Nom et verbe en français


Quelques observations sur des catégories pas si immuables
(Attention il y a à manger et à boire dans ce knol)
Dans les livres de grammaire, on rencontre souvent l’exemple, pris en tant que curiosité, des verbes “manger” et “boire” utilisés comme substantifs, comme dans l’expression “le manger et le boire” (qu’on a généralement perdus).Les grammairiens qui la citent en exemple croient distinguer dans cette utilisation une situation originale en français, qui comme les autres langues européennes distinguerait verbe et substantif.

nom-verbe-1-julesferry.istres

La vision grammaticale classique…remarquez le choix des homophones…

L’utilisation de cet exemple (le manger et le boire) est pourtant assez faible car il s’agit d’une locution toute faite. Ces apprentis linguistes (comme moi) ne semblent pas remarquer d’autres tournures de notre langue qui reflètent un phénomène productif (c’est à dire actif).

Découverte d’une “Tombe”

Un jour que je me promenais avec je-ne-sais-plus-qui au château d’Entrechaux, nous rencontrâmes un jeune garçon qui nous dit qu’il avait “trouvé une tombe”. L’ayant suivi un peu plus loin, la “tombe” se révéla être une ouverture qui donnait sur le vide, sur un à pic ! Le garçon avait dû entendre ce mot et l’intégrer à son vocabulaire avec le sens d’ “endroit où on tombe, où on peut tomber”. Un mot exprimant ce concept manque d’ailleurs en français (?).

Les linguistes se servent souvent des erreurs des enfants pour en inférer les mécanismes sous-jacents du langage…

Le rire

Si nous considérons le mot “rire”, on a là aussi un infinitif utilisé comme substantif. J’entends un chahut dans le fond de la salle, on me dit que dans le cas de “rire”, il s’agit de deux mots différents et qu’il ne faut pas confondre le verbe rire et le nom commun rire …

Ah bon, et qui a décidé que dans le cas de rire, il y avait deux mots et que dans le cas du manger et du boire,  il n’y avait pas de substantifs distincts, seulement les verbes utilisé comme tels ?

Du point de vue linguistique, si c’est la même forme prononcée, ce sont les mêmes morphèmes. Ce n’est pas la syntaxe qui fait le mot, ce sont les mots qui font la syntaxe. Si j’ai les deux phrases suivantes en français : “rire est bête” et “son rire est bête”, remarquez que le sens de rire dans l’une et l’autre ne sont pas si différents : tous les rires dans la première, un rire bien précisé dans la seconde… (naturellement un grammairien dira que le premier est un verbe tandis que le deuxième est un nom).

La lance, la pique et la hache

En anglais (qui est une langue de la même famille que la nôtre), on ne s’étonne pas de rencontrer sans cesse des mots qui peuvent être soit des verbes, soit des noms :
look
call
climb
like (qui est aussi un adverbe bien sûr)

quelquefois, la distinction est faite nettement toutefois:

live/life
see/sight

Cette grande similarité de morphologie n’est pas très étonnante en anglais puisque les mots sont très courts d’une part et que d’autre part cette langue s’est dépouillée de la plupart de ses flexions.

La chose se remarque moins en français et pourtant de nombreux noms n’y sont pas distinguables d’une forme verbale (autre que l’infinitif), la forme la plus courte du verbe :

une hache (comme dans “je hache”)
lance
pique
bague
terre
flotte
mire
sabre

marche

 

Conclusion

L’exemple d’une production originale par un enfant et la mise en lumière de formes très épurées de la langue, qui peuvent être vues comme nom ou comme verbe, montre que la séparation de ces deux fonctions est loin d’être aussi étanche que le voudraient les grammairiens.

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