Lévi-Strauss, ethnologue naïf ou quand la pensée sauvage devient de la botanique scabreuse


Que se passe-t-il quand on demande des noms de plantes à des “indigènes” (qui savent très bien qu’on ne parle pas leur langue…)


Table des matières

image empruntée au site de Jane Resture :http://www.janesoceania.com/tahiti_visit1/ et probablement tirée de l’atlas de Krusenstern (ou redessinée d’après une gravure de cet atlas par ?)

 

Au tout début d’un de ses livres les plus célèbres et probablement le plus snob : La pensée sauvage (le titre est un jeu de mot; CLS aimait les jeux de mots, même scatologiques comme en témoigne dans l’ouvrage même son rapprochement – à l’usage des potaches soi-disant – entre Titicaca et Popocatepetl…), Lévi-Strauss cite une anecdote racontée par Handy et Pukui (dans : The Polynesian Family System in Ka’u, Hawai’i) :
” Je me souviens encore de l’hilarité provoquée chez mes amis des îles Marquises … par l’intérêt (à leur yeux, pure sottise) témoigné par le botaniste de notre expédition de 1921 [Brown probablement ? SJ] envers les “mauvaises herbes” sans nom (“sans utilité”) qu’il recueillait, et dont il voulait savoir comment elles s’appelaient.”

Lévi-Strauss se sert de cet exemple dans un chapitre ou il montre les erreurs (CLS aimait bien montrer comment ses prédécesseurs s’étaient trompés) des premiers ethnologues, qui croyaient que les “primitifs” avaient des raisonnements disons-le : indigents…

Lévi-Strauss est distrait car il enchaine en parlant de l’indifférence attribuée par Handy aux Marquisiens à propos de ces plantes inutiles. Mais l’histoire de Handy ne paraît pas réellement, si vous la relisez, une histoire d’indifférence ! Etre plié en quatre, ce n’est pas vraiment de l’indifférence.

J’ai une autre explication : quelle que soit la culture, quand les gens rient, c’est qu’il y a quelque chose de drôle. Si dans une randonnée, vous avez un idiot qui ramasse toute les plantes, cela peut être vaguement bizarre, mais difficilement au point d’attraper le fou-rire. Cela risque plutôt de devenir ennuyeux.

Par contre si le même personnage, qui ne parle pas votre langue au fait, demande sans-cesse : “comment s’appelle cette plante, et celle-ci, et celle-là…” au bout d’un moment on peut découvrir un moyen assez simple et très efficace de rendre la situation comique, très comique même…

D’ailleurs même si toutes ces plantes ont un nom le marquisien moyen ne les connait pas forcément tous (certains noms sont probablement mieux connus par les femmes par exemple, mais la randonnée n’en compte pas…) et il est moins dévalorisant de dire un nom inventé que de dire qu’on n’en sait rien…

Il suffit donc de lui refiler toutes les insanités que l’on connait, avec le plus grand sérieux, disons au début, car la farce provoque rapidement l’esclaffade générale. Il faut être naïf pour ne pas s’apercevoir qu’il y a anguille sous roche, ou ne pas bien connaître l’humour polynésien.

En reprenant cette histoire très suspecte comme un fait typique de l’ethnologie, Lévi-Strauss s’est finalement montré lui-aussi très naïf.

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