LA THEORIE DU 3EME FLUX


Esquisse d’une théorie économique pour la prise en compte de la FAVEUR commerciale

Résumé.

L’analyse proposée met en évidence un troisième flux caché dans toute économie de marché pourvue d’une monnaie sûre.

Cette analyse permet comprendre par exemple la situation rencontrée aujourd’hui dans le commerce et les services : compte tenu de l’ampleur de la clientèle, les commerçants qui jouissent d’une bonne position (emplacement, enseigne connue, etc.) n’ont pas besoin de faire un effort pour avoir des clients. Ils se comportent simplement comme les animaux marins qui “filtrent” le milieu pour y trouver une nourriture transportée par le courant… (et on peut imaginer que les coraux et les méduses ne sont pas spécialement ” reconnaissants” à leur clients planctoniques…).

Dans le grand océan consumériste, le consommateur (qui croit être défendu) devient un plancton dont la confiance n’est à obtenir qu’avant l’achat, à grand renfort de publicité (payée par lui)


Beaucoup de gens s’imaginent qu’une théorie économique doit être compliquée, ils seront probablement déçus de trouver ici une théorie assez facile d’abord.

Écologie et économie

Une comparaison nous permettra tout d’abord de voir que la complexité des faits économiques n’empêche pas la recherche de solutions simples aux problèmes que nous rencontrons dans notre vie de tous les jours.

L’écologie est l’étude scientifique des écosystèmes qui, en gros, sont constitués par des chaines alimentaires au long desquelles circulent de l’énergie chimique. Les êtres vivants s’approprient cette énergie en consommant ceux qui sont situés sous eux (je simplifie volontairement, bien entendu cela ne rend pas compte de tout, dans la partie végétale des écosystèmes, la situation est moins simple). Bien entendu, si l’énergie chimique se propage principalement à sens unique, du bas vers le haut des chaines alimentaires, cela ne veut pas dire que rien ne circule en sens inverse. Tous les biologistes admettent (et la théorie dominante de l’évolution est basée sur cette idée) que quelque-chose circule du haut vers le bas, une sorte d’ “information” (mais ils ne l’appellent pas comme ça).

Ce n’est pas par hasard si cette science a reçu un nom qui ressemble à celui de l’économie. Les acteurs économiques échangent des biens et des services le long de chaines économiques. Ces échanges, qui constituent le premier flux sont régulés par l’existence d’un second flux, celui de la monnaie, qui circule en sens inverse.

La recherche écologique est une investigation extrêmement compliquée. Même dans un habitat très simple, il est très difficile de détecter la totalité des intervenants et de mesurer l’intégralité de leurs échanges. Cela n’a jamais empêché l’homme de modifier empiriquement ces écosystèmes au travers de l’agriculture et de l’élevage pour en tirer sa propre subsistance (même si on peut s’interroger sur la durabilité de certains de ces écosystèmes artificiels).

De la même manière, la complexité des faits économiques dans le monde ne doit pas nous empêcher de découvrir des méthodes simples pour devenir plus prospères.

L’ère du troc

Toute théorie économique se doit de commencer par l’explication de se qui se passe lors d’un troc. Le troc est l’échange direct de biens/denrées/services entre deux acteurs économiques sans l’entremise d’une monnaie.

En première approximation, on peut donc représenter le troc comme un flux à double sens de marchandises.

En réalité, le troc ne peut avoir lieu que dans une situation de confiance suffisante de la part des acteurs, ne serait-ce que parce que l’échange peut rarement être complètement simultané.

Cette “confiance” (on sait qu’un ancien mot pour confiance est “crédit”, d’où ses nombreux sens dans le jargon économique) a plusieurs composantes, du point de vue d’un des acteurs, notamment  :

– confiance dans le lieu où l’échange va avoir lieu (suffisamment sûr)

– confiance dans la personne (avec qui on va échanger)

–  confiance dans le produit (qu’on va recevoir)

Si on revient sur le schéma ci-dessus, on s’aperçoit donc qu’il est incomplet et on doit le compléter de la manière suivante :

Les flèches jaunes représentent les échanges implicites
de confiance (“crédit”) entre les deux acteurs

L’échange commercial avec monnaie écharse

Historiquement, les moyens de paiement monétaires sont longtemps restés peu sûrs (et le sont parfois encore). Les métaux précieux notamment étaient susceptibles d’être mélangés à d’autres moins précieux (le mauvais aloi…) tandis que les billets étaient, et restent quelquefois, plus ou moins faciles à copier.

Il en résulte que les échanges basés sur la monnaie, classiquement représentés par un double flux :

biens circulant dans un sens, monnaie dans l’autre sont longtemps restés, du point de vue de la confiance nécessaire de la part des acteurs économique, strictement équivalents au troc soit, en réalité :

L’échange commercial avec monnaie sûre

Dans le monde moderne, la fausse monnaie existe toujours mais, dans les pays riches du moins, le risque a beaucoup diminué. En ce qui concerne les moyens électroniques de paiement, les arnaques existent également, notamment sur internet mais d’une manière générale la confiance que l’on peut avoir dans un paiement reçu est très bonne, dès que l’on a le liquide ou un chèque en main ou encore la preuve d’un virement électronique.

Si on réexamine alors le schéma classique d’une transaction, on ne voit aucune différence car les relations de confiance ne sont pas représentées. En revanche, dans notre nouvelle représentation, la transaction est amputée d’une flèche jaune :

Les flèches blanches symbolisant l’échange classique restent équilibrées,
une flèche jaune se retrouve toute seule… en déséquilibre

Même si l’environnement est sécurisé (les transactions modernes se passent rarement au fond d’un bois) et que le vendeur est a priori honnête, l’acheteur est encore obligé de lui faire confiance sur le prix et la qualité du produit, le sérieux de la garantie et du service après-vente, etc. Autrement dit, l’investissement en confiance de la part de l’acheteur reste important tandis que celui du vendeur s’est réduit au strict minimum. Pourquoi ?

En pratique le vendeur est aux petits soins de l’acheteur tant que celui n’a pas payé. Dès que le paiement électronique est effectué ou que l’argent liquide a changé de mains, il peut de fait considérer que le processus de la vente est terminé. À aucun moment il n’a dû faire confiance à l’acheteur ou si peu. C’est la disparition de la flèche de confiance dirigée de gauche à droite qui crée le déséquilibre :

Notre analyse fait donc apparaître un troisième flux, celui qui reste quand la confiance du vendeur a disparu, nous l’appellerons la FAVEUR commerciale. Ce flux est dirigé dans le même sens de circulation que l’argent et dans un premier temps, on ne voit pas bien ce qu’il peut apporter. Pour le comprendre, il faut réaliser que l’argent est un flux comptable, il circule en sens inverse des marchandises parce qu’il les équilibre. La FAVEUR n’est pas un flux comptable, c’est un flux réel qui représente une certaine forme d’énergie sociale ou plus précisément d’INFORMATION.

Conclusion

  1. A la fin d’une transaction commerciale impliquant d’une part un transfert de bien ou de service, et d’autre part un transfert d’argent correspondant, les personnes en présence ne sont quittes qu’en apparence.
  2. Dans un environnement monétaire sûr, chaque fois que l’on achète un produit, un service, un flux caché se produit : de la faveur est transférée de l’acheteur au commerçant. En première approche la quantité de faveur transférée au cours d’un achat est proportionnelle à la somme payée (le cas des locations est différent).
  3. On a déjà noté que la confiance s’exprimait non seulement par rapport au produit, mais aussi par rapport au vendeur et au lieu. Cela a pour conséquence que de la faveur est transférée même si on n’achète rien ! Par sa seule présence, le chaland confère de la crédibilité à la boutique, au centre commercial, au site internet dans lesquels il déambule sans rien acheter. Ce fait est bien connu empiriquement par les commerçants de longue date.
  4. La présence virtuelle a le même effet que la présence physique : chaque adhésion, chaque visite à des sites comme Facefook, Twitter, et autres suceurs de votre Faveur, vous dépouille d’une partie de vos prérogatives en tant qu’individu libre [1] parce que vous leur dispensez de la faveur sans rien en échange[1][2]. Ces exemples sont là uniquement pour illustrer la frange non-commerciale de la Faveur, il reste évident que ces parasites de deuxième ordre vous sucent moins de Faveur que votre BANQUE, vos ASSUREURS ainsi que la CAISSE qui capitalise votre retraite…
  5. Sans conscience du flux de FAVEUR, le consommateur ne peut agir que comme un acteur économique désordonné. La prise de conscience de ce flux peut lui permettre de parvenir à un niveau plus évolué d’existence économique : le SMARTCOTT.

References

  1. Deux articles récents (le premier conduit au deuxième) de Didier DURAND sur http://media-tech.blogspot.com illustrent bien comment Facebook a diffusé sur des milliers de sites son bouton “j’aime” en laissant croire aux webmasters de ces sites que l’avantage était réciproque mais comment en réalité il s’agit de plumer les pigeons en acquérant de l’information les concernant sans rien donner (ou si peu) en échange
    http://media-tech.blogspot.com/2010/05/boutons-jaime-et-plugins-sociaux-le.html
  2. http://www.businessmobile.fr/actualites/carnet-d-adresses-le-conflit-entre-facebook-et-google-deborde-sur-le-mobile-39758525.htm#xtor=RSS-1

Un commentaire

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  1. stefjourdan

    Peter Greenfinch :

    Apports très intéressants
    Ce knol apporte des pistes très intéressantes :

    La “faveur”, telle que définie dans ce knol et celui de la “théorie du troisième flux” sur lequel il s’appuie, un avantage asymmétrique apporté au fournisseur par le client voire le visiteur, existe effectivement et est même l’un des éléments de valorisation financière de l’entreprise (goodwill, image boursière).

    C’est un “capital-confiance” en quelque sorte, fondamental dans l’activité économique au même titre que d’autres “facteurs de production et de valeur économique”.

    Ce “plus” économique est il mérité ou non ? Est-il source ou non de déséquilibre ? Est-il utile à tous ou une rente pour certains ? Ce sont bien entendu des questions qui se posent, et ce knol donne des pistes intéressantes à ce sujet.

    Quant aux solutions coopératives que développe ce knol, j’ai pour elles de la sympathie au point que je pense que le système coopératif / mutualiste devrait occuper une plus grande place dans l’univers économique et même politique. Sans toutefois considérer qu’il devrait supplanter les autres systèmes, ce serait dogmatique et binaire, peu en accord avec ma propre théorie du curseur et du yin yang en économie.

    En pratique, autant ces solutions peuvent facilement naître d’initiatives “naturelles” à petite échelle, autant elles deviennent plus complexes à mettre au point et à être instituées de façon démocratique à grande échelle.
    Elles n’en seraient pas moins utiles, jusqu’au niveau planétaire, et il serait opportun de parler à ce propos du besoin d’une sorte de “fédéralisme coopératif”.

    Last edited Mar 3, 2011 11:41 AMDeleteBlock this userReport abusive comment

    Merci. Je suis bien conscient que la lecture de certaines affirmations peut paraître agressive, ou geignarde, mais il faut s’y habituer, c’est la conséquence d’une nouvelle façon de raisonner. Une autre chose qui n’est pas développée ici et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde est que l’employeur, en payant l’employé, lui délivre un important flux de Faveur. Il en résulte que le mécontentement social, traditionnellement dirigée vers lui, est éminemment contre productive.

    L’aspect psychologique/théorie-des-jeux de ma théorie est développé par le knol : le principe de l’auto-stoppeur…

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