Le grand dépotoir maritime… (et le grand dépotoir terrestre ?)



Le grand tourbillon des déchets flottants, une partie du problème seulement ?

 


(écrit pour Knol en juillet 2010)

Si vous ne comprenez pas l’anglais : Rubbish = rebuts, Soup = la soupe !

Le grand maelstrom des ordures

En 2009 je crois, de grands navigateurs se sont rendus au milieu de l’océan Pacifique, à mille miles de toute région habitée… et là, ils ont découvert que les courants marins rassemblaient tous les déchets du monde dans un grand tourbillon (qui ressemble à ce tourbillon que nous voyons quotidiennement dans notre douche/baigoire, sauf qu’au fond de la mer il n’y pas de bonde). En fait il y en a deux, voyez l’image ci-dessus…

Ils nous ont rapporté des images saisissantes de leur bateau arrêté au milieu de nulle part et d’eux munis d’épuisettes en train de pêcher des bouts de plastique et de polystyrène…
Bien sûr le métier des grands navigateurs est d’aller le plus loin possible, et de revenir (quand ils peuvent) nous raconter ce qu’ils ont vu, à moins que comme Moitessier ils ne virent de bord au dernier moment, affolés par la perspective de savoir qui allait payer la tournée générale.
Cette idée de savoir que tout là bas, l’océan ce désert est si sale (allitération) ne me réjouis pas, et chacun s’en attriste mais je pense que ces personnes ont un peu détourné l’attention du public d’un problème qui ne concerne pas que la mer, mais toute la planète.
La mer, l’océan et les baleines sont des symboles bien connus de l’écologie et cela a frappé les esprits de constater que toute cette saleté ne disparaissait pas, encore une fois, comme par miracle mais se retrouvait forcément quelque part. En mer habituellement, on circule et il n’y a rien à voir. là si.

Le dépotoir invisible

Sans vouloir diminuer le mérite de ces explorateurs, moi qui ne suis jamais allé si loin en mer pour rencontrer autant de détritus, seulement l’habituelle bouteille de Coca-cola à la dérive, je fais donc remarquer qu’ils ont un peu détourné notre attention d’un problème similaire, celui des détritus dans la terre.
La terre est moins transparente que l’eau mais elle a sûrement davantage de mémoire. Les archéologues creusent rarement en mer, ou alors au fond de la mer, ce qui n’est plus la mer, finalement.
J’ai eu plusieurs fois l’occasion de constater que dans la vie “normale” cet aspect de la pollution ne se voit pas mais qu’il suffit d’un petit décalage dans notre train-train pour en prendre conscience.

Bora Bora

En 1996 environ, j’ai visité “Bora”. Comme j’avais oublié mon permis de conduire à Tahiti, les loueurs de voitures de l’île n’ont pas voulu m’en filer une … ça m’a donné l’occasion de marcher…en fait cela m’y a obligé, chaque fois que je voulais me déplacer, le long de la route qui fait le tour de l’île.
Assis à l’intérieur d’une voiture, on admire le paysage par les fenêtres (ouvertes en général dans ce type d’endroit) mais les portières, la distance à laquelle on roule ou peut-être encore davantage la hauteur à laquelle on est assis empêchent de voir ce qu’il y a dans les fossés le long desquels on roule !
Quand on marche à pied, on au contraire, obligé que l’on est de longer scrupuleusement le bord de route pour ne pas se faire ratatiner (des morts tous les ans, comme dans les autres îles idylliques) on a une vue imprenable sur la quantité impressionnante des déchets qui sont là au fond du fossé, attendant la prochaine pluie pour aller directement dans le lagon (pour plus tard alimenter un tourbillon océanique austral non encore découvert).
Ces ordures sont là, régulièrement réparties le long de la route, car les gens les balancent par les fenêtres de leurs voitures, quand personne ne regarde. En Polynésie, si vous êtes à pied et que vous croisez un piéton avec quelque chose à la main, genre sac de MacDo, retournez vous au bout de 10 secondes et vous verrez la personne qui portait consciencieusement ses déchets, croyiez vous vers la prochaine poubelle, s’en débarrasser d’un geste sûr dans les buissons les plus proches, ou à défaut, dans le fossé.

Auckland

(Auckland fait partie de la Polynésie)
Ayant acheté une maison à Auckland, j’ai voulu cultiver mon jardin.
J’ai toujours entendu dire que la terre volcanique était très bonne et j’ai pu effectivement le constater. Dans l’île du Nord de la Nouvelle Zélande il y a des volcans, et surtout des sources chaudes un peu partout, mais Auckland est un “champ” de volcans. Pleins de petits volcans qui n’ont pas l’air très méchants, un peu comme dans le petit prince. Il doit en sortir un nouveau tous les 10 000 ans à peu près, le dernier est l’île de Rangitoto au milieu de la baie. Les premiers maoris ont dû le voir en activité car les dernières laves en sont sorties il y a 600 ans seulement. Plus que 9400 ans à attendre pour voir le prochain.
Le volcan à côté duquel j’habite est plus vieux que ça et j’espère qu’il ne va pas se réveiller… en tout cas, la terre de ses pentes est incroyablement bonne. Légère, ressuyant facilement, un amour de petite terre ! Par contre dès que j’ai commencé à creuser, j’y ai trouvé des détritus : pinces à linge (normal dans un jardin), clous, boulons, tissus, plastiques, aluminium, restes de tissus synthétiques mal identifiables, la liste serait longue à faire et je n’ai pas gardé les poubelles que j’ai remplies. J’ai par contre gardé l’aiguille de seringue qui s’est plantée dans mon pouce. Pour me soigner de cette piqure, on m’a fait une injection antitétanique. On m’a fait aussi une prise de sang pour le test du SIDA . Ce jour là ça m’a donc fait trois piqures en comptant celle dans le jardin !
Un an plus tard, quand je creuse au même endroit, il y a moins de saletés, mais il y en a toujours. Je ne sais pas si c’est seulement dans ce jardin mais ça pourrait bien être partout pareil ? Apparemment, beaucoup de gens laissent partir des objets dans leur jardin et ne s’en soucient plus. La terre avale les saletés. A charge des archéologues du futur de comprendre notre civilisation à partir de ce qu’il y trouveront.

La ville est sale, et la campagne ?

Oui, mais pensez vous : il a cherché que dans des endroits sales. Les fossés sont sales, c’est normal et son jardin doit être un ancien dépotoir domestique. Mais partout ailleurs ça doit être propre.
Je n’en suis pas si sûr. J’ai une troisième histoire à raconter.
J’ai eu l’occasion de travailler dans les vergers de Kiwis, le fleuron agricole de la Nouvelle Zélande. Ces vergers sont menés en “pergola” c’est à dire en treilles avec un impressionnant dispositif de filets brise-vents, de poteaux, de poutres et autres câbles et fils tendus pour soutenir ces lianes.
Jusqu’à récemment, les cultivateurs attachaient les jeunes pousses (pour ne pas qu’elle battent avec le vent ou bien pour les garder à la bonne hauteur pour la récolte ?) sur les fils de fer avec des petits rubans. Je suppose que cela représentait des milliers de nœuds à faire au printemps. Les rubans étaient fait d’un tissu synthétique, peut-être du recyclage ? Après la saison, ces petits rubans restaient un moment sur le fil avant de se retrouver de toutes façon dans la terre où ils finissaient par disparaître (?), en compagnie d’autres détritus comme les nombreux gants utilisés et abandonnés par les ouvriers quand ils sont troués (les gants pas les ouvriers).
De plus en plus, ce système de petits rubans est abandonné au profit d’attaches en plastique dur (polypropylène anti-UV). Je suppose que ces attaches sont posées avec une sorte d’agrafeuse ce qui fait gagner du temps. De même que les rubans, ces attaches restent ensuite sur le fil ou se détachent en même temps que les branches qu’on taille et finissent de toute façon par se retrouver par terre.
Ce sont donc des millions ou plus probablement des milliards d’attaches qui sont délibérément laissées dans la nature après une seule utilisation. Ces attaches plastiques sont certainement utilisées aussi dans les vergers “biologiques”.
Ça fait déjà longtemps que les plastiques sont utilisés en agriculture, notamment en maraichage. Je pense par exemple à la culture des asperges en Provence, qui voit les buttées recouvertes de beaux plastiques noirs tous les printemps. Mais théoriquement, ces rouleaux de plastiques sont destinés à être ramassés à la fin de la saison et pourraient théoriquement être recyclés.
Il paraît incroyable qu’à notre époque où le recyclage est encouragé partout, où le moindre récipient de jus de fruit porte la mention “jetez vos détritus dans une poubelle” (peut-être cyniquement ?), on puisse vendre de tels produits, destinés à finir leurs jours directement dans la terre agricole.

Références

  1. J’ai demandé pourquoi et on m’a dit “c’est pour pouvoir comparer”. En fait, si j’ai bien compris, au cas où j’attraperais le SIDA par la suite, on aurait ainsi pu comparer le nouveau prélèvement avec l’ancien pour s’assurer que l’aiguille était bien responsable de ma contamination.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s

%d bloggers like this: