleurs quel français elle ne veulent pas enseigner).

Après avoir appris le français standard peut-être qu’ils deviendront propres (les “sales” de classe) ?


Bien sûr la faute dont je me moque sur le site ci-dessus est probablement “d’inattention” et c’est méchant de se moquer… mais plus sérieusement, quels moyens a une école telle que celle-là pour garantir le “français standard” de ses professeurs ? Et quels moyens ont les étudiants potentiels pour s’assurer de la procédure utilisée ?
  • Les linguistes qui veulent décrire un dialecte périphérique de la langue le feront en comparaison de la variété la plus connue, la plus centrale etc. Pour cela, ils ont notamment besoin de pouvoir citer des phrases typiques de la variété considérée comme standard. C’est d’ailleurs plus difficile qu’il n’y parait, certains chercheurs ont recueilli des “corpus” [4] mais on a quelquefois l’impression que certains auteurs inventent leurs propres exemples, avec des résultats problématiques : cf : [5])

Je conclurai ce chapitre en disant qu’en pratique, la question du besoin ne se pose pas vraiment, puisque de nombreuses personnes, dans différentes intentions, utilisent déjà cette notion, quoi qu’elle puisse évoquer pour eux : on le verra, c’est loin d’être explicité la plupart du temps.

Définitions disponibles (?)

Après cette partie qui visait, si c’était nécessaire, à démontrer l’utilité d’une définition pour le français standard, nous allons faire une revue des approches possibles.

Compte tenu du caractère un peu occulte de la linguistique dans les études scolaires et universitaires, on aura deux niveaux d’approche possibles :

–  une approche générale, non linguistique, qui se partagera elle-même en deux types :

Tout d’abord il est possible de rencontrer dans la “littérature” des auteurs qui font référence au “français standard” sans éprouver le besoin de se justifier, sans évoquer une définition ou une référence. Il est probable que dans l’esprit de ces auteurs, la notion se définit par elle-même. Elle est donc par là difficile à étudier mais on peut parier que les auteurs qui l’emploient font référence à ce qui est le plus facilement perceptible dans une langue : l’accent. C’est un fait de base que dans toute langue, un auditeur est extraordinairement sensible à l’accent, et peut par ce moyen détecter un “étranger” (l’étranger pouvant commençer bien-sûr au village voisin…). Immédiatement après viennent les tournures et le vocabulaire ainsi que la syntaxe (déjà plus accessibles au linguiste) dans lesquels un usager de sa langue pourra détecter comme une faute d’emploi tout ce qui ne lui est pas familier. En revanche il est hautement probable que certaines différences phonologiques profondes et qualitatives ne seront pas détectées (cf. mon article : le français parlé à Tahiti).

Ensuite, et tout en restant dans une perspective non-linguistique, on pourra tout de même trouver certaines tentatives de définition, notamment dans les encyclopédies et/ou sites internets :

Recherches de définition non scientifiques

Anonyme et collectif dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ais_standard

A tout seigneur, tout honneur, une recherche Google sur les mots “français standard” (mi 2010) ramène Wikipedia en tête, comme souvent…

On peut dire de la définition de Wikipedia [6]qu’elle est :

– tautologique (“le français standard est une variété standard de la langue française“)
– qu’elle se contredit elle-même : “Étant donné que le français est une langue pluricentrique, le français standard renferme plusieurs variétés normatives.
– qu’elle est non scientifique, comme la plupart des articles de Wikipedia qui s’aventurent, ou du moins qui essaient, dans la linguistique, puisqu’elle mélange allègrement les considérations en rapport avec la langue parlée et ses “dialectes” (au sens américain) avec celles en rapport avec la “langue écrite”.
– qu’elle n’est pas écrite en français standard : “Il arrive que la prononciation du français standard de la France métropolitaine est préférée…“Elle tend à renvoyer, en ce qui concerne le Québec, vers une autre définition, celle du français “international” qui n’est d’ailleurs pas plus claire ( puisque ce serait un français “utilisé principalement à l’écrit“, on se demande comment ils ont fait pour l’employer pendant des décennies à la radio au Canada ?) Bref, elle est inutilisable et je défie qui que ce soit l’ayant lue de me dire comme il pourra déterminer si un enregistrement est du français standard ou non.

Anonyme dans http://accentsdefrance.free.fr/standard/standardpres.html :

Un définition [7] qui se veut linguistique et qui l’est “quelque part” car elle ne fait pas référence à la “langue écrite”… mais las, on se retrouve rapidement dans un mélange de considérations historiques (la naissance du français, l’étude des variétés français par les linguistes…franco-français), sociologiques (d’où il ressort que les accents divers se mélangent à Paris à cause de l’afflux des provinciaux, mais que les différents types de l’accent “parisien” serait structuré par la classe sociale ???), géographiques (la rive gauche serait un repère de moins en moins valable, [mdr]). Le côté positif, c’est que le site donne des enregistrements (une bonne démarche, c’est toutefois malheureux que le troisième soit celui d’une imitation de l’accent “Marie-Chantal” par une comédienne) avec leur analyse phonétique, qui ne va pas jusqu’à la phonologie toutefois. Malgré cette analyse phonétique, il reste que le principal point de discussion des auteurs (des étudiants des Mines) est à propos de l’ “accent”. Dans une deuxième page, la définition du français standard dérive vers une description du “français standardisé” [8] (apparemment les auteurs n’arrivent pas vraiment à cerner le français standard, qui pour eux était “très proche” du “français parisien neutre”, défini plus haut comme un accent). Site non mis à jour depuis 2002…(quelquefois drôle : la classe sociale des “anciens riches” m’a beaucoup amusée peut être parce que j’en fais partie, où que je ne vais pas tarder…). J’ai découvert par la suite que le même site comprend une partie consacrée au français parlé en Corse, partie non-reliée aux menus et aux pages principaux (???) :http://accentsdefrance.free.fr/corse/corse.html (de là on peut retourner à l’accueil, mais de ce dernier, on ne peut pas y venir, bref, un degré de plus dans l’amateurisme)

Séverine Rebourcet dans “Le français standard et la norme : l’histoire d’une « nationalisme linguistique et littéraire » à la française”

S. Rebourcet nous dit en guise d’introduction que le français standard “est un concept facile à cerner mais difficile à définir.” Cette phrase est peu encourageante quant à la probabilité d’une vraie méthodologie (et encore je ne suis pas trop méchant) et on se doute dès lors que la poursuite de la lecture ne nous mènera pas vers une définition utilisable …

L’auteure finit tout de même par “définir” le français standard de la manière suivante : “Par définition, on peut affirmer qu’il correspond à un idéal, une utopie théorique et un symbole linguistique de l’identité nationale. Il est ainsi associé à un usage valorisé de la langue (Martel et Alii 1996, p. 18), à une référence en terme de qualité liminale de la langue. De fait, cette définition restrictive du français standard dévalorise toutes les
formes de variations sociolinguistiques. Par ailleurs, en incarnant l’emblème de la France, il
permet d’unir un peuple sous un même drapeau.

Si on la suit, le concept de français standard (défini “par définition” ?) est inutilisable pour des raisons pratiques (c’est une utopie), pour des raisons “politiquement correctes” et enfin pour des raisons techniques (liminal = à peine perceptible, l’emploi de ce mot très rare apportant peut-être au style, mais non à la clarté de ce que veut exprimer l’auteure). On s’aperçoit finalement que dans ce texte, l’auteure n’a pas réussi à distinguer le français et la France, ce qui est encore plus dommage de la part d’une américaine (le Canada est en Amérique, non ?).

Bilan

On a déjà rencontré dans ces trois exemples un bon échantillonnage des principaux écueils qui se dressent sur la route de ceux qui veulent cerner le concept de “français standard” :

– la confusion du français avec la France (confusion qui ne tarde pas à mener à Paris (et aux parisiens) où une fois arrivés, la plupart ont du mal à repartir, au propre comme au figuré). Une variante plus sophistiquée de cette idée mais non moins dangereuse est qu’il y aurait un “français de France” (voir par exemple ici [9].)

– le désarroi qui surgit lorsque le projet de proposer une classification – avec une seule classe ! – rencontre la multiplicité de la réalité linguistique.

– le conflit entre le projet d’arriver à une définition, donc la nécessité de se focaliser sur le “centre de gravité de la langue” et l’idée soixante-huitarde qu’une norme :

1 est toujours mauvaise, impérialiste
2 et cela parce qu’elle a forcément été “imposée” par des méchants à des gentils (alors même que de nombreux articles qui expriment cette position ont souvent pour but de décrire une variété apparemment peu sensible à cette pression, comme le “français du midi”).
– L’idée qu’une définition du français standard va de soi, d’où l’inutilité d’en présenter une définition voire d’en citer une. D’autres comportements constants seront rencontrés :- la définition floue, ou “synonymie large”, qui consiste à désigner cycliquement dans le même article le français standard par différentes appellations (comme “français standardisé”, “la norme”) supposées synonymes. Pratique qui peut passer pour un souci de style, le français écrit n’aime pas se répéter, mais qui pose un vrai problème dans un article scientifique.
– l’invention/improvisation de prononciations en français standard, sans référence à un corpus bien net avec pour résultat la notation du français de l’auteur. Cet écueil est constitué d’un double piège :
  • le choix de l’énoncé choisi (ce qui revient à choisir le locuteur) comme étant du français standard (en l’absence d’allusion explicite à un corpus, la question de l’authenticité de cet énoncé restera d’ailleurs souvent en suspens) ? Si ce n’est pas un extrait de corpus qui est présenté, mais un tableau phonologique ou une liste de mots pris comme exemples, le problème de l’origine/authenticité de ces mots n’en est que plus grand…
  • le choix du linguiste qui a noté cette parole  ? Si on suppose qu’une phrase effectivement prononcée (et pas inventée…) l’a été en français standard, si le français de celui qui la note ne l’est pas (standard), a-t-il réellement noté ce qui a été prononcé ou bien ce qu’il a perçu ? Ce problème est particulièrement prégnant étant donné l’existence en français de toute une batterie d’archiphonèmes aux comportements particulièrement variés…

Pour une illustration de ce double piège voir une note ICI dans mon article sur le phonème (avec un exemple très caractéristique de ce dernier piège issu du dictionnaire Larousse des sciences du langage).

Recherches de définition scientifiques

On vient de voir quelques exemples de “définitions” non-linguistiques, il faut maintenant faire une revue de quelques textes explicitement linguistiques qui font allusion au français standard (ou “de référence”) :

Marie-Hélène Côté dans “Phonologie française” (version 2005, téléchargée en 2010)

http://aix1.uottawa.ca/~mhcote/mhcote-francais/Enseignement_files/Ms-PhonoFr2.pdf

donne à ses étudiants la définition suivante pour le “français de référence” :

3. Définition des variétés étudiées
• Français de référence: français parlé par l’élite parisienne ou les gens des médias
nationaux français. Il s’agit en fait d’un concept difficile à définir.
• Français laurentien: français issu de la Nouvelle-France, parlé à l’origine le long du Saint-Laurent et qui s’est répandu ailleurs au Québec, en Ontario, dans d’autres provinces…”

On ne peut être que très surpris au minimum, plus probablement un peu affligé, de voir ce que cette dame, professeure de linguistique dans une université canadienne, donne en pâture à ses étudiants comme définition pour le français de référence ! On ne sait pas ce qui est le plus ahurissant : la pauvreté de la définition [10], le fait qu’elle se termine par une phrase échappatoire, ou finalement que son auteure assume de publier ce cours sur internet ?

Douglas C. Walker dans “The pronunciation of Canadian French” (1984)

L’ouvrage (en anglais) est donc consacré au français du Canada, dont la prononciation est comparée à tout moment au “français standard”. L’auteur commence par donner, p. 9, une description du “phonemic system of Standard French” sans l’avoir encore défini. Les exemples de cette page contiennent une erreur qui a apparemment échappée aux relecteurs depuis 1984 (à moins que personne ne le lise ?) : l’exemple pour le phone ou le phonème “ε” (on ne sait pas très bien de quoi parle l’auteur qui n’emploie dans cette liste ni [crochets] ni /barres obliques/) est “premier” ??????? (Walker a-t-il confondu avec crémier, que personnellement je prononce comme crème ?).

C’est seulement à la page 14, que l’auteur nous dit que le “Standard french” a été défini de façon “plus que satisfaisante” dans les ouvrages suivants :
Fouché P. 1959. Traité de prononciation française. 2e édition. Paris: Klincksieck.
Martinet A. 1945. La prononciation du français contemporain. Paris: Droz.
Walter, H. 1976. La dynamique des phonèmes dans le lexique français contemporain. Paris:
France-Expansion.

On se demande pourquoi, si ces ouvrages contiennent une bonne définition (à peu près) commune et d’autant plus si elle est “plus que satisfaisante”, M. Walker ne nous la redonne pas, dans son texte pédagogique de 148 pages, ne serait-ce que pour la traduire en anglais ?

Dans la suite de l’ouvrage, Walker (qui après avoir insisté p. 18 sur la distinction entre les notations [phonétique] et /phonologique/ s’applique ensuite à employer indistinctement tantôt l’une tantôt l’autre quand il n’abandonne pas les deux à la fois) donne de très nombreuses phrases qui sont censées être du français standard, leur origine n’est pas indiquée toutefois (nom du corpus, nom du phonéticien l’ayant noté ?) et on peut légitimement se demander si finalement, ces phrases ne sont pas des “créations de l’auteur” [5]?

Je ne prendrai qu’un seul exemple, dans le tableau de la p. 40  (les notations phonologiques en place des notations phonétiques sont de Walker), il oppose la prononciation de :

cet arc /sεtark/
ces arc /sezark/

On aimerait savoir dans quel prétendu “français standard” la voyelle des deux articles est différente [5] ?

Martinet dans “Éléments de linguistique générale” (1980)

Le sujet de cet ouvrage n’est pas le français mais la linguistique. Toutefois le français est une des langues les plus étudiée par la linguistique fonctionnelle de Martinet et c’est la langue la plus souvent prise en exemple dans cet ouvrage éminemment pédagogique.

J’ai déjà consacré un article tout entier : “Martinet, les Parisiens et les provinciaux” à l’étrange schizophrénie de Martinet – qui considère apparemment Paris, où il vivait (et enseignait) à la fois comme un centre objectif de la francophonie et a contrario comme une sorte de musée des curiosités où se côtoient “Parisien(ne)(s)” et “provinciaux”, catégories dont il use soit pour illustrer leur homogénéité soit… leur hétérogénéité selon les cas – mais sans jamais les définir. Martinet ne semble pas lui-même se considérer comme un Parisien (toujours mettre une majuscule à Parisien et jamais à provincial…). L’ouvrage ne donne par ailleurs pas de définition pour le français standard sous-entendu dans tous les exemples.

Pierre Encrevé dans “La liaison sans enchainement” (1983)

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1983_num_46_1_2176

C’est le fameux article dans lequel l’auteur a mis le doigt sur ce qu’il nomme (terme assez juste d’ailleurs, bien qu’un peu paradoxal) la “liaison sans enchaînement”, ce n’est donc pas un article sur le français standard mais comme on va le voir (et comme cela est vrai de nombreux articles sur le français) il révèle la vision qu’un linguiste peut avoir de ce concept.

Si on met de côté deux citations en exergue, l’une de Proust et l’autre de Lacan (!), l’article commence par une fâcheuse confusion entre le français – la langue – et les français qui n’est pas de bonne augure : “un phénomène phonétique et phonologique…que tous les français ont vraisemblablement dans l’oreille“. Un peu plus loin, on nous parle de “tous les francophones” (p. 42), puis de la “communauté française” (p. 48) ce qui fait que lorsque finalement l’auteur se réfère (p. 55) aux “francophones natifs” (natifs d’où ?) on est un peu étourdi, ne sachant plus très bien de qui il parle.

Du point de vue de sa méthodologie, elle est de l’aveu même de l’auteur “empirique” (résumé). Elle a consisté à étudier la réalisation de la liaisons dans les discours des principaux hommes politiques de cette époque. L’auteur ignore superbement Arlette Laguiller pourtant présente à la présidentielle 5 fois à partir de 1974 et dont l’origine parisienne (justement) aurait pu utilement compléter le panel.

Encrevé saupoudre son analyse de considérations sur les “caractéristiques sociales” des locuteurs, une relation d’enquête “socialement contrôlée“, des locuteurs “socialement dominants” et évoque des facteurs “social, stylistique, syntaxique, phonétique, prosodique” intriqués dans la production de la liaison facultative. Mais il parait complètement ignorer l’étude socio-linguistique, autrement que pour affirmer gratuitement sa “position sociolinguistique” (p. 47), de façon tout à fait théorique en l’absence de toute enquête sociolinguistique sur les locuteurs étudiés (lieu de naissance des parents au minimum ?).

Cela n’empêche pas Encrevé d’avancer (p. 49), avec beaucoup de prudence, que la “majorité d’entre eux” “représentent assez bien” “ce qu’on désigne” par ““français standard” ” (guillemets de l’auteur pour cette dernière expression dans une phrase qui crée à elle toute seule une nouvelle figure de style : le “excusez-moi de vous demander pardon”). Seul le contexte permet de voir au bout d’un moment que pour l’auteur, le français standard, c’est un français cultivé, par opposition à un français populaire qui serait non-standard.

En somme tout l’article confirme que la prétention initiale d’Encrevé à l’empirisme est parfaitement fondée. Sa principale erreur de raisonnement est, sur la forme, la confusion du français standard avec la production de ceux qui essaient de produire du français standard, cas évident des malheureux candidats qui s’expriment à la télé. Sa deuxième erreur, sur le fond, est de n’étudier l’occlusive glottale que dans le contexte des liaisons, ôtant toute valeur à son étude, qui aurait dû étudier aussi, chez les mêmes locuteurs, l’OG dans l’enchaînement normal (non de liaison).

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain et on doit rendre justice à Encrevé de la mise au jour de l’occlusive glottale en français, coming-out non enregistré apparemment par beaucoup de linguistes qui continuent à décrire cette langue jusqu’à aujourd’hui sans en faire mention. Une description sérieuse de l’enchainement, de la liaison, du h aspiré ne peut en réalité se faire sans évoquer ce trait prosodique.

Proposition de définition scientifique

  • Une définition scientifique du “français standard” ne peut être que “cadrée” et “encadrée” :

Cadrer une définition, c’est donner le cadre scientifique, le nom de la discipline à l’intérieur duquel on veut définir, et utiliser, cette définition.
Encadrer, c’est définir une chose ou un ensemble en les replaçant à l’intérieur d’une hiérarchie, d’une structure. Par exemple on peut difficilement définir l’atome sans parler des molécules (au dessus) et de ses constituants, protons-neutrons-électrons (en dessous).

  • Elle devra être “utilisable”. Muni de la définition, on doit pouvoir distinguer un français standard d’un français non-standard, de même pour les ensembles englobants et/ou inclus.
  • Elle devra être datée, le français standard de l’an 2000 n’étant pas forcément celui de l’année 1950.

Pour cerner ce que peut vouloir dire le concept de français standard, on emploiera une approche centripète, du général vers le particulier :

Il faut se souvenir que chacune des divisions suivantes est une abstraction, seuls existent les locuteurs. A tout moment de nouveau locuteurs naissent et d’autres meurent. Par ailleurs la classification obtenue est en fait applicable à n’importe quelle langue.

La francophonie

La francophonie, représentée par une grande zone verte dans le schéma tout en haut de cet article, est un terme souvent employé et qui ne semble pas si difficile à définir que cela. Il s’agit de tout les gens qui parlent français, de tous les francophones, enfin de tous les gens qui sont capables de parler français, même ceux qui ne le parlent (presque) jamais. C’est l’ensemble des locuteurs, même occasionnels, du français, de n’importe quelle forme de français. Doit-on inclure les gens qui comprennent le français mais ne le parlent pas (eh oui, ça existe !), les définitions qu’on rencontre sont muettes (justement) sur la question ??? La périphérie de cette francophonie n’est pas nette sur mon dessin, justement pour représenter cette marge de gens qui comprennent peut-être mieux qu’ils ne parlent…

Il est possible que la définition d’un francophone soit, pour certaines personnes, plus restreinte :

“1. Adj. et nom
“Qui parle habituellement le français, au moins dans certaines circonstances de la communication, comme langue première ou seconde.
Les Africains francophones [11].(En parlant d’un groupe, d’une région) Dans lequel le français est pratiqué en tant que langue maternelle, officielle ou véhiculaire (même si les individus ne parlent pas tous le français). La communauté francophone. La partie francophone de Montréal. La Suisse francophone. Université francophone d’Alexandrie.
Nom (surtout au pluriel) Personne appartenant à une telle communauté. Les francophone (sic) de Belgique, de Louisiane, du Canada.
2.
Relatif à la francophonie. La littérature francophone.nous dit le Robert.
Selon cette définition, quelqu’un qui parlerait très bien le français mais pas comme langue première ni seconde ni habituellement, ne serait pas francophone ? La définition de Wikipedia en anglais considère qu’un francophone est quelqu’un qui a typiquement le français comme première langue et qui est associé à la culture française (pas belge ou suisse…[12]), si possible un locuteur maternel du français… ce n’est certainement pas la définition des promoteurs de la francophonie en tant que plateforme d’échange !
Wikipedia en français n’a pas de définition pour francophone (en 2010) !

Le français maternel

Le français maternel (ou ensemble des locuteurs du français comme langue “maternelle” soit apprise dès la naissance ou en bas âge) est représenté par une zone bleue à l’intérieur de l’auréole précédente de la francophonie. Il s’agit en effet de tous les gens qui ont un français (bien UN français, pas forcément le français “typique”) comme langue maternelle (qui peut être en pratique la langue qu’ils parlent avec leur père pour certains). Tous ces locuteurs appartiennent donc évidemment à la francophonie (mais ce sont obligatoirement des locuteurs, non des entendeurs passifs) et c’est pourquoi cette nouvelle zone est incluse dans la première. Sur le dessin la limite entre la francophonie et cette nouvelle division est nette mais cela est plutôt dû à la difficulté de réaliser une transition progressive qu’à la volonté de l’auteur … En effet on peut imaginer que le passage entre des locuteurs dont le français est maternel à ceux dont le français ne l’est pas se fait par une multitude de cas chez qui le français est “presque” maternel (imaginez quelqu’un qui parle français parce qu’il parlait français avec ses grands parents, mais que ses parents ne le parlaient pas, est-ce sa langue maternelle ? ou bien quelqu’un dont aucun des ascendants ne parlait couramment français mais qui a appris le français très tôt, Charles Aznavour pour donner un exemple). En créant cette nouvelle division à l’intérieur de la première, on obtient aussi la partie soustraite : la francophonie sans les locuteurs maternels du français.  Il est probable que dans la plupart des cas, ceux qui sont à l’intérieur de notre nouvelle catégorie pourraient détecter immédiatement les locuteurs situés à l’extérieur comme “étrangers”.

Ces locuteurs FM sont quelquefois appelés “personnes [parlant un] français natif”. Rien d’autre qu’un barbarisme, un calque issu de la formule anglaise : “native french speaker” [13] qui est d’ailleurs très ambiguë puisqu’elle est aussi bien :

 [[native french] speaker] = locuteur du français autochtone, que
[native [french speaker] = locuteur autochtone du français
On voit que l’anglais est trompeur [14] étant donné la difficulté de différencier dans ces formules la valeur exacte du mot “french”, qui peut représenter soit l’adjectif (de nationalité française) soit le nom (langue française, ellipse pour “french language”) voir : [15]) ? Bien entendu, dans ces locuteurs du français maternel se trouvent de nombreux bilingues (ou plus), qui peuvent avoir l’autre langue comme langue maternelle également (y compris un dialecte à base francophone créole notamment, ou encore une langue complètement différente), possiblement “encore plus maternelle”.
Certaines personnes diront : “inutile de chercher plus loin. Nous avons maintenant défini l’ensemble des locuteurs qui parlent français, à l’intérieur desquels se trouvent les locuteurs ayant le français comme langue maternelle. On ne peut aller plus loin”. C’est pourtant inexact. Si on se place dans une optique historique, il faut se rappeler qu’une langue n’est pas seulement un outil quotidien, mais un fait culturel inséparable d’une civilisation. Il est d’ailleurs courant de faire la confusion entre la langue parlée et l’origine ethnique (ou la nationalité) des gens quand on ne connait pas bien la composition ethnique d’un pays :- Les français ont tendance à ignorer la différence entre grande Bretagne et Angleterre … pour eux les écossais, les gallois sont des “anglais” !! (confusion à éviter dans un bar un jour de match…)
– De même les personnes de culture anglo-saxonne ont tendance à faire une confusion exactement similaire entre la langue française et le pays France comme dans ce knol : http://knol.google.com/k/french-and-france# (qui n’existe plus).
Prenons un exemple : une personne de nationalité française (c’est un exemple inventé) mais qui appartient à une autre culture, mettons corse ou antillaise et qui possède comme “autre langue maternelle” la langue de sa région. Possiblement, cette personne se revendique avant tout comme un représentant de la culture corse, ou de la culture antillaise (je sais il y a plusieurs îles, probablement “plusieurs” Corses, mais rappelez vous, c’est un exemple virtuel !). Alors cette personne peut-elle se revendiquer aussi comme représentante de la culture française ? Oui certainement, du point de vue national pluri-ethnique, mais non du point de vue linguistique. Si elle connait plus de contes, comptines, berceuses, mots spécialisés ou vieillis etc. dans sa langue régionale qu’en français, elle a raison de reconnaître cette dernière comme sa langue culturelle, sa langue ethnique, mais alors elle ne peut faire de même avec le français, ce serait contradictoire. De fait certaines personnes ont un français courant et maternel, mais une culture différente et en fait éloignée de la culture linguistique française historique (et en général, ils le savent; mais il y a aussi des locuteurs qui possèdent un français maternel et qui ne font pas/plus partie d’une ethnie/culture bien identifiée comme différente; ceux-là ne soupçonnent pas forcément que leur français n’est pas forcément typiquement représentatif de la langue, du point de vue historique). On a donc besoin d’une nouvelle catégorie qui prennent en compte, à l’intérieur des personnes qui ont pour langue maternelle le français, ceux dont le français est la langue traditionnelle.

Le français traditionnel ou historique

L’ensemble des locuteurs pour lesquels le français est la langue traditionnelle est représenté, à l’intérieur du français maternel, par un nouveau patatoïde de couleur légèrement plus claire. Ces locuteurs sont aussi ceux pour lesquels le français est la langue historique, c’est à dire qu’en remontant leur généalogie, on trouverait seulement des gens qui étaient eux-même des locuteurs de cette langue, ou si on remonte vraiment loin, de la langue qui l’a immédiatement précédé génétiquement [16] (cela implique que ces ancêtres ont résidé dans la zone où la langue était parlée/a évolué).

C’est finalement le groupe de locuteurs qui est visé par toute citation dans une étude scientifique de la langue qui se respecte, sauf mention contraire. Quand c’est envisageable, le linguiste cherche même à trouver des locuteurs ayant subi le moins possible d’influences extérieures.

On remarque que ce français traditionnel est recoupé par des lignes pointillées. Il s’agit de frontières phonologiques, la structuration phonémique (et le nombre des phonèmes) n’étant pas exactement la même dans toutes les formes géographiques. Ce genre de frontière phonologique sépare également le français traditionnel de l’extérieur, c’est à dire du français maternel non-traditionnel. L’expérience prouve en effet que les français non-traditionnels ont une structuration phonologique (phonématiques et prosodiques) non assimilables aux formes traditionnelles. [17]

En délimitant cette catégorie de locuteurs, on définit en même temps la catégorie extérieure des locuteurs maternels mais non-traditionnels. Contrairement à ce qu’on a vu à l’étape précédente, les locuteurs traditionnels ne détectent pas forcément comme “étrangers” (ils peuvent toujours détecter un accent différent du leur naturellement, intérieur ou extérieur à la catégorie) les locuteurs maternels non-traditionnels (ceux qui se trouvent dans l’anneau compris entre locuteurs traditionnels et la francophonie non maternelle.
Cette catégorie du français traditionnel ressemble à celle définie par Robin Turner pour un “native speaker” [13] sauf que la nôtre prévoit des variantes phonologiques internes, c’est à dire qu’elle ne se limite pas à la variété standard. Différentes variétés de langues, standard et non-standard peuvent être et – en pratique – sont traditionnelles. Mais évidemment, la grosse lacune de la définition de Turner, c’est qu’elle ne prévoit que le lieu de la naissance et de la résidence du locuteur, pas celle de ses parents/ancêtres !
En conclusion de ce paragraphe, on dira que les catégories des locuteurs traditionnels et des locuteurs maternels sont très souvent confondues. Du point de vue linguistique, cette confusion a pour conséquence un danger, celui de prendre des exemples (ou tout un corpus) dans le français non-traditionnel comme sujet d’étude avec le même niveau de confiance que s’ils étaient pris dans le français traditionnel. Ce risque est d’autant plus élevés si le linguiste est lui-même un locuteur d’un français non-traditionnel (qui s’ignore le plus souvent) avec pour conséquence la prise d’exemples (de l’ouvrage pédagogique à l’article scientifique) issus de ses propres réalisations ou perceptions [5] qu’il attribue en général au “français standard”.Du point de vue du linguiste qui l’observe, le français traditionnel est un donc français dont le système phonologique est globalement conservé. Les pertes d’oppositions peuvent y exister, ce sont celles qui sont bien décrites dans la plupart des ouvrages, notamment entre brun et brin, et entre mètre et maître ou entre tache et tâche. Mais le reste des oppositions doit être observé, notamment dans le langage soutenu et associé à la base lexicale idoine.

Le français standard

Compte tenu de la structuration envisagée ci-dessus, le français standard ne peut être recherché qu’à l’intérieur du français traditionnel. De façon explicite ou non, les gens qui pensent ou font allusion à un standard de la langue excluent de leur vision un langage qui ne serait pas authentique, de première main, donc la production de locuteurs non-traditionnels (mais comme ils n’ont pas posé cette catégorie, cela reste apparemment subliminal).

Le français standard n’est donc qu’une sous-catégorie du français traditionnel, une forme dont le vocabulaire et l’accent est proche du centre de gravité de la langue, à l’exclusion de formes trop typées. En clair, le français standard est un français traditionnel avec un accent considéré neutre à Paris. Cela ne veut pas dire bien sûr que tout locuteur ayant un accent qui passe inaperçu à Paris est un locuteur standard. En pratique dans les médias notamment, il reste probablement 1% ou moins de locuteurs standards, tous les autres sont des locuteurs pseudo-standards.

Le français pseudo-standard

On a vu que pour le non-linguiste, les traits les plus apparents de la langue sont l’accent, le vocabulaire et la syntaxe. Si un groupe de locuteurs appartenant au français non-traditionnel se rapprochent suffisamment, du point de vue de l’accent, de la syntaxe et du vocabulaire, du français standard (situé lui à l’intérieur de la langue traditionnelle), il pourront facilement passer (et se considérer) pour des locuteurs standards.

Le français méridionnal ou français du midi

Il s’agit de la forme de français qui est parlée dans le “midi” (la partie méridionale de la France), en particulier dans l’ancienne Occitanie [18], par les habitants autochtones de ces régions et aussi partout où ces habitants ont émigré. En effet, ce n’est pas la région qui produit le langage, mais bien les locuteurs.

En vert pâle ce n’est pas la région qu’on appelle aujourd’hui “Languedoc” (mais qui est représentée aussi…regardez du côté de Montpellier) mais l’emprise de l’ancienne langue d’oc soit ce qu’on peut aussi appeler l’Occitanie. (Remarquez le “coin” foncé de l’arpitan ou francoprovencal, qui n’est ni de la langue d’oc, ni de la langue d’oïl et qui s’enfonce entre ces deux là… longtemps ignoré des manuels.)


Pratiquement cette forme de français méridional est très facile à reconnaître par :
– la non réalisation des élisions (sauf exception), y compris celle du e muet final
– la disparition des voyelles nasales, remplacées par un complexe voyelle + consonne nasale (en première approche)
– la gestion de plusieurs archiphonèmes du FS comme des allophones.
– le débit qui est plus lent, en général, concomitamment avec la réalisation de tou-tes les syl-la-bes…
L’ensemble constitue ce qu’on appelle “l’accent du midi”.
Historiquement et géographiquement, ces variétés du français s’expliquent par une période de bilinguisme occitan-français [19] qui se poursuit toujours aujourd’hui chez certains individus, de plus en plus rares. Au cours de cette période de bilinguisme, le français langue seconde s’est vu transféré la phonologie et la prosodie de l’occitan [20]. Mais il faut maintenant bien préciser que la très grande majorité de ceux qui s’exprime dans ce type de français ne sont plus aujourd’hui des bilingues. Ce sont leur parents ou leur grand-parents qui l’étaient [21].
A l’égard du “français du midi”, on rencontre une attitude plus ou moins hypocrite :
– de l’admiration et des louanges superficielles : par exemple si quelqu’un qui appelle une radio parisienne a un accent du midi l’animateur lui dira : “oh mais vous nous appelez de quel endroit ? et même souvent : “c’est gentil de nous amener un rayon de soleil” etc. [22].
– une certaine commisération en réalité parce qu’en dehors des milieux [23] où la majorité des gens parlent de cette manière, le français du midi reste ressenti comme un “fort accent”. A une époque où on ne peut plus se moquer (impunément) des noirs, des juifs, des arabes etc. l’accent du midi reste employé en France (avec l’accent belge) pour le doublage des vidéos de type Vidéo Gag : les personnages (qui sont des personnes réelles) des clips sont ridicules, mais ils sont encore plus ridicules avec l’accent du midi ou avec l’accent belge. Le français du midi reste, sauf exception, écarté des médias et rares sont les acteurs, comiques ou présentateurs qui font carrière avec lui (sauf les présentateurs de sport bien entendu, genre dans lequel il y a une “niche” pour cet accent, qui donne un côté “terroir du rugby” etc.)
Le résultat de cette attitude hypocrite est que ceux qui ont un accent et qui sont amenés à vivre en dehors des milieux (qui se réduisent aussi dans le midi) où cet accent est encore majoritaire, font tout leur possible pour s’en débarrasser, du moins de ses traits conscients, ne serait-ce que pour ne pas se voir demander à chaque coup de téléphone de quelle charmante province ils appellent quand ils vivent depuis 20 ans à Châtenais-Malabry…
L’attitude des linguistes par rapport au français du midi peut prendre les formes suivantes :
– un rappel clair des conditions spéciales de son émergence comme dans “Le français parlé à Marseille: exemple d’un locuteur PFC” d’Annelise Coquillon. L’auteur met bien en évidence que le locuteur étudié comprend (et de façon sous-entendue baigne depuis son plus jeune âge dans) une langue étrangère au français (qu’il ne parle pas), cette langue, le provençal, étant par ailleurs la langue maternelle de ses parents [24].
– l’expression euphémique de la réalité, comme Martinet dans ses éléments de linguistique, qui au détour d’un paragraphe dans lequel en comparant le français à l’anglais américain (avec l’emploi curieusement son emploi américain du mot “dialecte” pour variété locale de langue française) révèle que le français “acceptable” (qui n’est autre qu’une définition en sous-main du français standard) n’est parlé que dans les centres urbains de la France non-méridionale  [25] ! Mais le fait de divulguer ce genre d’information en mode “anecdotique” pose des questions (peut-être était-ce déjà le début du politiquement correct ?).
– le mensonge par omission. Il s’agit d’articles qui présentent le français du midi comme une forme de français ordinaire, seulement en butte à une pression de la “norme parisienne” et en omettant toute référence à un substrat occitan. Un bon exemple en est l’article “Regards sur les glissantes en français” discuté plus longuement à la fin du présent article. Ce type d’article, émanant peut-être de personnes qui pensent de bonne foi que le français “du midi” est seulement une sorte de français régional qui aurait le seul tort d’être différent de la “norme” peut très vraisemblablement contaminer la vision de chercheurs étrangers qui se pencheront alors sur les différentes versions du “français, nourrisson du berceau France” [26].

– Un tel exemple de contamination se trouve peut-être dans l’article “La position initiale en français du Midi : effacement, supplétion, émergence” dans lequel un chercheur français collabore avec une chercheuse allemande qu’il amène apparemment à croire à l’existence d’un “français du Midi traditionnel”…[27] Une variante du résultat de cette désinformation se trouve dans “Le français populaire : a valid concept ?” discuté plus bas, dans lequel l’auteur anglais visualise apparemment la France comme étant constituée de deux régions socio-linguistiques : Paris d’une part et “la province” d’autre part (peut-être a-t-il lu Martinet ?).
– Enfin un chercheur peut, dans le cadre d’une recherche théorique sur le fonctionnement du français, introduire des règles tirées du français méridional comme le fait Patrick Sauzet dans : “Linéarité et consonnes latentes” [28] où, à la page 14 on apprend qu’une théorie s’applique au français standard (non défini) mais “ne peut rendre compte des variétés (méridionales) du français qui ont [suit un exemple]…..“.
Je fais remarquer :
– qu’une théorie du français n’a pas forcément à expliquer ce qui se passe dans toutes les variétés de français, pourvu qu’elle le fasse dans les variétés traditionnelles, catégorie inconnue de ce chercheur (à moins de prendre explicitement comme sujet d’étude une de ces variétés spéciales).
– que Sauzet commet apparemment un acte manqué en mettant son “méridionales” entre parenthèses.
– que le côté tendancieux de cette comparaison, entre FS et FM, est aggravé par la juxtaposition à ce dernier, en note, à des “formes antérieures du français”. Je ne sais pas si Sauzet s’imagine que le français méridional a pu “retenir” des caractéristiques de ces formes antérieures, mais je suis sûr que tout chercheur étranger qui voudra utiliser ce matériel a de bonne chance de tomber dans cette trappe grande ouverte.
Une variante de cette tendance est de procéder à la récolte d’un corpus dans laquelle on mélangera des locuteurs méridionaux avec des locuteurs non-méridionaux.

Autres articles consultés

Le cours Fren270 sur le site de l’université Simon FRASER (Vancouver, Canada)

Les variétés du français sont abordées par le biais du “français méridional” (http://www.sfu.ca/fren270/phonologie/page4_4.html#start)

1 Le français méridional n’est pas défini (bon d’accord, ce n’est pas un cas difficile, mais c’est lamentable)

2 Les exemples sont ineptes : à quoi bon donner la prononciation de mots comme “changée, manger, délégué” si on ne donne pas la prononciation de “changeait, mangeait, déléguait” ?

3 Les prononciations sont mal données, en français médional, le e final se prononce : la prononciation de “faire” n’est pas :

[fɛr] mais [fɛrœ]

Ensuite on peut aborder un exemple en français “dit standardisé

1 le français “dit standardisé” devient immédiatement du français “standard

2 le français “standard” (d’après l’auteur) “montre une tendance semblable à celle retrouvée en français méridional” (sic)

Ce n’est pas étonnant puisqu’il qu’il s’agit d’un français prétendu standard dans lequel “ces” se prononce [se]….

3 notons que les archiphonèmes du français “dit standardisé” ou “standard“, au choix, connaissent des exceptions (la moitié des cases du tableau !) dont certaines sont “phonétiques“, et d’autres “graphiques“…. les mots qui se terminent par <ais>, eh bien les enfants, vous ne devez pas les prononcer comme une syllabe ouverte….

4 L’auteur a oublié dans ses exceptions “phonétiques/graphiques” (? je lui laisse la responsabilité de ce galimatias) la prononciation du mot “chose”

5 Brusquement vers le bas de la page, les prononciations phonétiques jusqu’alors mises [entre crochets] passent /entre barres obliques/ ????

François Lonchamp dans “La transcription phonétique du français”

(ou “introduction à la ….” ?)

Version 0.3 – 11/011/2010 © François Lonchamp, 2007, 2010

L’introduction de l’article est caractéristique d’une vision dans laquelle la détermination des phonèmes et leur notation ne quitte à aucun moment le champ de la phonétique quoiqu’ayant en route fait apparemment le travail d’analyse phonologique (mais on apprend à la fin que la phonétique serait finalement une bonne introduction à la Phonologie… voire). On remarque que si le besoin de noter “au minimum par un symbole distinct les phonèmes différents=qui assurent une distinction linguistique” le risque corrélatif de noter par plusieurs symboles phonétiques une unité assurant une unique distinction linguistique (comme dans une consonne complexe ou une diphtongue) n’est pas évoqué.

Dans le cadre du présent article, nous nous intéresserons toutefois surtout à la définition et l’utilisation donnée dans l’étude de F.L. au terme de français standard : 

“Nous ne parlerons ici que d’un français ‘standard’ non-méridional. Dans ce cadre, la moins mauvaise définition de ‘standard’ pourrait être : variété qui ne permet pas d’inférer d’informations sociolinguistiques sur le locuteur qui l’emploie (origine géographique, condition sociale, âge …). Ce français standard n’est pas plus l’apanage des Parisiens que des Tourangeaux. Beaucoup de locuteurs non méridionaux qui parlent un français peu marqué conservent néanmoins quelques traces de français régional (cf. Carton & al. ). C’est particulièrement le cas dans le Nord ou en Lorraine3. Ce français ‘standard’ est sans doute une fiction, mais utile.”

– l’emploi des apostrophes pour isoler le mot qui nous intéresse est fâcheux, sont-ce des “air quotes” ? C’est un peu une manière d’employer un terme sans pouvoir ensuite être responsable de l’avoir employé…

 – l’auteur n’étudie que le français standard non-méridional, OK, mais on se demande, d’après sa phrase s’il existe un ou des français standards qui sont méridionaux [29] ?

– bien entendu, la partie définitrice la “moins mauvaise” (sic):  “variété qui ne permet pas d’inférer d’informations sociolinguistiques sur le locuteur qui l’emploie (origine géographique, condition sociale, âge …).” est complètement nulle et non avenue puisqu’en réalité elle veut dire, il me semble : “variété qui ne permet pas à quelqu’un (linguiste ou simple locuteur ?) habitué à l’accent de Paris d’inférer grand-chose sur l’origine (en dehors du fait qu’il paraît être de Paris, depuis au moins un certain temps, etc.” 

Certainement une très mauvaise définition (récursive en plus, je vous en propose une similaire : Un martien est celui qui sur Mars ne voit personne lui demander : “vous êtes de Mars ?”.

– enfin, bien sûr, la formule terminale dans laquelle on découvre que le français, toujours [‘standard’], serait “une fiction, mais utile“. C’est très embêtant d’apprendre dans un article où on ne parle que d’une seule chose, que cette chose est une fiction (fut-elle utile). Ne vaudrait-il pas mieux repartir de zéro et mieux poser les bases de l’étude, si possible quelque chose qui ne soit pas une “fiction” ou une “moins mauvaise définition” ?

P. Guiraud dans “Le système du relatif en français populaire” (1966)

Guiraud s’intéresse au “français populaire” et il n’est pas exempt de l’illusion qui le lui fait chercher dans “le peuple de Paris”. Mais ce qui est intéressant dans son article, centré sur la syntaxe, c’est qu’il fait appel à l’idée que le “français populaire” ne serait pas un “français officiel dégradé” (ma formulation) mais qu’au contraire c’est le français standard qui serait une déformation du français historique ou héréditaire. Sa notion de “français héréditaire”, qu’il appelle aussi “français historique”, est en partie équivalente à ce que nous avons appelé “français traditionnel ou historique”, au moins dans sa perspective de recherche de ce qui est authentique.
Un autre aspect très intéressant de l’article de Guiraud est que, contrairement à tant d’autres qui semblent croire qu’une forme “cultivée” du français exclue automatiquement les formes “populaires” (et donc qui recherchent à chaque fois à caractériser des classes de locuteurs différentes), il souligne que certains locuteurs (pour lui le “français cultivé”, on échappe de peu au Parisien cultivé, auquel il pense probablement) sont capables de s’exprimer oralement dans les deux systèmes et qu’ils sont donc “bilingues”, c’est évidemment vrai (il sous entend que les gens non cultivés ne sont capables de s’exprimer qu’en français populaire, mais comme tous les intermédiaires existent, c’est plus difficile à prouver).

Arnaud Léturgie dans “Liste des phonèmes du français standard contemporain”

http://www.u-cergy.fr/lettres/Leturgie/phonetique/phonemes_du_fran%C3%A7ais.pdf (page accessible par http://www.u-cergy.fr/lettres/Leturgie/leturgie.html)

propose une liste des phonèmes (sans aucune diphtongue) du “français standard contemporain”, mais il n’indique pas la définition à laquelle il fait référence pour ce “français standard”, ni la date de sa “contemporanéité”, ou au moins la date d’établissement du document (la page que j’ai consultée est du jeudi 25 septembre 2008 03:45:07…)

Kenneth Hylstenstam et Niclas Abrahamsson dans “Âge de l’exposition initiale et niveau terminal chez des locuteurs quasi-natifs du suédois L2” (2008)

http://aile.revues.org/document1154.html

Cet article n’a pas pour sujet le français, ni le français standard… mais il est en français ! Les auteurs sont suédois et ont étudié des phénomènes qui se passent en suédois et qui nous donnent un point de comparaison passionnant quant au classement qu’ils opèrent sur les locuteurs de cette langue.

Ils ont recrutés 5 locuteurs du suédois qu’ils appellent “non-natifs”. Le point qui distingue ces locuteurs est que personne ne les prend pour des suédois parce qu’ils ont un accent (peut-être font-ils aussi d’autres fautes ?).

Ils ont également trouvé 20 locuteurs du suédois qu’on “prend” pour des autochtones” et qui ont appris (selon 4 groupes) la langue à des âges différents entre 3 ans jusqu’après vingt ans. Ce sont eux les “quasi-natifs” du titre. La sélection des “quasi-natifs” prend soin de ne retenir que des locuteurs ayant l’accent dominant de Stockholm car les tests se font avec des enregistrements porteurs de cet accent. (l’étude ne dit pas si ces locuteurs se considèrent eux-même comme des locuteurs ayant 100% la même compétence qu’un “natif”)

Enfin ils comparent les performances de ces cobayes avec 5 locuteurs autochtones (une étude socio-linguistique de ces “autochtones” n’est pourtant pas fournie, mais la Suède est un pays assez isolé et on peut supposer que leur autochtonité est attestée par leur arbre généalogique intégralement suédois).

L’étude semble prouver que, soumis à des tests poussés (comme distinguer des paroles avec un fort bruit de fond) aucun des “quasi-natifs” ne fait aussi bien que les vrais natifs qui ont appris le suédois dès la naissance (voire in utero). Ils font en fait à peine mieux que les “non-natifs”…. Malheureusement l’étude n’étudie pas la production langagière de ces quasi-natifs (il est plus facile de contrôler ce qui est perçu que ce qui est émis).

Ce qui est intéressant dans le cadre du présent knol est qu’on retrouve dans cet article une catégorisation implicite des locuteurs du suédois fort semblable à celle que nous exposons pour le français. Les locuteurs autochtones correspondent à nos locuteurs traditionnels, et à l’intérieur de ceux-là, les locuteurs ayant l’accent (ou parlant la variété) de Stockholm correspondent bien évidemment à un suédois standard, celui de la capitale…

La catégorie des locuteurs “quasi-natifs” correspond à nos locuteurs maternels non traditionnels et les locuteurs “non-natifs” sont équivalents à des locuteurs qui se trouveraient soit dans notre catégorie des locuteurs maternels non-traditionnels ou éventuellement dans celle des non-maternels.

Jacques Durand et Chantal Lyche dans “Regards sur les glissantes en français : français standard, français du Midi”

http://www.univ-tlse2.fr/erss/textes/publications/CDG/24/CG24-4-Durand.pdf

Voilà un article qui fait explicitement référence au français standard dans son titre. Il s’agit d’une étude visant à comparer le comportement de certains phonèmes dans le “français du midi”, en prenant comme point de comparaison le “français standard”.

Dès le résumé, on a une alternance, à l’intérieur d’une phrase, entre “français standard” et “la norme” . Il n’est pourtant pas démontré que le français standard soit une “norme” dans la région étudiée (ni dans aucune région d’ailleurs). Il pourrait à ce stade s’agir d’une simple figure de style puisque, dans le résumé en anglais, un mot neutre (“cette dernière”) renvoie dans la deuxième partie de la phrase à la première, sans allusion à une norme. La suite montre qu’il n’en est rien :

Dès l’introduction, les auteurs s’excusent du fait que leur étude a “le défaut potentiel d’observer une variété régionale à travers le prisme déformant de la variété standard“. Pourquoi s’en excuser si c’est leur méthodologie d’étude choisie ?

Alors que le français du midi étudié est une “variété bien localisée géographiquement“, le français standard utilisé comme référence n’a pas droit au même égard. En fait on apprend brusquement que “Tous les spécialistes (sic) savent que les systèmes de locuteurs (???) habituellement classés (sic) comme possédant (sic) un accent “standard” ou “neutre” ne sont pas complètement (sic) homogènes”. On remarque une étonnante accumulation d’approximations dans cette seule phrase (qui rappelle beaucoup celle d’Encrevé) !

C’en est fini du français standard, le français standard :

1 est seulement un “accent” (en fait le français du midi, on l’apprendra peu après, n’est aussi qu’un “accent” puis tantôt des variétés, tantôt des accents)
2 n’existe pas vraiment (il pas complètement homogène), donc on ne peut pas le définir.
3 est une norme “parisienne“, en fait on savait déjà que c’était une norme, mais elle “devient” parisienne à la fin de l’introduction.

On voit que dans un article “publié” qui fait référence au français standard dans son titre, les auteurs n’utilisent ce concept qui leur brûle visiblement les doigts qu’avec de nombreuses contorsions, guillemets, allusions à un situation normative, utilisation d’une notion non définie (“systèmes de locuteurs”)[30].

Emmanuelle Guerin dans “Le « français standard » : une variété située ?”

se “donne pour objectif la caractérisation du « français standard »” . Mais d’emblée l’auteure se propose d’étudier “… les oraux formels comme les écrits informels.” se plaçant ainsi elle-même en dehors du champ de la linguistique qui rappelons-le, n’étudie que la langue orale, malgré tous l’environnement de l’article affirmant qu’il s’agit de linguistique.
L’article est difficile à lire, utilisant son propre code de langage, et on arrive que très péniblement à comprendre ce que l’auteure veut poser, au demeurant l’idée assez simple que le français standard ne serait qu’une forme de français plus châtiée qu’une autre, le seul point de comparaison utilisé dans l’article étant “ce qu’on nomme communément le « langage des jeunes »“.
Comme on l’a déjà affirmé, on ne peut pas faire une classification avec une seule classe. Ce genre d’article littéraire ferait bien d’utiliser moins d’énergie à approcher un style du type Levi-Strauss et plus d’énergie à corriger, ou à faire corriger, une faute de syntaxe horrible dans une phrase déjà mal torchée comme : “Le « français standard » de part [sic] la spécificité d’être massivement et obligatoirement diffusé qui le caractérise et que nous rappelions dans la première partie, s’impose comme l’actualisation de la langue la plus efficace.”

Olivier Piot  dans “Une théorie morphogénétique des “clichés mélodiques” du français standard”

fait partie de ceux qui ne s’embarrassent pas trop d’une définition compliquée, contrairement au reste de l’article qui tente de mathématiser la prosodie…
Le concept est expédié par “Rappelons que le terme de français standard désigne par convention le français parlé à Paris (dans les média de diffusion nationale : radio, télévision).”
On a toujours de la peine à croire qu’un auteur (dans un contexte scientifique) arrive à concevoir qu’une sorte de français serait parlé exclusivement à Paris, mais surtout que les journalistes, un milieu notoirement cosmopolite (voire interlope) deviendraient miraculeusement capables, une fois devant un micro ou une caméra, de produire une qualité de langue bien définie, quels que soient leur origine et leur passé linguistique.

Anne Zribi-Hertz  dans  “Le système des possessifs en français standard moderne 1

Dans le titre de cet article, l’expression “français standard moderne” est suivi d’un chiffre en exposant et on s’attend à une définition en béton armé pour ce concept, las, la référence en question conduit aux “remerciements” d’usage.
L’auteur se lance donc avec ce “français standard moderne”, qui tend ensuite à devenir du “français moderne”, à d’autres moments du “français standard” ( voire du “français” tout court peut-être dans certaines phrases) un cas typique de ce que nous avons nommé “synonymie large”. Cette variété, le FSM, est opposée par l’auteur au Latin, à l’ancien français et au français classique (en réalité à leurs variétés écrites)
On apprends par surprise dans la note 19 de la page 19 que pour l’auteur FSM signifie ce que d’autres ont désigné par “français courant”. C’est au même moment que tout à coup surgit le “français avancé” (on pense naturellement au camembert), une nouvelle catégorie (non définie mais qui a l’air orale) qui s’oppose au FSM.
A la page 20 le FSM est qualifié de “dialecte 21” et comme il y a une note, on espère à nouveau une clarification, peine perdue, c’est juste pour dire que l’avis de l’auteur diffère quant à l’inclusion de telle formulation dans cette catégorie…
En résumé, encore un exemple d’article hautement technique mais qui considère inutile de définir vraiment les termes employés, d’autant que ceux-ci varient tout au long de l’essai.

Michaël Abecassis dans “Le français populaire : a valid concept ?” 2003

Cette discussion sur la notion de “français populaire” se base évidemment sur l’opposition de ce dernier concept avec celui de “français standard”.
Bien qu’elle soit déjà employé plus tôt dans l’article (notamment pour rappeler, sans que l’auteur ne tique le moins du monde, la “définition” de Valdman soit “le parler soutenu de la bourgeoisie cultivée de la région parisienne” [31], la notion de “français standard” est définie à la page 3 comme “se référant à la variété codifiée établie de longue date [32] de la langue française telle qu’elle est présentée dans les manuels, les grammaires, les dictionnaires, les journaux,les mass media et telle qu’elle est enseignée dans les écoles“. [ma traduction]
L’auteur précise que sa position est que cette forme de français est une “vraie variété et non un ensemble de normes abstraites et une idéologie”, enfin qu’elle a un “ensemble bien défini/délimité de locuteurs” (“specified body of speakers“). Ensuite il précise que les normes (il entend les vraies normes, non-abstraites je pense) sont “phonétiques, syntaxiques, pratiques (l’exemple donné est le vouvoiement) aussi bien que lexicales“. Je suis obligé de noter l’absence de mention de l’auteur d’une norme phonologique (la seule mention de la phonologie vient pour soutenir l’idée de Biber et Finegan que “les économies phonologiques seraient caractéristiques des langues non-standard ?” c’est Martinet qui doit se retourner dans sa tombe !)
Curieusement, juste après ce moment de concentration sur le français standard,  il enchaîne sans transition par la description des traits communément attribués au “vernaculaire parisien” (dont on est réduit à supposer d’après le reste de son article que ce n’est justement pas du “français standard”).
On retrouve de façon caractéristique dans cet article les éléments les plus fréquents de confusion que nous avons déjà mentionnés :
– la distinction entre langue, au sens linguistique, c’est à dire un langage parlé et langue au sens littéraire n’est jamais dénoncée.
– L’auteur montre que différentes dénominations ont pu être employées historiquement pour se référer à la même idée mais il emploie lui-aussi une synonymie large :”le français standard”, “la norme”, “le standard”
– L’auteur, c’est un anglais pourtant, pas un américain (?) [ se montre apparemment complètement inconscient d’un morcellement ethnolinguistique en France, aussi bien à l’époque moderne mais a fortiori dans les époques plus reculées. A maintes reprises dans son article, il passe sans transition de ce qui se passe à Paris (avec quelquefois une mention de la banlieue) à “la nation”. Quelqu’un qui ne connaîtrait la situation linguistique en France que d’après son article aurait l’impression que des “patois” sont, ou ont été, parlés mais que ce sont tous des formes mineures et différentes de français. On a même droit à une référence à l “indigenous french culture” (vous savez ces bretons, ces basques, ces catalans et autres corses qui naissent tous avec une baguette dans une main et un camembert dans l’autre et qui parlent “the patois spoken in the rural parts of France”)
– enfin et bien sûr, l’auteur ignore complètement l’existence d’une langue française traditionnelle en dehors du pays France, une confusion que nous avons déjà montrée un peu partout.
Mais l’article a aussi ses propres innovations :
– Le titre de la revue est “Marges linguistiques”, mais on est surtout dans la marge, pas tellement dans la linguistique : Abecassis remarque que dans les années 50 et 60, les linguistes structuralistes “ont montré un intérêt croissant pour le français parlé”. Pour écrire cela il faut ne pas être conscient du fait que le structuralisme a posé comme base le fait que l’objet de la linguistique était les langues, et que les langues étaient justement parlées, qu’il n’y avait pas de “langage écrit” (un oxymore pour un linguiste).
– une référence littéraire citée de travers : “.. nous ne pouvons descendre à langue du peuple...” (oui je sais c’est une inattention, mais il faut se relire et aujourd’hui, on peut CORRIGER les pdf qu’on met en ligne depuis 7 ans !)
– l’affirmation tragi-comique qu’il serait difficile de trouver un francophone utilisant dans le langage parlé le subjonctif après “après que” (pris comme exemple (“in practice hardly any french speaker complies with this rule“). “après que” est pris comme exemple car plus loin Abecassis cite cette tournure soi-disant populaire : “je veux le voir avant qu’il ne part“. On a rarement l’occasion de montrer une phrase aussi typiquement inventée par un linguiste étranger, un francophone qui omettrait le subjonctif inclurait difficilement “ne” dans cette phrase…
– l’allègre mélange de tournures populaires toujours actuelles avec d’autres qui n’existent plus que dans la littérature ou au cinéma de reconstitution (un pléonasme) : mettre sur le même plan des expressions comme :
“une gonzesse” et “une gosse”,
“fromton” et “courriel”
“c’est-ti drôle” et “faut pas pleurer mon vieux”
montre une sérieuse ignorance du français d’aujourd’hui.
– je n’ai pas évidemment procédé à un contrôle de l’impressionnante bibliographie mais la seule référence du texte que j’y ai par hasard cherchée (Thibault 1979) ne s’y trouvait pas ?

Jacques Moeschler et Antoine Auchlin dans “Introduction à la linguistique contemporaine 3e édition” 2008

Ces auteurs sont basés en Suisse (mais l’ouvrage est édité à Paris, France). Il est donc particulièrement intéressant de savoir s’ils font référence à un français “standard”, “de référence” etc. et comment ils l’envisagent géographiquement et/ou par une définition, une citation d’auteur etc.
Comme de très nombreux ouvrages, on l’a vu, le sujet n’est pas abordé de front, mais c’est un ouvrage en français, des exemples en français seront inévitablement donnés et immanquablement surgiront tôt ou tard des références explicites ou implicites à ce que les auteurs pensent nécessaire de “délimiter” linguistiquement.
Cela arrive à la page 48 et, surprise, il s’agit du “français de l’Île-de-France” ! Bien sûr je ne peux m’empêcher de considérer cette délimitation comme assez surréaliste. Un lecteur qui serait capable de lire le français mais qui ignorerait tout de la géographie française pourrait même se faire une représentation mentale de cette belle province sans se douter que Paris est en plein milieu ! En revanche, pour ceux qui sont au courant, cette idée du “français de l’Île-de-France” introduit subrepticement l’idée qu’une sorte particulière de français serait parlée en Isle de France et que Paris s’y trouvant, par le plus grand des hasards, ses habitants se mettraient automatiquement à parler ce dialecte (comme on dit en anglais…).
Malheureusement, l’exemple donné pour ce FIF est encore plus étonnant, on lit que : “Appliqué à la parole, le terme « son » est ambigu. Le français de l’Île-de-France utilise les deux sons [o] et [ɔ] (peau, chocottes). Mais leur différence acoustique n’est pas exploitée pour produire des différences de signification, comme en français de Suisse romande (peau/pot), et ils constituent, du point de vue de la langue, une seule unité, un phonème.”
Ainsi, moi, un locuteur typique de l’Ile de France, si toutefois la colline de Montmartre peut être incluse dans les plaines qui l’entourent, je ne distinguerais pas : sol de saule, ni Paul de Paule, un bol de La Baule, mort de Maure ?
Mais, inutile de rester là devant votre écran à prononcer stupidement des mots sans aucun sens pour savoir si vous parlez le français de l’île de France, car le FIF ne réapparaît jamais dans la suite de l’ouvrage, dès la page 52, c’est à dire 4 pages plus loin, c’est le “français parisien” qui surgit sans prévenir pour le remplacer dans son duel avec le Français de Suisse Romande (à moins que ce ne soit le FIF/Bossu qui ne se soit démasqué en Français Parisien/Lagardère ?).
Mais finalement, le FP sera aussi éphémère que le FIF et la presque totalité des exemples donnés dans l’ouvrage seront en français “tout court”, comprenne qui pourra. Voici un florilège de ces exemples, la distraction ne peut pas tout expliquer, on est dans le domaine de la “création de l’auteur”, des auteurs en l’occurrence.
Les paires minimales sont des paires d’unités linguistiques de sens différents, qui ne s’opposent que sur un trait pertinent, comme : (6) a. pont/bon, ou râpé/rabais” (si vous n’opposez râpé et rabais que par un seul trait pertinent, normalement vous n’êtes ni dans l’île de France, ni dans la Suisse Romande, vous êtes entre Bordeaux et Marseille, ou alors on va vous raccompagner…).
“[s ε depwa ɲ e]/[s ε depwa ɲ ε] c’est des poignées/c’est des poignets” (les auteurs reconstituent une prononciation pleine du /ε/ de “c’est” mais pas celle du “des”)
J’ai mal à la main → [.ʒe – ma – la – la – mɛ̃]”  (“j’ai” n’a pas droit au même traitement que “c’est” ?)
“/le/– /lez/: je les range, je les écoute” (“les” non plus, lé béré de Dédé ont dé rés c’é lé ?)
” leurs livres étaient ouverts [lœ ʁ liv ʁεt ε (t) uv εʁ]” (dans le français des auteurs, on dit lé, jé mais “j’aitais”,  et c’est utile : on ne risque pas de confondre ce mot avec l’été ni avec les étais, ce qui peut se révéler très utile quand on fait de la maçonnerie pendant la belle saison).
Mais enfin notre patience est récompensée, le “français standard” apparaît enfin à la page 94. Il interdirait une phrase comme : “*Tu dis que quand viendra Pierre ?“. Si j’utilise mes propres définitions, une phrase pareille est même exclue du français maternel, probablement du français parlé par n’importe quel locuteur étranger d’une langue indo-européenne.
Surprise, c’est au paragraphe suivant qu’à peine remis de cette information banale sur le français “standard” le lecteur est confronté de but en blanc au “français québéquois” et au  “français non standard”.
Le premier permet de dire :  “Qui que tu as vu ?”

tandis que le second : “C’est qui que tu as vu ?”
C’est ainsi que j’ai réalisé que je m’étais déjà exprimé dans le passé en français québécois et même en français “non standard”.
Comme vous l’aviez peut-être deviné, ni le français “standard” ni le français “non-standard” ne réapparaissent dans la suite de l’article ou dans un quelconque glossaire.

Nigel Armstrong dans Voicing ‘The Simpsons’ from English into French: a story of variable success. Journal of Specialised Translation 2: 97–109, 2004.

http://www.jostrans.org/issue02/issue02toc.html

Armstrong est un spécialiste du français [33] ! Je ne peux m’empêcher de recopier un passage entier de son introduction :
“We need obviously to distinguish firstly between northern and southern France. As is well known, there is a considerable difference between the broad accent groups of these two large regions. Our present focus of interest is on ‘northern’ or ‘standard French’, or le français de référence – there is no satisfactory compact term. We can call the variety of French of interest here français d’oïl: the non-southern French of France, spoken in the area broadly north of the Garonne and the Massif Central, excluding extreme areas such as Alsace in the east and the Breton-speaking west of Brittany, where influence from non-Romance languages is at work.”

Je n’invente pas : le français “non du sud” est parlé “au nord de la Garonne” (et du massif central je vous l’accorde) [34]. On croit rêver, ce monsieur doit confondre la Garonne et la Vienne ? Il exclut d’ailleurs de ce Nord l’Alsace et curieusement la Bretagne où, pense-t-il, les gens parlent toujours breton …)

Mais le problème réel, ce n’est pas cette géographie approximative, c’est que l’auteur semble penser que dans le nord de la France vit une population homogène qui parle le français standard ! Le reste de l’article explique qu’en Angleterre on peut reconnaître de quelle grande ville vient quelqu’un à son accent tandis qu’en France (pourvu que ce soit “au nord de la Garonne”) on ne peut pas et ce qu’il en découle pour la traduction des Simpsons.
Toutefois, je ne suis pas sûr que les “jeunes” de banlieue comprendraient les répliques de Bart proposées, du style : “Ça viendrait pas d ma caboche mais d mes mirettes ? Ça alors, c’est chouette !” (peut-être une version des Simpsons pour personnes nées au XIXème siècle ?)

Pour mémoire, le cours de la Garonne



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Références

  1. Apparemment, les annonceurs publics anglais le prononce “o-yé” (en effet les annonces publiques en anglais commencent par “Oyez, Oyez” mais pas par “brave gens”. Ce qui est plus bizarre c’est que la plupart des français intérrogés prononcent aussi “O-yé”… Pourtant si vous vous donnez la peine de voir comment ça s’écrit, il est clair que la prononciation en est : “oi-yé”. Comparez seulement à : voyez, loyer, etc.
  2. Dubois parle notamment d’ “homogénéité” et de “représentativité” du corpus (in Dubois Jean, . Grammaire distributionnelle. In: Langue française. Vol. 1 N°1. La syntaxe. pp. 41-48.)
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lfr_0023-8368_1969_num_1_1_5396
  3. Pour prendre une comparaison cosmologique, c’est ce qui se passe quand on a un immense nuage de matière uniformément répartie dans une zone de l’espace éloignée de tout attracteur. La moindre différence de densité locale commencera à agir comme un attracteur avec un feedback hautement positif. Au bout d’un certain temps la soupe bien fluide de l’origine sera remplacée par de gros grumeaux. Les cosmologistes s’étonnent pourtant de l’hétérogénéité précoce de l’univers ? bon c’était juste une comparaison…
  4. Ensemble de phrases produites spontanément ou lues par des locuteurs dont on connait (théoriquement) l’extraction socio-linguistique.
  5. La “création de l’auteur” en français (prétendument) standard n’est pas l’apanage de cet auteur anglophone. On trouve par exemple dans : “Segmentation lexicale de la parole continue” de Sophie Wauquier-Gravelines la notation phonétique plusieurs fois répétée [pøtitami] pour “petit ami” . C’est probablement la prononciation de l’auteure ? Il est vrai qu’elle se reprend dans “Réalisme psychologique des segments latents : intuition phonologique ou effet de fréquence ?” article dans lequel la prononciation est devenue : “[ləpətitami]” … Dans “Regards sur les glissantes en français” de Durand et Lyche, on trouve comme exemple de français standard le mot “Kway” noté [Kawe]. Dans la note 10 de mon knol sur le phonème, je montre comment différents linguistes inventent apparemment des paires minimales EN PARTANT DE LEUR PROPRE PARLER !

  6. WIKIPEDIA (2010) : Français standard est un terme non officiel qui désigne une variété standard de la langue française. Il s’agit de l’ensemble des variétés des parlers et des écrits au registre de langue soutenu des francophones instruits de plusieurs nations. De même, le français standard est la langue des dictionnaires, des études supérieures, de la presse écrite, de la télévision et de la radio ainsi que des communications gouvernementales et commerciales. À ce titre, il représente un dialecte de prestige. Sommaire [masquer] * 1 Définition o 1.1 En France o 1.2 Au Canada * 2 Histoire * 3 Voir aussi Définition [modifier] Étant donné que le français est une langue pluricentrique, le français standard renferme plusieurs variétés normatives. La syntaxe, la morphologie et l’orthographe du français standard sont articulées dans de nombreux ouvrages de grammaire et manuels de rédaction tels que le Bescherelle, une première référence des conjugaisons verbales composé au XIXe siècle par les frères Bescherelle de la France, et Le Bon Usage, rédigé au XXe siècle par le grammairien belge Maurice Grevisse. En France [modifier] En France, le français standard est inspiré de la prononciation et du vocabulaire utilisés dans le registre soutenu du français de la France métropolitaine, dominé par la capitale et ainsi appelé le « français de Paris », ce qui fait oublier beaucoup d’autres registres dont on se sert à Paris quotidiennement. Au Canada [modifier] Au Québec, le français standard est souvent confondu avec le français international ou le français de Radio Canada en raison de plusieurs décennies de l’emploi d’une prononciation étrangère à l’européenne, laquelle régnait dans les émissions de nouvelles et de culture jusqu’aux années 1970. Ailleurs au Canada francophone, les variétés formelles du français québécois à l’écrit et à l’oral ainsi que le langage des discours et des documents du Gouvernement du Canada sont jugées comme étan…
  7. (Accents de france 2010) Diversité des prononciations francaises Le premier linguiste francais à avoir démontré la variété des prononciations est André Martinet (1945), dans sa grande enquête à l’aide d’un questionnaire phonologique portant sur toutes les régions de la France. Il s’agit là d’un document précieux sur une classe sociale et une classe d’âge nettement définies. Depuis cette étude de Martinet, de nombreuses autres enquêtes ont eu lieu, mettant en évidence les variantes dialectales, sociales et stylistiques (voir bibliographie). Ayant ainsi montré tout ce qui différencie les prononciations des diverses régions de France, sans doute était-il bon également d’indiquer leurs points communs. Car s’il faut apprendre à reconnaître et à identifier telle ou telle prononciation régionale, il faut aussi trouver un modèle utilisable pour la production. Un modèle: le francais parisien ? Le français auquel se réfèrent les manuels de prononciation est souvent défini comme le français des parisiens de milieux ” bourgeois ” ou intellectuels. On peut se poser les questions suivantes : 1 – pourquoi le français de Paris a-t-il été longtemps choisi comme modèle parmi tous les francais régionaux? 2 – pourquoi la ” bonne ” société? Quelles sont les ” autres ” sociétés de Paris exclues du modèle et pourquoi ? La réponse à ces questions est d’ordre historique, sociologique et culturel. Avant d’être la capitale de la France, Paris a d’abord été la capitale de la province de 1’lle de France. Son ” dialecte ” (variété régionale de langue écrite) est devenu prestigieux avec la prise du pouvoir politique des rois de France. Le francais a été institué langue nationale, par Francois Ier, avec le décret de Villers-Cotterets (1539). Mais l’hégémonie du francais parisien ne date guère que de Louis XIV, époque à laquelle la centralisation administrative commence à s’instaurer. Cette centralisation deviendra tyrannique à partir de la Révolution de 1789. Ne pas parler françai…
  8. DESCRIPTION PHONÉTIQUE DU FRANÇAIS STANDARDISÉ Sur cette page, vous trouverez : les caractères communs du français standardisé une analyse de l’enregistrement nº1 (français méridional standardisé) une analyse de l’enregistrement nº2 (Paris: accent populaire) une analyse de l’enregistrement nº3 (Paris: accent de la bourgeoisie) Caractères communs du français standard VOYELLES En francais standardisé (F.Sé), le système vocalique est relativement simple: [i], [y], [u] sont des voyelles fermées à timbre unique (alors qu’on trouvera des timbres ouverts dans certains français régionaux (F.R.); suit les lois habituelles. Il tombe s’il n’estprécédé que d’une seule consonne prononcée : la semaine mais: un’ semaine… (le midi tend à prononcer en toute position); L’oppostion tend à disparaître au profit de théâtre ; L’opposition est pratiquement disparue au profit de un pain les voyelles à double timbre E, EU, 0 suivent la loi de la distribution complémentaire: voyelle ouverte en syllabe fermée (terminée par consonne prononcée) voyelle fermée en syllabe ouverte (terminée par voyelle). Cette distribution se retrouve dans beaucoup de francais régionaux, y compris ceux du Midi de la France. Les oppositions en syllabe ouverte tendent à disparaître au profit de /e/ : = mangé ou mangeais. les oppositions en syllabe fermée sont pratiquement disparues : = jeune ou jeûne; les oppositions sont les seules à se maintenir nettement en syllabe fermée. Ce type d’opposition n’existe pas dans les prononcations méridionales. Noter que la séquence [o] + [z] en F.Sé est toujours [o:z] à l’encontre de ce que l’on relève dans beaucoup de F.R. dont celui du Midi. En position inaccentuée, toutes les voyelles du F.Sé ont tendance à être moyennes. La seule qui garde souvent un timbre sonore ouvert est le O. Chez des locuteurs méridionaux dont la prononciation est trs standardisée, on remarque souvent que l’ultime trace d’accent est un o inaccentué fermé du type au lieu de…
  9. Ainsi dans la page de wikipedia (2011) sur le “corpus”, qui s’intéresse spécialement à l’idée de corpus linguistique, un paragraphe est spécialement destiné à expliciter le fait que pour qu’un corpus soit valable, la langue (et pas le langage, M. le traducteur !) qui le compose doit être homogène sous peine de ruiner les possibilités d’analyse. Malheureusement l’exemple donné est qu’on ne devrait pas mélanger du “français” de Belgique avec du “français de France” : “Un corpus bien formé doit nécessairement couvrir un seul langage, et une seule déclinaison de ce langage. Il existe par exemple de subtiles différences entre le français de France et le français parlé en Belgique. Il ne sera donc pas possible de tirer des conclusions fiables à partir d’un corpus franco-belge sur le français de France, ni sur le français de Belgique.”
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Corpus
  10. Le français de référence serait parlé à Paris (on ne va pas jouer sur les mots mais le français de référence n’est pas parlé à Genève pour cette dame ?), par les “élites”, les élites de quoi ? et par les “gens des médias français” ? les gens des médias ne font donc pas partie des élites ?
  11. L’auteur a sans doute voulu dire les PAYS africains francophones ?
  12. Qu’est-ce que la “culture française” ? eh bien ce sont les gens qui portent un béret basque, qui écoutent de la musique d’accordéon, etc.
  13. Une discussion très intéressante sur la notion de “native speaker”, avec une définition (que je traduis) : Un “native speaker of L” serait une personne : 1 élevée dans un pays P où la langue L est dominante 2 qui a acquis la langue L enfant, préférablement dans P 3 les habitants de P parlent la forme standard de L 4 possède la langue L sous sa forme grammaticale, lexicale, phonologicale standard et une compétence sociolinguistique adéquate 5 parle la langue L à la maison 6 n’est pas bilingue, ou bien si elle est bilingue ne pratique pas le mélange de codes (interlangues) entre L et un de ses dialectes, ou bien entre L et une autre langue. On voit que cette définition est extrêmement restrictive sur certains points, le point 4 étant certainement le plus dur à vérifier. Dans la pratique des pays anglo-saxons, les employeurs qui recherchent un “native speaker” ne vérifient que le premier point… par contre cette même définition omet à peu près complètement l’aspect socio-linguistique majeur : la langue des ascendants…
    http://neptune.spaceports.com/~words/native.html
  14. son mot “native” vient bien évidemment du français
  15. La subtile distinction entre ces variantes est développée ici : “Strictly speaking, a French native speaker is a native speaker who is French while a native French speaker is a French speaker who learnt French naturalistically. So I would normally say, ‘Native French speaker’. However, even though it’s not strictly correct, I can imagine saying ‘French native speaker’ when talking about native speakers of various languages (rather than about French speakers who learnt it in various ways) and contrasting, for example, a French native speaker with a Spanish native speaker. Though there is more justification for this when contrasting a French native speaker with a Swiss native speaker or Belgian native speaker. ” à quoi il est répondu : “Locuteur natif sonne comme du jargon à mes oreilles de personne dont la langue maternelle est le français et non la langue de bois. Ce terme reste en français un terme scientifique de la linguistique, tout comme l’expression anglaise l’était à l’origine. Au début du XXième siècle l’école de la linguistique de Bloomfield aux EU a essayé de réduire en écriture et de conserver de la sorte les langues amerindiennes en voie de disparition (il y en avait à peu près 350 au nord du Mexique). On le fait toujours au Brésil et ailleurs où il reste des populations indigènes qui n’ont pas appris une langue européenne. Aux EU, il est très difficile de nos jours de trouver des “native speakers” de beaucoup des langues amerindiennes. TLF: Locuteur natif. ,,Sujet parlant sa langue maternelle, considéré comme ayant intériorisé les règles de grammaire de sa langue“ (Ling. 1972). Comme la définition l’indique, on voudrait, en linguistique, un locuteur non seulement natif, mais si possible, naïf: qui ne parle que sa langue maternelle et ne l’a pas étudiée formellement et qui n’a pas été influencé par d’autres langues ou, si possible, par d’autres dialectes de sa propre langue. La grande majorité de personnes qui emploient la tournure en anglais ne s…
    http://forum.wordreference.com/showthread.php?t=30478&page=3
  16. Au sens linguistique, pas au sens biologique.
  17. Pour chaque individu, son système phonologique fonctionne comme un horizon, surtout en tant que locuteur. En tant qu’auditeur, il peut dans certains cas détecter chez un autre locuteur des “irrégularités” par rapport à son propre parler (en français cette possibilité est fortement amoindrie par l’existence des archiphonèmes). En tant que locuteur, il reste prisonnier de son propre univers, toute tentative d’ajustement ne pouvant être que brève et aléatoire. Comme je le montre dans mon knol sur le phonème, la maitrise phonétique d’une opposition n’équivaut pas à la maitrise pratique de la base lexicale associée.
  18. Zone à laquelle il faut ajouter la catalogne et le pays basque, non occitans, mais directement en contact avec l’Occitanie mais dont il faut retrancher l’Arpitanie (ou zone du franco-provencal), qui couvre un triangle Roanne-Fribourg-Aoste grosso modo, voir plus d’explication sur le site Parlange (dont est aussi extraite la carte ci-dessous) :
    http://parlange.free.fr/pages/bas_poitevin.html
  19. Il existe encore de très nombreux locuteurs bilingues en zone rurale et dans les tranches d’âges supérieures. L’histoire proposée de la formation du français du midi est schématique, mais suffisante pour notre sujet. Jourdan, Athena; Jourdan, Stephane. André Martinet, les “Parisiens” et les provinciaux (sans majuscule):quelques curiosités dans la méthodologie du grand maître [Internet]. Version 6. Knol. 2010 déc. 12.
    http://knol.google.com/k/athena-jourdan/andré-martinet-les-parisiens-et-les/airq7uy58x6t/29
  20. On peut toujours observer chez la plupart des bilingues (sauf exception des bilingues qui ont appris le français à l’école) qu’ils parlent le français avec exactement la même intonation, prosodie et phonologie qu’en occitan.
  21. Avec un schéma typique de non-transmission dans lequel les grand-parents ne s’adressaient pas à leur enfants dans leur langue maternelle. Toutefois, à la première génération, les enfants comprenaient, sans être capable de répondre ni de transmettre la langue, d’où une génération suivante incapable de suivre. Schéma de disparition dans lequel l’école n’a rien à voir, contrairement à ce qu’on a affirmé un peu partout.
  22. L’animateur-de-radio-parisien est en effet persuadé qu’au sud d’une ligne Bordeaux-Lyon il fait tout le temps beau. Il y a de fait confusion du grand Midi, c’est à dire de l’Occitanie, et du midi méditerranéen, ou poussent les oliviers, au climat sensiblement différent du reste de la France mais qui ne touche que les départements au contact de la Méditerranée
  23. Je dis bien des “milieux” et non des régions, car de même que l’occitan s’est forcément réduit, l’accent du midi se réduit aussi très certainement, en raison de la pression culturelle qu’il subit. Il subsiste donc surtout dans ses régions de formation, mais à l’intérieur de ces régions, dans les milieux géographiques, professionnels, socio-culturels où il est encore bien partagé.
  24. pour l’auteur les parents ont aussi pour langue maternelle le français ce qui est un peu contradictoire :pour clarifier davantage la situation, il faudrait savoir à quelle génération de cette famille, le français est devenu deuxième langue maternelle. Du fait que le locuteur étudié “comprend” le provencal, le provencal est-il aussi une langue maternelle pour lui ? Questions non élucidées, mais comme on le verra cet article fait partie des sources lumineuses sur ces questions obscures.
  25. Voir mon article :  André Martinet, les “Parisiens” et les provinciaux (sans majuscule):quelques curiosités dans la méthodologie du grand maître [Internet]. Version 5. Knol. 2010 févr. 2.
    http://knol.google.com/k/athena-jourdan/andré-martinet-les-parisiens-et-les/airq7uy58x6t/29
  26. L’information déjà parcimonieuse que nous recevons en France sur la diversité linguistique de notre région est encore plus difficile d’accès hors de nos frontières où la grande majorité des gens pensent que la France est le contenant naturel de la langue française. Même en français, de nombreuses définitions du français précisent qu’au Canada, en Belgique et en Suisse, seules certaines provinces sont proprement francophone mais pas pour la France…(dont le français est originaire, même outre-mer, précise Wikipedia en français….). Toutefois seule WP en anglais précise que “Most second-language speakers of French live in Francophone Africa, arguably exceeding the number of native speakers” alors que WP en français préfère comptabiliser les “locuteurs francophones réels” aux locuteurs en seconde langue (ou supérieure)….
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ais
  27. http://www.lrz.de/~sobotta/eychenne-sobotta-jel2007-resume.pdf
  28. Recherches linguistiques de Vincennes 28 – 1999 – p. 59-86
  29. Je précise que moi, je comprends très bien ce que Longchamp veut dire : “non-méridional” complète dans sa phrase “standard” comme il aurait pu écrire “un français standard en particulier PAS un français méridional” mais j’ai voulu attirer l’attention que pour un lecteur japonais ou tchèque cela n’est pas forcément aussi évident. Jourdan, Stephane. La définition scientifique du phonème: Si la linguistique est une science, ses définitions doivent répondre à des critères scientifiques, est-ce le cas ? [Internet]. Version 102. Knol. 2011 Jan 21.
    http://knol.google.com/k/athena-jourdan/la-définition-scientifique-du-phonème/airq7uy58x6t/10
  30. Durand récidive dans Essai de panorama phonologique : les accents du Midi, où on lit : “4.2.2 Les glissantes Dans les variétés méridionales, les trois segments phonétiques [j], [w] et [Á] sont parfaitement attestés. La distribution de ces segments et leur comportement dans les mots complexes n’est cependant pas tout à fait identique à ce que l’on observe dans les variétés du nord de la Loire censées représenter la norme ou s’en approcher, encore qu’il existe au sein de ces dernières une très grande variation souvent gommée ou déformée dans les ouvrages de référence” Dans cette phrase on retrouve cette façon de faire allusion à des variétés méridionales du français sans autre commentaire tandis que l’allusion à des variétés “du nord de la Loire” est immédiatement suivie d’une série de contorsions mal contenues.
  31. Tiquer, ou au moins poser la question de la valeur scientifique de cette définition hautement fantaisiste. Quelle honte de plus pour la bourgeoisie non cultivée de la région parisienne !
  32. On ne sait d’ailleurs dans cette définition si c’est la variété de langue qui est établie depuis longtemps, ou bien sa définition ?
  33. Nigel Armstrong researches into sociolinguistic variation in the contemporary spoken French of France. This means the study of how social factors like regional origin, age, sex, social class, affect the way people speak.
    http://www.leeds.ac.uk/site/custom_scripts/people_profile_details.php?profileID=668
  34. l’adjectif traditionnel n’est pas complètement satisfaisant en effet car il peut laisser croire qu’il y a une dimension “traditionaliste” chez ces locuteurs, qu’ils vivent de façon plus traditionnelle ou que sais-je. Historique est meilleur mais un peu pompeux, comme le canal historique… On pourrait aussi penser à Hérité, à authentique, etc. finalement “traditionel” est le plus simple, à condition de comprendre qu’il s’agit de locuteur qui ont hérité du language par tous leurs ancêtres, sans modification brusque et qui s’opposent aux locuteurs maternels non-traditionnels.

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