Îles tropicales : comment représenter leur diversité mais aussi leur continuité morphologique ? par Emmanuel Bouniot et Stéphane Jourdan


Une typologie des îles du pacifique tropical à l’aide des SIG et d’une symbologie modulaire. La diversité géomorphologique des îles tropicales est rarement présentée de façon “compréhensive”, globale. Les îles hautes et les atolls sont souvent opposés de manière manichéenne, ce qui ne permet pas de faire ressortir leur continuité sous-jacente. Nous présentons sous Google Earth et ArcMap une classification simplifiée et une symbologie modulaire qui permettent de mieux rendre compte de cette variété et de cette continuité géomorphologique. Nous prenons comme exemple les îles de la Polynésie française, avec la possibilité d’étendre ce travail à une zone plus large du Pacifique tropical. Pour palier à au manque de pertinence du “presqu’atoll” nous avons introduit une nouvelle classe : l’île-atoll.

Cet article est le résultat d’un travail commun présenté en tant que poster au 11ème Inter-congrès des Sciences du Pacifique (PSI 2009), à Tahiti du 2 au 6 mars 2009. Ce poster original peut être téléchargé au format SVG avec les images au format PNG et JPG (fichier ZIP de 1,3 Mo). Il a été réalisé avec les logiciels Inkscape et Gimp. Le présent article est plus à jour. Il existe également en anglais.

1 Problématique

I. La grande diversité géomorphologique des îles du Pacifique tropical

Dans cet espace, 5 phénomènes se combinent pour donner une grande variété de situations :

  1. L’édification volcanique, principalement à partir de points chauds.
  2. L’érosion et les effondrements/glissements cataclysmiques.
  3. La construction récifale (dans le présent article le mot “récif” sera employé au sens “récif corallien”)
  4. La dérive de la plaque et la subsidence.
  5. Les variations du niveau océanique et/ou celle du fond (bombements de diverses origines) = eustatisme et isostatisme.

II. Les difficultés de représentation qui en découlent

Des iles, structures lisibles seulement sur une cartographie/image à grande échelles sont éparpillées si on les observe à petite échelle (archipels) ce qui empêche d’utiliser les à-plats cartographiques (rappelons que l’échelle cartographique est comme le “zoom”, “grande échelle” signifie fort zoom contrairement à ce qu’on entend souvent dans le langage courant …) La continuité des formes géomorphologiques rend difficile une division thématique en même temps logique et pédagogique. Opposer îles hautes et atolls, comme on le fait souvent, est-il justifié pédagogiquement alors que le paradigme accepté est la continuité géologique entre ces formes ? Le point de départ de notre réflexion a été la carte géomorphologique de la Polynésie française de l’Atlas ORSTOM (1993) disponible ici :  http://www.cartographie.ird.fr/sphaera/carte.php?num=1956&pays=POLYNESIE+FRANCAISE&iso=PYF

III. Les solutions que nous proposons

– Les SIG permettent de s’affranchir en partie du problème de l’échelle de représentation en offrant n’importe quel niveau de zoom. Nous avons recherché une représentation symbolique qui permette une lecture immédiate des grands traits géomorphologiques. En faisant appel à une symbologie modulaire, le symbole étant formé de sous-symboles, on peut mieux représenter la diversité.  La concentricité des symboles répond à la morphologie essentiellement concentrique de ces systèmes insulaires. – Nous proposons une nouvelle classe morphologique, l’ “île-atoll” entre le stade île haute avec récif barrière et le stade atoll. Cette classe est plus étendue que l’ancienne catégorie des “presqu’atoll”, d’ailleurs assez mal délimitée : elle comprend ainsi les îles hautes avec des motu étendus, voire rattachés à la terre, indépendamment de la hauteur de l’édifice volcanique.

IV Utilisation

Notre cartographie est destinée à toutes les situations de présentation, du plus humble au plus haut niveau.

2 De la schématisation 3D à un symbologie synthétique

Cette frise des étapes classiques de l’évolution d’une île est inspirée librement d’après le site http://coraux.univ-reunion.fr/

L’évolution morphologique des îles en 8 étapes

I Mont sous-marin

Le mont sous-marin est un relief émergeant de la plaine abyssale, généralement construit par un volcan.

Symboles:

 Mont sous-marin sans volcanisme
Mont sous-marin avec volcanisme

II Haut-fond

Le haut-fond est différencié du mont sous-marin par une faible profondeur (inférieure à 100 m).

Symboles:

Haut-fond sans volcanisme

 Haut-fond avec volcanisme

III Ile haute sans récif

L’édifice volcanique poursuit sa progression au-dessus de la surface. Il devient une “île haute”. Il peut émerger d’un haut-fond ou être entouré de dépôts d’érosion terrigènes. Exemples: Mehetia (île haute sans récif avec volcanisme)

Symboles:

Ile haute sans récif  Ile haute sans récif avec volcanisme Ile haute entourée d’un haut-fond
Ile haute entourée d’un haut-fond avec volcanisme

IV Ile haute avec récif frangeant

Lorsque le récif frangeant apparait, l’édifice est déjà âgé. Le volcan est généralement éteint.

Symboles:

Ile haute avec récif frangeant
Ile haute avec récif frangeant et volcanisme

V Ile haute avec récif barrière

Sous l’effet de l’érosion et de la subsidence, le relief diminue. Un chenal apparaît entre le récif et l’île. Exemple: Tahiti.

Symboles:

Ile haute avec récif barrière

VI île-atoll (Ile haute avec îlots coralliens)

C’est la nouvelle classe typologique que nous proposons, elle englobe aussi les “presqu’atolls”, mal définis (Bora Bora est quelquefois classée presqu’atoll mais possède tout de même un sommet de plus de 800 mètres…) Le récif s’élargit et des îlots végétalisés apparaissent (motu). L’édifice a toujours une partie émergée mais son relief est très érodé et peut parfois être séparé en plusieurs parties dans le lagon. Exemples: Bora-Bora, Moorea, Mai’ao, Mangareva

Symboles:

Ile haute avec îlots coralliens (ile-atoll)
Ile haute surélevée

VII Atoll

L’édifice volcanique a disparu. La construction récifale a compensé l’érosion et la subsidence. La couronne récifale d’origine est devenue la seule terre émergée. Elle enserre le lagon. Des passes permettent éventuellement les échanges avec l’océan. Exemples:  Rangiroa (atoll), Mataiva (atoll sans passe), Nukutavake (atoll sans lagon), Makatea (atoll surélevé)

Symboles:

Atoll Atoll sans passe Atoll sans lagon
Atoll surélevé

VIII Atoll submergé (haut-fond)

Lorsque la croissance récifale ne peut compenser la subsidence ou la variation du niveau de la mer, l’atoll est submergé, devient un haut-fond (guyot) et finalement un mont sous-marin profond. L’ atoll submergé est reconnaissable par sa signature morphologique: la partie sommitale est plate voire creusée, marquant l’emplacement d’un ancien lagon. Un prélèvement de roche peut lever le doute.

Symboles:

Haut-fond (guyot)
Mont sous-marin

La subsidence, l’érosion et les autres mécanismes…

Le volcanisme, la subsidence et l’érosion sont les mécanismes principaux qui expliquent le relief de la plupart des îles. Deux autres facteurs agissent sur la morphologie des îles:

  • La variation du niveau de la mer (eustatisme): certaines îles peuvent se trouver exondées ou englouties suite à la baisse ou à la hausse du niveau de la mer conséquence de changements climatiques majeurs (au quaternaire: périodes glaciaires et inter-glaciaires).
  • La variation de profondeur du plancher océanique : en s’éloignant de la dorsale qui l’a formé, il se refroidit et devient plus dense -donc s’enfonce – mais la lithosphère peut être bombée par la présence de magma à faible profondeur ou par la flexion à l’approche d’une zone de subduction.

Ultimement, les îles englouties (re)deviennent des hauts-fonds ou des monts-sous-marins. Les îles surélevées ont une morphologie caractéristique avec falaises de corail sub-verticales ressemblant aux remparts d’une forteresse.

Les symboles utilisent des principes simples

  • Cercles concentriques pour respecter les formes naturelles,
  • anneau vert pour les motu,
  • disque marron pour les iles volcaniques,
  • anneau bleu clair pour les lagons,
  • anneau gris pour le corail (avec des pointes pour les parties surélevées).
  • Les monts sous-marins et les haut-fonds sont plus petits que les îles émergées.
  • Les volcans actifs ont une étoile rouge.

Le contraste entre les couleurs permet une lecture facile des symboles.

3 Application

I Comment utiliser ce travail

Nous présentons des exemples d’utilisation de la symbologie appliqués à la Polynésie avec Google Earth et ArcView. Les symboles sont téléchargeables sous forme d’images au format png et de fichier de style ArcView. Le kmz est aussi disponible ainsi que le shapefile des données. Des cartes multicouches au format pdf sont aussi disponibles pour les personnes ne disposant pas d’un SIG (sur demande).

II Exemples sous Google Earth, ArcView et Gmaps

Exemple dans Google Earth. Cliquez pour obtenir une plus grande image.

Exemple sous ArcView. Cliquez pour obtenir une image plus grande
(l’image A3 est disponible dans le dossier compressé)

La typologie des Marquises dans ces deux images de 2009 est cependant un peu dépassée voir l’article de S. JOURDAN : Les atolls et presqu’atolls des Marquises (2010-2012)
Exemple à jour sous Gmaps (Google Maps) :

Ouvrir un nouvel onglet (ou fenêtre) pour y visualiser cette carte interactive gmaps.

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