Les atolls et presqu’atolls des Marquises (Un pavé dans le lagon)


Les Marquises sont souvent présentées aujourd’hui encore comme un archipel d’où les récifs coralliens sont typiquement absents. La réalité est différente.

La vulgarisation des images satellites a changé la donne pour l’étude géographique des îlots éloignés et d’abord dangereux…

Cet article ouvre également une fenêtre sur la grande variété géomorphologique des îles du Pacifique, difficile à représenter, donc à comprendre et à la nouvelle typologie qu’Emmanuel Bouniot et moi-même avons présentée au congrès PSI 2009 (et dont le compte-rendu se trouve dans un autre article de ce site).

Au cours de l’écriture du présent article en 2010, j’ai découvert une image satellite DigitalGlobe qui venait d’être acquise “montrant”, contrairement à toute attente étant donné la transparence habituelle de l’eau dans cet archipel, le récif submergé à 50 m de profondeur de Hatutu/Eaio . J’ai ainsi pur déterminer que le Motu Nao de Hatutu est une portion de récif barrière assez submergée, mais probablement active (coraux vivants).

Article écrit originellement dans Google/Knol à partir de janvier 2010.

Darwin, dont l’explication sur l’origine des atolls est célèbre, a visiblement aussi essayé de trouver une relation entre atolls, récifs barrières, récifs frangeants et position des volcans. Il porte les îles “Mendaña” comme un archipel sans récifs…[1]

Les Marquises, archipel de Polynésie française, 130 ans après la mort de Darwin, sont encore présentées un peu partout comme une région où les grands récifs sont typiquement absents [2][3][4][5][4][6][7][8].
Dans la première édition de la feuille de ‘Eiao de la carte géologique de la Polynésie française, on trouve les affirmations suivantes : “L’archipel des Marquises…. est constitué de huit îles principales…ainsi que de quelques îlots et monts sous-marins.” (p.11 et p.15). Le martèlement de cette information n’est pas suffisant et à la page 16 on lit : “Les atolls sont absents des Marquises….” (Guille 2009). Il est étonnant de voir cette information fausse reprise 9 ans et 16 ans après la publication de L’atlas de la Polynésie française par l’ORSTOM en 1993 !
En juillet 2013, je découvre encore cette page http://gepasud.upf.pf/les-iles-coralliennes.html datée de mai 2011 qui nous dit que “Au nord se trouve [sic] les Marquises avec ses 11 îles hautes, quasiment dépourvues de structures récifales, et son banc corallien submergé à peine apparent.”
Comme je l’ai déjà écrit, la réalité est différente. Mais commençons par étudier  un atoll “typique” :
mais oui, je suis au courant… cet atoll n’est pas aux Marquises !
Wikimedia a choisi cette même image d’Atafu pour illustrer le mot atoll. C’est un bon point de départ, mais on verra que l’atoll réel peut s’éloigner considérablement de ce modèle.
On se représente l’île typique du Pacifique tropical comme un atoll circulaire ou une île “haute” entourée d’un lagon. En réalité la diversité des formes, du point de vue géomorphologique, est très étonnante à tel point qu’une typologie est difficile.
Le problème est accentué par la littérature car, d’un côté,  les spécialistes des atolls ont tendance à se focaliser … sur les atolls et leur classification, tandis que du côté des îles hautes, on se retrouve avec moins de buzz les concernant malgré la diversité des formations qui les entourent.
Alors on schématise généralement la morphologie récifale de ces dernières en opposant – comme Darwin – récifs “frangeants”, c’est à dire soudés à la côte, d’une part et récifs “barrières”, qui se trouvent à une certaine distance de la côte, d’autre part. Il existe en réalité des cas intermédiaires.
Dans notre nouvelle typologie, nous avons développé aussi le contraste entre récifs barrières nus et ceux comportant des motu(s).
Il est quelquefois distingué une troisième catégorie d’îles : les presqu’atolls. On a compris depuis Darwin que les atolls sont le résultat de la submersion progressive d’anciennes îles [10], sur lesquelles les madrépores ont poussé et se maintiennent à la surface. Un presqu’atoll est donc une île entourée d’un lagon dans laquelle la partie montagneuse a “presque” totalement disparu. Le problème existentiel du presqu’atoll est ce “presque”…  si on ne range dans la catégorie que les îles ayant un reste de montagne (ou une presque montagne ?) de moins de 100 mètres de hauteur, on ne trouve dans le Pacifique que Clipperton (29 m) … mais Aitutaki, dont le “sommet” est à un peu plus de 120 m est déjà éliminée…

Le “rocher” (nom du morceau de basalte qui fait de Clipperton un presqu’atoll) est bien visible sur cette photo…

Au final, le principal défaut des classifications existantes est donc d’opposer les atolls aux îles hautes [11], en laissant une place étriquée aux presqu’atolls, catégorie difficile à peupler… C’est peut-être ce qui a conduit certains auteurs à inclure dans ces derniers des îles comme Maupiti (380 m) ou Borabora (727 m), qu’ils n’ont peut-être pas escaladées…(mais si on inclut Bora, pourquoi ne pas inclure Mangareva ?)

Nous avons tenté de remédier à cette lacune en proposant, avec Emmanuel Bouniot, une nouvelle classification assortie d’une typologie spécialement étudiée pour sa lisibilité, dans les deux sens du mot (symboles faciles à reconnaitre, possibilité de comprendre ce qu’on voit sans avoir sans cesse recours à la légende). Toutefois, une typologie définitive est réellement difficile : l’aspect présent d’une île n’étant finalement qu’un état anecdotique dépendant des caprices de l’isostatisme et de l’eustatisme.

Ce dernier constat ne peut d’ailleurs être atteint que si on dépasse la vision classique d’une île comme “ce qui dépasse de l’eau” pour arriver à voir une île (océanique) plutôt comme une montagne sous-marine qui crève un peu (beaucoup, à la folie, ou pas du tout) la surface. Ce dépassement n’est pas toujours acquis, comme on le verra, surtout en anglais, langue dans laquelle les auteurs se focalisent sur les “islands”, les “islets” émergés ou autres “cays”, “shoals” immergés, sans jamais voir apparemment l’ensemble de la structure.

Cette ancienne carte présente l’atoll de Suvarov comme un groupe d’îles, islands est un pluriel. Une idée qui paraîtrait bizarre en français.

Bien évidemment, notre classification a aussi ses lacunes. Par exemple elle ne prend pas en compte le problème posé par les îles ayant plusieurs îlots volcaniques dans le même lagon. Faut-il les considérer comme une seule île, comme on le fait généralement pour Bora bora (sans trait d’union messieurs de Wikipedia) ou bien comme plusieurs îles, comme on le fait pour “les” Gambier, ce qui leur procure du même coup le statut d’archipel (statut qu’elle n’ont cependant pas administrativement)…

La particularité des Marquises

Le voyageur qui découvre les Marquises se rend à peu près toujours à Nuku Hiva ou Hiva ‘Oa ou sur “une” de leurs satellites [12], dans les îles principales donc.

Là il jouira d’un paysage très différent de ce qu’on trouve en général dans des îles situées à cette latitude : pas de lagon, une mer souvent agitée qui bat directement les rivages accores, ceux-ci étant donc constitués principalement de falaises en dehors des baies (et souvent aussi dans une grande partie des dites baies)… des récifs frangeants assez limités se trouvent néanmoins à Taioha’e (chef-lieu, NH) ainsi que dans certaines petites baies, notamment à Tahuata ou Hiva ‘Oa, le plus étendu étant dans la baie d’Anaho (NH).

Certains articles [4] mentionnent une terrasse sous-marine mais je n’ai pas approfondi dans la direction de savoir dans quelles îles des dragages ont pu en remonter du corail [13]. Il n’en faut pas plus pour que les Marquises se trouvent qualifiées d’archipel sans récif. Comme “elles n’ont pas de récifs” il faut dès lors trouver une explication à cette absence. On recourt en général à la théorie des “remontées d’eau froide” : de l’eau froide (d’en dessous la thermocline, ou issue d’un courant) serait remontée en surface à une certaine époque et pendant un certain temps. Cela aurait empêché le corail de pousser, et voilà pourquoi votre fille est muette.

Une autre théorie est la remontée trop rapide de l’océan après la dernière glaciation. Muni de ces théories de la remontée d’eau froide ou de la remontée trop rapide, non seulement les Marquises n’ont pas de récifs, mais elle ne peuvent pas en avoir ! (sauf dans les baies protégées des remontées d’eau froide…)

Un pavé dans le lagon

L’atlas de la Polynésie française de l’ORSTOM (aujhourd’hui IRD) de 1993  est le point de départ de notre réflexion sur la classification, du moins une de ses pages. Sa planche sur la géomorphologie des îles est difficile à lire. C’est une bonne carte et elle a marqué un progrès net sur ce qui existait avant et sur un petit point précis, elle était avant-gardiste : l’île de Motu One aux Marquises y est classée comme un Atoll. On verra que c’est bien la vérité, mais incomplète [14], il y a d’autres atolls… et puis cette typologie est difficile à lire, voir l’extrait ci-dessous. Son principal défaut restant d’opposer îles hautes (triangles) et atolls (cercles)

Extrait de la planche 23 de l’atlas de la Polynésie française (ORSTOM 93). Remarquez l’atoll de Motu One (le petit rond vert)! Les autres îles des Marquises sont décrites comme “îles hautes à couronne récifale immergée”, on verra qu’il y a immersion et immersion…

La page de Wikipedia reconnait quant à elle à Motu One la qualité d’ “ancien atoll”. La page en français est, de son propre aveu, une traduction de la page en anglais mais cette mention d’atoll, ancien ou moderne, n’est pourtant pas présente dans la page en anglais, et pour cause, car cette langue n’emploie que rarement le terme [15] (on y trouve “coral reef”). L’hypothèse la plus probable est donc que notre Motu One se soit retrouvé qualifié d’ “ancien atoll” par le truchement de la traduction de la page en français, l’impétrant étant confronté à la nécessité de traduire “coral reef” [16] en ajoutant l’idée que c’est une île, idée absente  si on rend l’anglais par “récif de corail”. Le traducteur a apparemment ajouté aussi l’idée que les deux (?) motus étaient les “derniers à subsister”. Bizarre comme “traduction”.

D’une manière générale,  la géographie du Pacifique souffre de ces imprécisions terminologiques et toponymiques qui fait que l’océan est peuplé quelquefois de “bancs”, de “haut-fonds” et autres “récifs”, dont certains, on le verra, sont en réalité des atolls.

Le concept d’Atoll

Si on ne prend en compte  que la partie visible de l’atoll, on ne peut qu’arriver à une définition simpliste, comme celle de http://geography.about.com/od/geographyglossarya/Geography_Glossary_A.htm
qui ne connait d’ailleurs pas “motu”… (Definition: A circular coral reef that encloses a shallow lagoon. = Un récif de corail circulaire qui enclos un lagon peu profond, mais hum, le lagon il fait partie de l’atoll ou pas ?).

L’atoll classique

Un atoll est (ma définition) une structure “corallienne” (madréporique en réalité) en forme de tour qui se maintient à la surface (ou très près de la surface) de l’océan alors que la montagne qui en est le support a complètement disparu sous l’eau à cause de la subsidence (mais pouvant être retrouvée par forage et/ou sondage sismique… cf. Moururoa (ou Mururoa) dans laquelle plein de trous ont été faits pour rechercher la roche…). Cette structure comprend des parties :

– émergées en permanence (facultativement) : ilots coralliens plus ou moins consolidés, plus ou moins élevés et plus ou moins boisés :motu [17]; banc de sables – émergées par intermittences (facultativement) : partie périphériques des précédents, bancs, haut-fond et autres pinacles, hoa (communication intermittente entre le lagon et le large par dessus le platier) – submergées en permanence (à l’échelle historique) : le lagon, des parties plus ou moins individualisées du lagon, les passes ainsi que toutes les parties vues dans l’alinéa précédent. Les atolls, étant issus d’îles plus ou moins patatoïdes, ont eux-même une forme similaire mais souvent anguleuse, pas spécialement “circulaire”, la couronne (partie externe) encerclant plus ou moins complètement un lagon, sauf dans les atolls sans lagon ça va de soi… c’est qu’alors l’atoll est entièrement constitué d’un seul motu, ou bien que l’ensemble a été soulevé et que l’ancien lagon est à sec. Il est à noter que le lagon, partie submergée mais de moindre profondeur évidemment que le reste de l’océan, représente souvent la plus grande superficie, et de loin, du sommet de la structure. Encore une fois, on ne peut donc comprendre de quoi on parle, en fait d’atoll, que si on visualise une structure dans son ensemble, et non sa partie émergée seulement.

L’atoll soulevé

Comme son nom l’indique, un atoll soulevé est un “ancien” atoll classique [18] qui, soit à cause de la baisse du niveau marin par rapport à l’époque où il s’est formé, phénomène eustatique, soit plus fréquemment à cause de sa surélévation au dessus des flots, phénomène isostatique, fait que la structure émerge comme une tour. Le cas typique est l’île de Makatea, au nord-est de Tahiti et le mot “makatea” sert d’aileurs à désigner, pour les géographes, ce terrain très particulier formé par l’action de l’érosion sur le corail émergé, souvent truffé de grottes, qu’on rencontre de par le monde sur tous les terrains de corail soulevés… Certaines îles sont en fait des “presqu’atolls soulevés”. C’est à dire que l’île comprend une partie rocheuse centrale entourée par un makatea (c’est le cas de deux îles de l’archipel des Australes).

L’atoll immergé

C’est un atoll à part entière et de plein droit, car comme on l’a noté, car même dans un atoll classique la plus grande partie du “tout” est toujours immergée. Certains atolls bien connus sont de fait complètement immergés, comme le Beveridge reef de la république de Niue, un atoll typique (sauf pour les anglo-saxons, décidément réfractaires au concept, d’où son nom de “écueil Beveridge” en anglais) tel qu’il apparaît sur cette photo aérienne :

Le seul “problème existentiel” de cet atoll donc, est qu’il ne dépasse pas de la mer (les bateaux qui se sont échoués dessus, si…). On distingue très bien sa couronne continue (mais sans motu arboré ni même de banc de sable), la pente externe à l’extérieur de la ligne blanche (ce sont les vagues qui se brisent à la limite du platier), le large platier gris, la zone sableuse bleu turquoise qui descend en pente douce d’abord, puis par une brusque rupture  avec le lagon profond (le sable doit s’écouler ultimement par la passe). Le lagon s’ouvre à l’ouest (à gauche de l’image) par une passe bien visible (dans laquelle il y probablement un courant sortant dominant). Les parties qui entourent la passe ont un platier qui a un aspect différent.

En effet, pour des raisons de diffraction des vagues, c’est toujours là que les motus se forment en premier. Notre rédacteur de Wikipedia, axé sur la submersion, trouverait sans doute que cet atoll est en fin de vie et qu’il n’en “subsiste plus rien” (mais il n’y a pas de page en français en ce début 2010 sur cet atoll “pas cocorico”, contrairement à n’importe quelle commune bien née (la France est le pays ayant le plus de subdivisions administratives, et de pages Wikimedia afférentes).

Le site Seafriends au contraire, y voit comiquement un atoll encore tout jeune qui atteint à peine la surface (http://www.seafriends.org.nz/niue/geo.htm) : “Unlike Niue, Beveridge Reef does not emerge like a raised atoll. Its rim and lagoon are still being built by coral organisms that need to stay submerged in order to grow. This suggests that Beveridge Reef is rather young, from after the last ice age, as the waters rose to what they are now, some 14,000 years ago.

Avant Darwin, les atolls étaient vus comme des structures en croissance horizontale, un peu comme des ronds de fumée…. On pensait que les atolls ayant le plus grand diamètre étaient donc les plus vieux. Cette vue complètement dépassée persiste pourtant toujours dans de nombreux articles comme par exemple  http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_Christmas_(Kiribati)

Sous la pression des idées de Darwin, ou plutôt de ses successeurs (les remarques de votre serviteur), l’article a édulcoré son affirmation mais continue à dire que “C’est sans doute le plus grand et le plus vieil atoll du monde pour sa surface terrestre, même si le lien entre la taille et l’ancienneté, considéré comme évident par les scientifiques du xixe siècle, n’est qu’une théorie. “

Le presqu’atoll (et ses variantes)

Un presqu’atoll est donc une île haute, du moins ce qu’il en reste (1 ou plusieurs îlots ou rochers au milieu du lagon ou encastrés dans la couronne récifale) enchâssée dans un atoll. A noter que dans notre classification, le presqu’atoll n’est pas individualisé, mais classé parmi les îles-atolls.
Mais que se passe-t-il si :
– l’ensemble est soulevé  ? L’ancien atoll est alors transformé en Makatea qui englobe le reste basaltique. On peut parler de “presqu’atoll-soulevé” (Ra’ivavae)
– l’atoll est immergé  ? Deux cas se présentent : l’immersion est raisonnable, on pourrait parler de presqu’atoll à couronne submergée. L’immersion est profonde : pas de nom…

Le guyot

Guyot est un ancien terme qui désignait certains “haut-fond”.  Avant la connaissance approfondie des fonds sous-marins grâce à l’altimétrie satellite, les sondeurs capables de cartographier les grandes profondeurs etc. On s’était en effet rendu compte (comment ? peut-être par la possibilité de chaluter, ou par d’autres techniques de pêche ?) que certaines de ces montagnes ont un sommet à peu près plat. Ces montagnes sous-marines à sommet plat ont reçu le nom de guyots. On sait aujourd’hui que certains de ces guyots sont des atolls dont la construction récifale s’est arrêtée (pourquoi ? voir la théorie de l’endo-upwelling ) et que la subsidence a entraînés à une certaine profondeur. D’autres guyots pourraient être dus à l’érosion aérienne qui aurait aplati leur sommet (?), ce n’est pas le sujet de cet article…

LES MARQUISES :

L’atoll de Motu One

Le nom de “Motu One” (il n’y a pas de Motu Two, prononcez : “maux toux au nez”‘ !) n’est pas réellement un nom propre puisqu’il veut seulement dire “île (de) sable” en marquisien (en tahitien aussi d’ailleurs et c’est pourquoi il y a aussi un Motu One dans l’archipel de la Société, souvent appelé plutôt Bellinghausen.

Il y a probablement aussi de nombreux motu, au sens géographique, de Polynésie française qui portent ce nom….Autrement dit, ce ne sont pas vraiment des noms propres, plutôt des désignations toponymiques). La première fois que j’ai vu une image satellite de Motu One, j’ai compris que c’était un atoll et vous allez vous aussi grâce à cet article vivre la même expérience ! Sur place (j’étais là en 1993)  la couronne récifale submergée est également très caractéristique, mais on ne peut pas se rendre compte de la dimension de l’île.

Cette preview d’une image de Digital globe “acquise” en 2005 montre bien l’aspect d’atoll de Motu One. On distingue très bien des parties peu profondes du lagon…les rues de nuages indiquent la direction de l’alizé (est-sud-est)

En fait des informations similaires étaient disponibles depuis longtemps comme le montre cette photo prise d’une navette spatiale (celle qui a été lancée le 23 nov., mais je n’ai pas le nom du vaisseau, mystérieusement) en 1989, que je me suis permis de remettre à peu près en position conventionnelle, le nord en haut donc :

La photo est du 24 novembre exactement, à 10h26 locales….toutes les autres métadonnées (excepté le nom de la navette et du photographe) sont disponibles ici : http://eol.jsc.nasa.gov (on peut trouver aussi des images sur http://www.nasaimages.org)

Elle situe bien la position et surtout la dimension de l’atoll, à droite, par rapport aux îles hautes de ‘Eiao et de Hatutu, à gauche. Les curieuses traînées en bleu foncé au nord-ouest de ‘Eiao et de Hatutu sont probablement un “sillage atmosphérique”, car on remarque que leur orientation correspond à celle des rues de nuages, cela expliquerait pourquoi l’atoll en est dépourvu (pas d’altitude). Compte tenu de l’heure locale (hauteur du soleil ; 75°) il ne peut s’agir de leur ombre (mauvaise longueur et direction). Elle sont visibles aussi sur la photo suivante de la mission (non présentée ici). Une photo aérienne de 2009 du Motu (au sens géographique) de Motu One est apparue dans Panoramio. Elle nous donne une vue extraordinaire du lagon à proximité du banc de sable :

Des formes foncées, qu’on pourrait prendre pour de la végétation, peuvent être distinguées sur le pourtour du banc de sable sur cette imagette – que j’ai admirée pendant un quart d’heure avant de m’apercevoir que l’image de 7 Mo était disponible à condition de cliquer dessus ! L’examen de la photo en vraie grandeur (cliquez dessus vous aussi !) montre qu’il s’agit en réalité de corail nu (obsolète : des photos de terrain communiquées par Jean-françois Butaud révèlent qu’il s’agit de beach rock). Curieusement, alors qu’il a “géolocalisé” ses deux photos de ‘Eiao et sa photo de Hatutu sur Google Earth, l’auteur de cette vue aérienne n’a pas fait le même travail pour celle-ci ????

Une autre photo de Motu One, très probablement prise en hélico ou gardian, est apparue courant 2010 …) (http://www.panoramio.com/photo/31221384)

L’atoll submergé du banc Clark

Il n’y pas grand chose à ajouter à cette image caractéristique d’un atoll submergé, qui est situé plein nord de ‘Ua Huka (les ondulations que l’on observe ne sont pas des structures mais dues à la réfraction de la houle à l’intérieur du lagon, on dirait même un système d’ondes stationnaires ?).

Extrait de l’image 10300100075EAA00 traité par saturation de couleur

Entre l’atoll Clark et l’atoll Motu One se trouvent encore deux “bancs” (non nommés sur toutes les cartes, le plus à l’est porterait le nom de banc Jean Goguel) qui seront sans aucun doute visibles sur des images futures, selon les conditions de mer et d’éclairement, mais surtout de transparence de l’eau, souvent piètres aux Marquises. Ces édifices sont reliés à celui de Motu One par des cols situés à – 500~600 m. Ce sont très certainement des atolls ennoyés mais leur submersion plus importante a probablement rendu le corail à une profondeur où il ne pousse plus ?

Le presqu’atoll de Hatu Iti

Hatu Iti, quelquefois appelés aussi “les deux frères” sont ces îlots visibles au large de Nuku Hiva depuis sa partie ouest, où se trouve l’aéroport de “terre déserte”. Les images satellites révèlent que ces deux îlots se trouvent en fait au centre d’un atoll submergé. Voici l’image du 20 avril 2005 telle que vous pouvez la visualiser sur Google Earth :

La forme de l’affleurement et les dessins internes sont typiques d’un atoll ! Le platier en forme de bande ou “couronne” est bien visible à l’est surtout. D’après sa couleur, on voit que l’îlot principal est volcanique, ce qui fait de Hatu Iti un presqu’atoll mais  l’îlot blanc qui le jouxte est peut-être du corail soulevé (témoin d’un niveau eustatique ou isostatique plus élevé) à moins que cette couleur blanche ne soit due qu’au guano, les deux îlots sont entourés par des fonds un peu plus prononcés … une passe est esquissée vers l’ouest-sud-ouest, peu profonde mais avec un courant bien marqué qui se manifeste par des reflets argentés.

Un traitement de l’image (sous photofiltre pas shop !) fait ressortir les zones de différentes profondeurs.

Internet ne propose aucune photo de Hatu Iti (à part la mienne), mais seulement l’adresse de son club de bridge : http://www.mathsfaciles.com/fr/cours-bridge-oj_tahiti-987_hatu-iti-98796_1-v.html
(une photo est aussi apparue courant 2010 sur Panoramio : http://www.panoramio.com/photo/31221390). Mais en s’adressant à la bonne personne, on peut trouver aujourd’hui une photo de n’importe quel endroit du monde en cinq minutes…
En surface, on n'a pas vraiment l'impression de se trouver sur un atoll... cette photo confirme que l'îlot le plus petit doit seulement sa couleur au guano. (photo X. Curvat, Centre de plongée des Marquises)

En surface, on n’a pas vraiment l’impression de se trouver sur un atoll… cette photo confirme que l’îlot le plus petit doit bien sa couleur au guano. (photo X. Curvat, Centre de plongée des Marquises) Là encore, on aurait pu s’apercevoir depuis longtemps de sa nature d’atoll (ou presqu’atoll) mais à l’époque, se procurer des images satellites n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui  (surtout en restant chez soi) :

L’image date de juin 1983, mais pas de jour ?! Nuku Hiva est à droite, Hatu Iti à gauche avec sa couronne récifale très bien visible, les métadonnées consignées par la NASA évoquent curieusement un “sillage”, pourtant peu visible; de NH au lieu de remarquer l’atoll entourant Hatuiti…

A quelques encablures à l’ouest de Hatu iti se trouve le banc Lawson. En tant que banc bien élevé, il a le bon goût de n’avoir point de partie émergée. Compte tenu de sa forme sur la carte marine, c’est très certainement un atoll submergé et je suis à la recherche d’images le concernant … (voir la mise à jour ci-dessous) de même pour le “Motukua”, un peu plus au nord, à mi-chemin de ‘Eiao…en continuant dans la même direction après ‘Eiao, on arrive au banc Hinakura, toujours un atoll putatif. Au sud de Hatu iti se trouvent également deux bancs peu profonds… à surveiller.

L’atoll submergé du Banc Lawson (atoll Lawson)

Le “Banc Lawson” est une structure située à l’ouest de la précédente, je viens (décembre 2010) de trouver une image qui paraît montrer que ce “banc” est lui-aussi en réalité un atoll avec une surface importante située probablement à moins de 10 m de la surface :

Cet extrait de l’image DigitalGlobe 101001000A729C05 du 15 octobre 2009 a été légèrement traité et montre l’affleurement de l’atoll en dessous et à droite du centre de l’image, avec une emprise d’une dizaine de km. Bien sûr cette image  n’apporte qu’une ‘information encore insuffisante, mais l’étendue de l’affleurement, ainsi que son fort albedo suffisent à établir de façon extrêmement probable la présence d’un atoll.

J’ai découvert en juin 2014 une meilleure image, du 15 novembre 2013. En voici l’extrait concernant l’atoll Lawson :

atoll Lawson

L’image a été traitée pour amoindrir les artefacts dûs à trois capteurs défaillants ainsi que pour accentuer le “relief”. On distingue très bien les platiers externes, des formations internes au lagon. En bas à droite, la formation blanche groupée est un petit nuage, par contre la formation linéaire semble une zone de déferlement des vagues, cohérente avec une houle sud-est et indiquant du corail à moins de 5 m de la surface probablement !

Le presqu’atoll de Fatu ‘Uku

Fatu ‘uku (presque toujours nommée à tort Fatu “Huku” par confusion de l’occlusive glottale avec le h aspiré; Hatu ‘uku par contre est aussi un nom correct, car les Marquises ont plusieurs dialectes) se trouve au nord de Hiva ‘oa, je m’y suis arrêté en 94 (je crois) en navigant de Hanateku’ua vers ‘Ua Huka… un examen de l’image satellite est beaucoup plus reposant que la navigation au pied de ses falaises et autres rivages peu accueillants… La vue suivante montre immédiatement que l’on a affaire à une structure atollienne [19]) :

L’image est encore plus spectaculaire que celle de Hatu iti. Il s’agit en réalité de deux images qu’on peut réunir dans GE, celle du 9 août 2005 dans la partie gauche et celle du 17 nov dans la partie droite…des petits nuages nous cachent le sommet de l’île mais bien sûr, nous sommes là pour regarder surtout dans l’eau…

Cette image est d’une telle qualité et d’une telle lisibilité qu’il n’y a guère de doute possible, un enfant de 5 ans pourrait voir que l’île est entourée d’un atoll, autrement dit que c’est un presqu’atoll avec des platiers bien vivants et clairement dessinés, encore une fois surtout vers l’est (le corail est toujours plus actif quand il est exposé à la houle). La passe vers l’ouest est très bien dessinée avec des zones profonde auxquelles nous sommes déjà habitués le long du roc. Je pense qu’il serait inutile d’en proposer une version rehaussée…

La carte de Bonzon

Reproduite dans le mémoire de Jean-Louis Teikiheetaioa Candelot : “FATU HUKU, et autres îles et îlots oubliés, mythiques ou disparus de l’archipel des îles Marquises, Polynésie Française” (01/04//2 000) cette petite carte est le résultat des relevés effectués en 1955 par le Lieutenant Bonzon. En passant il faut reconnaitre à Candelot le mérite d’employer le mot “atoll” à propos de Motu One. Jean-Louis qui avait sûrement appris l’existence de cette carte par sa connaissance du milieu de la Marine, est mort en 2015 et est enterré à Ua Pou, son île chérie.

On voit les parcours des sondages qui ont été effectués et la reconstitution pénible de la structure sous-jacente (dont l’appréhension d’ensemble et la nature nous est si facile sur la vue satellite !). Il semble que cette mission ait loupé le récif sud (peut-être tout simplement parce qu’il n’était pas signalé auparavant et que le travail s’est concentré là où il y avait déjà des choses signalées). La carte marine moderne (7355b) est à peine plus détaillée.

Scannage et annotations de J-L. Candelot. Là encore on aurait pu s’apercevoir de la même chose dès 1983 si les photos avaient été plus divulguées :

Cette image de la même série que celle de Nuku Hiva (le jour de la prise de vue manque là encore!) et qui est disponible en haute résolution sur le site de la NASA montre clairement tout le groupe sud des Marquises : Hiva ‘oa, Tahuata, Mohotani, Fatu Iva. Maintenant si vous regardez au dessus de Hiva ‘oa, vous verrez clairement le presqu’atoll de Fatu ‘uku, c’est encore plus beau avec la pleine résolution..Malheureusement Motu Nao n’est pas visible (pourquoi ?)

Le presqu’atoll de Motu Nao

“Motu naʻo” veut simplement dire l’île – noyée/coulée – en marquisien. Elle se trouve à 35 km environ au vent de Fatu Iva et a un point qui émerge, de 4 m paraît-il à marée basse (marnage de 2 m environ aux Marquises, contrairement à Tahiti). Il y a d’ailleurs un autre banc qui porte aussi ce nom près de Hatutu, on y reviendra. Voici une image issue de chez Digitalglobe. J’ai recadré l’image et je l’ai traitée pour mieux faire apparaître les différentes profondeurs. Elle reste très nettement inférieure aux précédentes, mais ne désespérons pas, ce n’est qu’une question de temps car les satellites tournent en permanence et emmagasinent de la donnée, à laquelle nous accéderons un jour…. :

Le petit point blanc, c’est le rocher qui émerge; comme on l’a déjà vu, le roc est caractéristiquement entouré d’une zone plus profonde. Le “rocher Thomasset” n’est malheureusement pas distinguable sur les photos de la navette, même en haute résolution.

Sur une autre image Digitalglobe, le rocher de Motu Nao “raye” la surface de la mer, en réalité c’est le courant bien sûr qui bouge vers l’ouest, pas le roche qui se déplace vers l’est… Je n’ai pour le moment trouvé aucune photo “sur le vif” du Rocher Thomasset, le fait est que les nombreux voiliers qui arrivent d’Amérique et qui touchent terre à Fatu Iva évitent en fait soigneusement de passer dans les parages. Il est possible que le rocher soit blanc de guano, les images montrant toujours une forte réflectivité (mais cela pourrait aussi être dû à la houle…). A l’est et au nord-est de Motu nao se trouvent deux autres bancs éloignés qui “pourraient” être visibles avec de bonnes conditions (météo, état de la mer et transparence de l’eau, éclairement et inclinaison de la prise de vue) … à condition que les satellites veuillent bien leur accorder quelque attention…

 

(en 2012 son auteur m’a signalé une photo aérienne de Motu Nao ici : http://www.panoramio.com/photo/74795649#c63394446)

 

L’autre “Motu naʻo”

Il existe en effet un autre Motu nao. Cela s’explique parce que ce n’est pas réellement un nom propre (pas plus que Motu one) mais plutôt une désignation : île noyée (ou coulée) [20]. Il s’agit d’un haut fond situé au sud de Hatutu.

Sur cette vue dans Google Earth dans laquelle j’ai fait apparaître l’ancienne image du 26 décembre 2006, le motu nao d’Hatutu est clairement visible dans la gauche de l’image comme une bande orientée Nord-est/sud-ouest. Sa dimension est de trois km de long et 400 m de large environ. L’île de Hatutu est visible en haut de l’image, séparée de 1,5 km du banc.

Sa forme rectiligne n’est pas très évocatrice. Cela pourrait être soit un haut-fond rocheux représentant une partie du volcan de Hatutu, bien que la géométrie ne corresponde pas trop à la position supposée du reste du cratère, soit un haut-fond corallien mais qui serait posé sur quel édifice ? Il serait intéressant que des plongeurs nous disent ce qu’ils voient… (avec photos SVP). Mise à jour : la forme ÉTAIT évocatrice, la réponse a été donnée par une image satellite de juillet 2010, voir tout en bas de cet article.

Différentes théories concernant les Marquises

L’effondrement catastrophique de Fatu ‘uku

En se fondant sur les descriptions et cartes de différents navigateurs, Candelot (op. cit.) émet l’hypothèse d’un changement drastique de la physionomie de FU à l’époque historique, possiblement un effondrement de la plus grande partie de l’île ou au moins de “gros” morceaux…
La présence de récifs vivants sur le pourtour de l’atoll rend très invraisemblable la possibilité d’un changement catastrophique récent dans lequel l’île haute avant-effondrement aurait pu occuper toute la surface de l’atoll (cette extension de l’île A existé et se trouve sous la base du corail, mais ne pouvait être émergée en 1774). Les différences de description selon les époques sont, selon moi, à attribuer à une observation lointaine de l’île sans approche et encore moins de circumnavigation. (Les témoignages “indigènes” sont aussi à prendre avec des pincettes, que ce soit en dehors de l’eau ou sous l’eau). Cependant il n’est pas impossible que :
– différents navigateurs aient pu observer des “rochers” qui ne sont plus là et qui ont pu être des blocs de corail aujourd’hui sous l’eau, soit des blocs de corail “soulevé” comme à ‘Eiao, ‘Ua Huka notamment(Butaud m’a signalé une présence aussi à Nuku Hiva) , soit des dalles de corail propulsées sur le platier par les cyclones (?). Ces “rochers” ont pu alternivement être des motu avec de la végétation ?
– des effondrements concernant la roche actuelle, historiques et localisés, aient pu changer notablement la physionomie d’ensemble. La présence de “piscines” dans le lagon (et/ou à la pointe nord) pourrait matérialiser l’ancienne présence de rocs émergés (?) et aussi receler leurs débris. Si c’est le cas on pourra retrouver un jour les restes de ces effondrements en plongée.

Le plateau sous-marin des îles principales

On sait que les îles principales, dépourvues de récif barrière actif, sont entourées d’un plateau sous-marin, depuis longtemps repéré par sonar.  La carte de l’ORSTOM montrée plus haut souligne bien ce fait dans sa classification. Cela est aussi parfaitement visible sur les cartes marines, le plateau sous-marin de Nuku Hiva par exemple est en moyenne à 70 et quelques mètres sous la surface. Le plateau similaire de ‘Ua Huka est plutôt vers 40 à 50 m (mais ces cartes auraient pu montrer des artefacts : n’importe quel changement de couleur à une profondeur arbitraire va en effet entourer toute île d’une zone circulaire sur la carte).
L’article qui a révélé ces structures fut “Le récif barrière ennoyé des Iles marquises et l’effet d’île par endo-upwelling de Francis ROUGERIE, Bruno WAUTHYet Jacques RANCHER [22]. Leur théorie attribue ces structures ennoyées à la “mort” des anciens récifs barrières entourant ces îles par l’action, à la fin de la glaciation, des refroidissements marins dus à la fonte des glaces au même moment ou le niveau océanique remontait à toute allure. En réalité, l’existence comme je viens de le montrer, de récifs aussi généralisés aux Marquises, dont beaucoup parfaitement actifs et à fleur d’eau rend cette hypothèse très difficile à maintenir. Comment se fait-il que les auteurs n’aient pas attribué justement la mort de ces récifs à l’arrêt de la pompe géothermique pompe (ou “effet de mèche”), dans les îles concernées, mécanisme qui est le cœur de leur théorie ?
De fait, leur théorie, exprimée auparavant dans un article de La Recherche en juillet 1990, comprend bien cette option, mais s’ils ne l’ont pas employée, c’est probablement qu’elle aurait posé le problème d’expliquer l’arrêt quasi simultané de l’effet de mèche dans des îles aux âges si différents dans les trois parties de l’archipel, mais qui ont des terrasses aux mêmes profondeurs…..
Au final, les atolls voisins n’étaient pas connus (ou pris en compte) par ces auteurs mais il est certain que, s’il l’avaient été, alors même avec l’aide d’un géothermisme actif dans certaines îles et stoppé dans d’autres, la théorie de  l’Endo-upwelling aurait eu encore plus de mal à expliquer la répartition bizarre des récifs vivants/affleurants et morts/ennoyés aux Marquises….

Le plateau sous-marin de ʻEiao-Hatutu

Etant donné qu’aux Marquises, l’océan est le plus souvent peu transparent, pas question de voir normalement le fond à plus de 10-15 m, dans les meilleures conditions.
Mais la télédétection réserve toujours des surprises à qui a la patience de regarder attentivement les images. Le 14 décembre 2010 j’ai découvert que le récif immergé de Hatutu-Eiao était visible sur l’image digitalGlobe 10300100063A7300 du 30 juillet précédent ! Le contour est très typique d’un récif et les conditions ont dues être exceptionnelles ce jour là (fort courant [23] ?) pour rendre visible le corail à la profondeur de 50 à 60 m ! Le “motu naʻo” est presque toujours visible sur les images mais il n’est qu’à une dizaine de mètres de profondeur.
Une hypothèse alternative serait que ce que nous voyons ci-dessus n’est pas réellement LE récif mais une “empreinte”, un fantôme : le récif sous-jacent, à la faveur d’un arrêt du courant au contraire, pourrait quelquefois colorer les eaux qui le surmontent jusqu’à proximité de la surface. En effet j’ai découvert en mai 2012 que l’image du 24 décembre 2011 montre une répartition similaire de la coloration, avec certaines parties qui recoupent la présence du récif sur la carte et l’image du 30 juillet 2010 tandis que dans d’autres parties de l’image la coloration semble “être emportée” par le courant (???).

Une grosse surprise, regardez bien !

Extrait de la même image traité pour faire ressortir les différences de couleur

En regardant cette image, on comprend mieux que le Motu Nao de Hatutu (“l’amibe phosphorescente” de l’image) n’est en fait qu’une section plus haute que les autres de la couronne récifale. On peut maintenant parler du presqu’atoll ennoyé de Eiao-Hatutu (et imaginer que pendant la dernière glaciation, ces deux îles trônaient au sein du même lagon).
Alors, comment expliquer qu’une partie de la couronne (le “motu nao”) soit plus haute de 40 m que le reste du récif ? J’émets l’hypothèse que cette partie du récif pourrait, à un moment donné, être la seule à avoir pu “suivre” le rythme d’une subsidence rapide.
L’image montre bien que ce haut-fond se comporte maintenant comme un micro-atoll, avec les coraux les plus actifs (donc les plus près de la surface) à sa périphérie, y compris du côté intérieur du lagon.

Jeux d’isostatisme

Mais le problème central, déjà évoqué, est de comprendre pourquoi dans certaines îles marquisiennes les récifs sont “à fleur d’eau” (disons dans les dix premiers mètres) alors que les récifs d’îles voisines sont plutôt dans les 50 à 80 m de profondeur. On ne peut éviter de remarquer que les îles hautes paraissent associées aux récifs profonds tandis que les presqu’atolls ou atolls tendent à être plus près de la surface. C’est justement cet état de fait qui a déformé notre vision de l’archipel, les grandes îles étant bien plus visitées et étudiées que les rochers isolés, les “bancs” ou autres “haut-fonds”.
On sait qu’immédiatement après l’édification d’un volcan au dessus d’un point chaud on a une période de subsidence rapide de l’édifice par déformation du fond océanique, à cause du poids ajouté et de la flexibilité (relative) de la croûte. Ce poinçonnement de la croûte peut d’ailleurs abaisser les îles déjà construites et situées dans son entourage immédiat (Tetiaroa est dans le fossé flexural de Tahiti) ou au contraire les surélever si elles se situent, un peu plus loin, au niveau d’un ressaut/bourrelet (Makatea est sur le bourrelet flexural de Tahiti) dû au reste de rigidité du plancher océanique.
Par la suite, le nouvel édifice parvient à un équilibre isostatique et le rythme de subsidence, due à l’épaississement et à l’accroissement en densité de la plaque, devient le même que pour ses voisins, d’autant que la plaque en se refroidissant, devient de plus en plus rigide. Autrement dit, à partir d’un certain temps, tous les monts descendent à la même vitesse, et leur hauteurs relatives ne peuvent plus changer.
Mon hypothèse : un ramollissement secondaire de la croûte (par réchauffage [24]) après que la subsidence a abaissé toutes les îles d’une certaine hauteur pourrait avoir eu comme effet un rééquilibrage isostatique : plus les îles émergées descendent avec la subsidence, plus leur différence relative de poids augmente, compte tenu d’un volume immergé de plus en plus grand et d’un volume émergé de plus en plus petit. Autrement dit, je suppose qu’une île qui a encore une partie émergée reste plus pesante, en terme de pression au niveau du fond océanique, qu’une île ayant atteint le stade atoll ou presqu’atoll. Au terme de ce rééquilibrage, les îles les plus hautes se seraient abaissées par rapport au îles les plus basses.

1 deux îles sont édifiées contemporainement par un point chaud. Elles ont une dimension comparable au dessus du fond, dans l’absolu donc, mais si on considère leur partie émergée seulement, alors une des deux îles est deux fois plus élevée que l’autre !

2 l’enfoncement hydrostatique (lithostatique) rapide de la plaque est plus marqué sous l’édifice le plus grand.
3 La construction récifale intervient et la subsidence fait du plus petit volcan un atoll. A ce stade la plaque s’est refroidie et la subsidence est équivalente pour tous les édifices, grands ou petits.
4 un réchauffement de la plaque provoque un rééquilibrage lithostatique du fait de la nouvelle situation : le volcan le plus massif, qui a conservé une partie émergée, connait un nouvel épisode d’enfoncement rapide qui ennoie ses récifs (tandis que l’atoll évolue normalement en compensant la subsidence pour rester en surface).
Au final les îles “restant” hautes ont un récif ennoyé mais sont environnées d’atolls avec des récifs en surface,
Ce mécanisme n’expliquerait pas la présence d’atoll profonds. Pour ceux là, on a peut-être “besoin” de plusieurs explications (rééquilibrage isostatique + arrêt de l’endo-upwelling)… mais il pourrait être responsable de la répartition curieuse de récifs marquisiens, affleurant dans les atolls et les îles très basses, ennoyés dans les îles hautes. Dans le cas ou plusieurs sommets volcaniques appartiennent au même édifice, il est clair que le rééquilibrage lithostatique sera collectif.

Avec le recul… (juin 2014)

Avec le recul, la théorie du rééquilibrage isostatique reste intéressante pour expliquer que les récifs entourant toutes les grandes îles sont profondément immergés (EI/HT 60m, NH 70 m, UH 55m, UP 60 m, HO/TH 60m,  FI 80 m) et pourquoi les presqu’atolls de Hatu Iti, de Fatu ‘Uku et de Motu Nao ont au contraire leurs récifs à peine submergés. En revanche cette théorie peine à expliquer pourquoi les atolls et guyots sont à des profondeurs apparemment aléatoires :

Ainsi Motu One, entrainé par la proximité de ‘Eiao/Hatutu devrait être plus enfoncé que la moyenne des atolls voisins or c’est le contraire, il est le seul atoll de l’archipel à émerger, par contre il est au voisinage de deux anciens atolls (dont le banc Goguel) qui sont maintenant à 40 m de profondeur. Un peu plus loin l’atoll Clark (banc) est à nouveau en subsurface, à moins de 10 m ???

Une solution à ce paradoxe pourrait être de conserver la théorie du rééquilibrage isostatique pour les grandes îles hautes. Leur “descente” brusque au moment de ce rééquilibrage serait la cause de leurs récifs morts immergés.

En ce qui concerne les petites îles, presqu’atolls, atolls et guyots, un autre facteur se serait ajouté : l’effet de mèche ou endo-upwelling ou sa cessation. Ceux dont le flux de chaleur interne serait resté suffisant seraient aujourd’hui en surface tandis que ceux qui traîneraient à quelque profondeur ou profondément immergés seraient ceux dont l’effet de mèche se serait ralenti ou arrêté ne permettant plus au récif de compenser la subsidence et/ou les changements eustatiques.

Par ailleurs, si on admettait que plusieurs îles, comme le banc Meihano, sont à la profondeur où elles sont à cause d’un manque de géothermie, le rééquilibrage isostatique des Marquises pourrait parallèlement être attribué plutôt au fait d’avoir QUITTE la région de l’ancien point chaud (ou bien que ce point chaud se soit éteint) plutôt que du passage sur une région réchauffée, comme je l’avais écrit primitivement. L’absence de localisation effective d’un point chaud actif aux Marquises est d’ailleurs aussi plus cohérent avec cette nouvelle analyse.

C’est au moment où le point chaud se serait éteint que les îles les plus hautes, encore très émergées, se seraient enfoncée toutes simultanément et brusquement d’une soixantaine de mètres au moment où le bombement aurait disparu tandis que les îles moins massives s’enfonçaient plus doucement et moins profondément, certaines perdant toutefois à cette occasion leur “alimentation” géothermique.

Le cas du motu nao de Hatutu pourrait être expliqué par la présence isolée d’une circulationgéothermique particulièrement active qui aurait sauvé cette partie du récif de l’ennoiement en lui permettant de rester dans la compétition grâce à une activité constructrice exacerbée ?

Quelques cartes qui continuent à ne pas s’apercevoir (août 2011) de l’existence de grands récifs aux Marquises…

Références

  1. Bien sûr, compte tenu de l’époque, on ne peut pas reprocher à Darwin cette absence de données. On verra à la fin de cet article que des cartes bien plus modernes font toujours l’impasse sur la présence de récifs étendus aux Marquises. En revanche, cette carte nous informe sur l’ambition du travail de Darwin, caractéristique de sa puissance mentale : il n’est pas seulement en train de répertorier où sont les archipels coralliens dans le Pacifique, il est en train de se demander pourquoi ils sont là. Souvent dépeint comme le père de la théorie moderne de la formation des atolls, Darwin n’a expliqué en réalité que la composante verticale de cette formation. Comment savoir s’il n’a pas “entrevu” la dimension horizontale de la subsidence, matérialisée par la succession d’îles de plus en plus “enfoncées” d’Est en Ouest, mais sans avoir osé en parler ?  Il est vrai que l’indice ultime de l’origine unique des alignements issus d’un point chaud, le volcan lui-même, est presque partout invisible car sous-marin…
  2. de fait l’idée qu’il y a “un” atoll aux Marquises commence péniblement à se vulgariser, voir : http://www.polynesiepassion.net/site/articles.php?lng=fr&pg=116 ou http://www.geo.fr/voyages/guides-de-voyage/oceanie/polynesie-francaise peut-être depuis que la présentation sur le site du Haut-Commissariat l’a mentionné. En effet lors de mon passage au service communication en 2009, on m’a demandé de réécrire toute la présentation générale de la Polynésie française, parfois assez approximative (de mémoire : la religion “hébreuse”, l’île de “Tetiaora”…)
  3. J’emploie “récif” au sens propre (et probablement historique) de récif corallien, pas au sens d’ écueil comme on le trouve quelquefois, peut-être parce qu’il est pris à tort comme la traduction de l’anglais “reef” qui n’est pourtant pas le même mot.
  4. http://www.ecologie.gouv.fr/Etat-des-milieux-en-Polynesie.html : “Sur les îles de l’archipel des Marquises, les constructions coralliennes sont peu développées, et seuls existent quelques petits récifs frangeants.”
  5. – Les récifs noyés des Marquises = The drowned reef of the Marquises Islands Auteur(s) / Author(s) PAGES J. ; Résumé / Abstract “La température, les éléments nutritifs et la lumière ne sont pas les responsables de l’absence de récifs coralliens aux Marquises. Il existe une formation récifale sous-marine. Cela serait imputable aux ères glaciaires qui auraient empêché les coraux morts de repousser”
  6. Bulletin de la Société des études océaniennes ISSN 0373-8957 C. R. Acad. Sci. Paris, t. 315, Série II, p. 677-682, 1992 677 Océanographie physique/Physical Oceanography Le récif barrière ennoyé des Iles marquises et l’effet d’île par endo-upwelling “When compared with other tropical islands of the central and western Pacific which are surrounded by outcropping barrier reefs, the high islands of Marquesas Archipelago lack any thick coral building. The absence of a barrier reef has drawn the attention of several authors ([l], [2], [3]). They assert that regional oceanic properties would be unpropitious to massive coral settlement.” l] W. DAVIS, Am. Geogr. Soc., 9, 1928, 596 p. [2] G. RANSON, C. R. Soinm. Soc. Biogéogr., 248, 1952, p. 3-11. [3] J. P. CHEVALIER, Cahiers du Pacifique, 21, 1978, p. 243-283
  7. “Les archipels sont très différents : îles hautes à différents stades d’évolution et atolls dans l’archipel de la Société, atolls dans l’archipel des Tuamotu, récifs et atolls des Gambier ou des Australes. Seules les Marquises n’ont pas de récifs coralliens vraiment développés et le milieu récifal y est très particulier.” http://www.environnement.pf/spip.php?rubrique42 (mars 2010)
  8. Status of coral reefs in french polynesia, Claude E. Payri & Fabienne Bourdelin, laboratoire d’écologie marine, Université Française du Pacifique, Tahiti (2004 ? document non daté) : “Motu One (Hot de sable (sic)). Cay situated on a volcanic plug, with no vegetation. Consists of sand and its formation regularly changes; fringing reef; The only coral island in the Marquesas: to the east of the islet is a large stand of Hydrolithon (Porolithon) and calcareous algae considered unique in French Polynesia; Chelonya mydas nesting area.” On remarque que les auteurs n’emploient pas le terme “atoll”, pourtant utilisé extensivement pour les Tuamotus (y compris pour Makatea) ??? Motu One serait apparemment le seul “cay” situé sur un “volcanic plug” de toute la PF http://nsgl.gso.uri.edu/hawau/hawauw97001/hawauw97001_part2.pdf  ; On a aussi le document “the status of coral reef habitats in the insular south and east Pacific” de Maragos et Payri (1997), où on lit “the Marquesas to the north east (which lack coral reef development)”………
  9. “Hoa” : terme des langues polynésiennes qui désigne un platier corralien nu suceptible d’être recouvert d’eau lors de fortes houles, par opposition aux “motu”. Employé par les géographes francophones (sans être entré encore dans les faits dans le vocabulaire international). Employé toutefois par DAVID R. STODDART’ AND F. RAYMOND FOSBERG dans THE HOA OF HULL ATOLL AND THE PROBLEM OF HOA (disponible sur internet voir lien) qui hésitent eux aussi d’ailleurs à mettre hoa au pluriel… c’est un peu l’inconvénient de ces motu et ces hoa…. The hoa of Hull atoll and the problem of hoa
  10. La vision de Darwin est une performance incroyable de l’intelligence, manifestée chez un jeune homme de vingt et quelques années qui n’avait jamais voyagé auparavant. Tous les navigateurs qui avaient vu un atoll avant lui avaient pensé que ceux-ci s’accroissaient comme des ronds de fumée (on retrouve parfois cette idée matérialisée par l’affirmation que tel atoll est le plus ancien). En somme les navigateurs d’avant Darwin n’ont pas vu le lien avec les îles entourées de récifs. La théorie de Darwin est cependant très incomplète au moment où il l’exprime : – il n’a aucun mécanisme à proposer pour l’enfoncement des îles sous la mer. – il ne voit pas la dimension “horizontale” du phénomène, qui fait que les atolls se trouve à l’extrémité d’un alignement tandis que l’autre est occupé par des îles encore jeunes. Les théories de l’époque n’envisagaient évidemment pas un mouvement horizontal de l’écorce terrestre (ou alors il le voit mais se tait pour ne pas aggraver son cas…) Les citations qui font référence à Darwin comme auteur de la théorie font souvent le raccourci depuis sa théorie jusqu’à la théorie moderne sans détecter, ou du moins exprimer, la nuance, comme : http://www.com.univ-mrs.fr/IRD/atollpol/irdpoly/geogra.htm : “Selon Darwin (1842), les atolls sont le résultat d’une série évolutive, comme il apparaît sur le graphique ci-dessous. Théorie confortée un siècle plus tard par celle de la tectonique des plaques ainsi que par des forages effectués aux îles Marshall et dans les Tuamotu de l’est.”
  11. Cette opposition mentale a pu “contaminer” la pensée du lexicologue du tahitien Yves Lemaitre quand il a proposé comme définition du mot “fenua” : la terre émergée d’une île haute. De nombreux motu (au sens géographique) des atolls ont en effet des noms en “fenua”.
  12. Des navigateurs arrivent par Fatu Iva, voire par Eiao, mais ils s’attardent rarement du côté de Motu Nao ou de Motu One, des endroits à éviter en fait, pour un voilier…
  13. Les missions de dragage dont j’ai entendu parler cherchaient apparemment plutôt du basalte.
  14. Et nous le savons.
  15. Le terme existe certes en anglais, ainsi que celui de motu cf. note 13. En fait il a même peut-être existé en anglais AVANT le français si c’est bien Darwin (comme Wikipedia le propose ?) qu’il l’a introduit. Mais le fait est que les anglophones, y compris les chercheurs ne l’emploient que très peu (ou pas du tout : http://www.oceandots.com/indian/scott-seringapatam/). Quand il est employé, leur peu de confiance dans le mot est souvent révélé par l’emploi de l’expression “coral atoll” (atoll de corail) comme dans le lien proposé ou “atoll like” (http://www.oceandots.com/indian/rowley-shoals/). Se pourrait-il que le terme soit finalement gênant en anglais, pour la même mauvaise assonance que le prénom écossais “Athol” si vous voyez ce que je veux dire ? Maintenant, pn peut dire la même chose (peu d’utilisation) du terme géographique “motu”, auquel est généralement préféré dans cette langue : coral islet, mais qui est souvent décrit comme “island”. Ainsi sur la page Wikipedia concernant Rangiroa, cette entité est bien décrite comme un atoll, mais celui-ci est composé de “250 islands, islets and sandbars”… une source évidente de confusion. De même Elugelab, le motu d’Eniwetak sur lequel se produisit la première explosion thermonucléaire américain est qualifié d’île de cet atoll sur Wikipedia. Un autre facteur qui empêche l’atoll d’exister en anglais est qu’il tend à être vu comme seulement une sorte de récif de corail… Ici, http://en.wikipedia.org/wiki/Atoll un atoll est défini comme une île qui entoure un lagon. Là http://en.wikipedia.org/wiki/Coral_reef on parle de récif atoll (Atoll reef) comm un type de récif parmi d’autres.. Par ailleurs, il semble qu’en anglais “l’île” reste désespérément ce qui est émergé, il n’y a pas la vision sous-marine qui est pourtant indispensable à la compréhension de l’île océanique. http://en.wikipedia.org/wiki/Woleai
  16. dont on ne peut avoir de définition sur la page en anglais car les deux termes sont munis de liens séparés…
  17. http://science.jrank.org/pages/48226/tropical-landforms.html
  18. Ancien si on fait référence à l’époque où la structure a été construite….
  19. (pourquoi me gêner, ça fait un moment que ça me démangeait. Je parle du néologisme : atollien). Euh, il est employé par Caroline Rufin-Soler dans sa thèse de 2004, bien essayé… http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00409568/
  20. Si quelqu’un vous parle d’une “rue en pente” dans une ville, vous vous attendez à ce qu’il y ait possiblement plusieurs “rues en pente”, c’est une dénomination, pas un nom propre.
  21. Je donne la distance en Km, au cas ou vous vouliez y aller à la nage. C’est vrai qu’en mer, on mesure plus souvent les distances en nautiques (80 km = grosso modo 50 nautiques). Si vous voulez continuer jusqu’au volcan sous-marin MacDonald, suivez la même direction, vous avez fait presque un quart du chemin….
  22. C. R. Acad. Sci. Paris, t. 315, Série II, p. 677-682, 1992 677 Océanographie physique/Pliysical Oceurzograpliy (sic : Physical Oceanography)
  23.  N’oublions pas que pour que cette structure soit visible la lumière a dû faire deux fois le chemin à travers les 50 m d’eau. Cela suggère la question suivante : si la lumière peut pénétrer de temps en temps à cette profondeur, pourrait-il y avoir certaines espèces de corail encore vivantes ?
  24. Ceci est cohérent avec la rémanence du volcanisme, justement rappelé par Candelot : soufrière de HO, dégagement de CO2 dans les fosses creusées dans différents villages (avec des habitants asphyxiés en chaîne à chaque fois).

21 commentaires

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  1. JP

    Bonjour,
    merci pour ce très intéressant article. Il me semble qu’un autre phénomène, peut-être conjoint à cette hypothèse de subsidence différentielle, pourrait expliquer le fait que les récifs coralliens des îles hautes n’ont pas pu suivre le rythme de la remontée des eaux, lors de la dernière déglaciation, alors que ceux des îles basses, presqu’atolls et atolls préexistants ont, eux, pu suivre (plus ou moins) ce rythme : c’est l’influence relative des apports terrigènes, notamment des apports en sédiments, qui sont globalement néfastes à la croissances des coraux et algues calcaires. Or, ces apports sont forcément d’autant plus importants que les parties émergées des îles sont volumineuses.

    • stefjourdan

      Bonjour et merci. Je suis très content déjà que vous “admettiez” ma nouvelle description. Elle bouscule la routine pour sûr… Au niveau de ma théorie/hypothèse explicative, elle ne prétend certes pas tout remplacer. Elle peut s’accommoder sans problème de corrections diverses et/où de cas particuliers. Si on prend l’exemple de Eiao/hatutu et de leur récif ennoyé commun, si celui-ci avait été “tué” brusquement (sauf Motu Nao) par des apports terrigènes massifs, est-ce qu’on ne devrait pas les retrouver au niveau de la bathymétrie fine et des dragages, au lieu d’avoir un lagon plat et calcaire, on remonterait ces sédiments et on aurait (un peu) de la pente, on verrait des “remblais” ? Mais c’est vrai que s’il avait été seulement “ralenti” (le récif) à répétition jusqu’à perdre la course eustatique, on ne retrouverait aucune preuve (sauf à faire des carottes ???); Par ailleurs je ne perds pas de vue que ma propre théorie a un gros besoin de validation. Merci encore de votre intervention.

    • stefjourdan

      Bonsoir. Après réflexion, j’ai trouvé que les observations suivantes pourraient départager nos deux hypothèses, disons celle qui a dominé : les cartes bathymétriques montrent qu’il existent à peu près tous les intermédiaires possibles entre deux îles complètement séparées, au niveau de leurs édifices, et deux îles complètement réunies sur le même socle. Si on admet votre théorie, cette indépendance des édifices ne devrait pas jouer du tout sur la mort et l’immersion des récifs barrières, seulement affectés par la taille de l’île enclose et de l’érosion conséquente au moment de la montée du niveau marin. Dans le cas de mon hypothèse au contraire, il est évident que le rééquilibrage isostatique ne pourrait avoir lieu complètement librement que pour des îles complètement séparées au niveau de leur socle, les îles liées ne pouvant au mieux présenter qu’un basculement du côté de la plus “lourde”. On devrait donc observer des guyots ou des atolls plus “enfoncés” à proximité des îles hautes ou autour des presqu’atolls et des atolls “libres” plus affleurants…. Si je reprends le cas Eiao/hatutu, deux îles au même socle qui étaient encloses dans le même récif barrière, il est clair que la survie d’une partie vivante (Motu nao) du récif barrière sur l’île la plus petite des deux va dans le sens de votre théorie, mais ce motu nao est un phénomène très isolé et très localisé bien sûr, difficile d’en tirer des lois générales.

  2. Lucien Montaggioni

    Il est effectivement dommage que les recherches géologiques sur les récifs coralliens submergés des Marquises n’aient portées que sur ceux des iles hautes. Mais les conclusions présentées par Cabioch et ses co-auteurs restent cependant valides. La présence d’atolls ou presqu’atolls submergés ou sub-émergeants à des profondeurs variables (quelques mètres à dizaines de mètres) montrent que les populations coralliennes qui ont pu être alors florissantes sur ces sites, n’ont pu, à un moment donné, compenser la vitesse de remontée du niveau de la mer (comparer la vitesse d’environ 7 à 10 mm/an entre – 10 000 et environ – 7 000 ans, époque à laquelle le niveau marin a commencé à se stabiliser autour de sa position actuelle, avec la vitesse moyenne “standard” d’édification d’un récif corallien d’environ 5 mm/an dans le Pacifique central) et ont donc fini par être immergées. Cela laisse à penser que les vitesse de croissance des récifs dans l’ensemble des Marquises, devaient être inférieures à 5 mm/an lors de la transgression marine. Cette immersion généralisée des récifs coralliens est donc commune aux îles hautes et aux bancs coralliens. C’est un phénomène à dimension régionale. Par ailleurs, n’oublions pas qu’il y a 20 000 ans le niveau marin, était environ 120 m sous le niveau actuel, et donc que ces atolls et presqu’atolls étaient alors des îles à part entières dont les sommets occupaient des altitudes variables. La remontée progressive des eaux les a tout naturellement laissées à des profondeurs variables. L’épaisseur des revêtements coralliens sur ces “sommets” doit être probablement faible, de l’ordre du mètre (?), ne modifiant que très superficiellement les reliefs antérieurs.
    Enfin, s’agissant des remontées d’eaux froides, hypothèse avancée pour expliquer la mort ou la perte de vitalité des populations coralliennes récentes aux Marquises, il faut dire que la remontée rapide du niveau marin depuis la dernière glaciation, s’est accompagnée, dans de nombreuses régions tropicales, de celle d’eaux froides, plus profondes, riches en éléments nutritifs (upwellings), toutes conditions défavorables à la croissance des coraux. La présence de récifs submergés ou sub-émergeants en bordure de continents ou sur les pentes insulaires est un phénomène courant, pour ne pas dire, banal. L’originalité des Marquises réside dans le fait , que, contrairement à la plupart des régions tropicales où des récifs se sont installés à fleur d’eau, formant barrière (comme, par exemple, dans les îles de la Société), on y constate actuellement un faible développement de récifs actifs et florissants. L’hypothèse de l’influence d’upwellings a été avancée pour expliquer cette particularité, sans, il faut l’avouer, aucune preuve directe. La discussion reste donc ouverte.

    • stefjourdan

      Bonjour et merci de vous intéresser à mon article. Je répondrai à votre intervention en plusieurs séquences : “Il est effectivement dommage que les recherches géologiques sur les récifs coralliens submergés des Marquises n’aient portées que sur ceux des iles hautes. Mais les conclusions présentées par Cabioch et ses co-auteurs restent cependant valides” A ma connaissance, Cabioch et al. SONT allés sur plusieurs atolls lors de la campagne en question. Je pense qu’ils ont fait plusieurs constatations, hypothèses. Je ne les ai pas toutes en mémoire, je ne crois pas avoir attaqué l’ensemble de leur conclusions, d’ailleurs mon article n’est pas axé sur leur travail spécialement. Par contre si je me souviens bien, leur dossier se termine sur une question : le besoin d’une nouvelle théorie pour expliquer certaines choses…. Si je lis bien : Causes of the drowning (work in progress)
      – The development of these reef formations has probably been disrupted by rapid sea
      level rise due to ice melting pulses
      and / or alternatively by other yet unidentified causes

      • stefjourdan

        En relisant la présentation “reef depositional events” (VOTRE présentation) qui m’avait été signalée par “EDT” (pas l’électricité de Tahiti, mais Erwan…) je m’aperçois que cette mission n’a visité que Eiao, Nuku Hiva et Hiva ‘Oa/Tahuata. Je ne sais pas pourquoi j’avais compris qu’elle s’était rendue au banck Clark et ailleurs… Tout s’explique donc. Je ne sais pas qui a fait le plan de navigation, mais en visitant seulement des îles qui ont des récifs ennoyés, la mission est restée prisonnière de ses propre barrières (non récifales). Désolé.

    • stefjourdan

      La présence d’atolls ou presqu’atolls submergés ou sub-émergeants à des profondeurs variables (quelques mètres à dizaines de mètres) montrent que les populations coralliennes qui ont pu être alors florissantes sur ces sites, n’ont pu, à un moment donné, compenser la vitesse de remontée du niveau de la mer (comparer la vitesse d’environ 7 à 10 mm/an entre – 10 000 et environ – 7 000 ans, époque à laquelle le niveau marin a commencé à se stabiliser autour de sa position actuelle, avec la vitesse moyenne “standard” d’édification d’un récif corallien d’environ 5 mm/an dans le Pacifique central) et ont donc fini par être immergées. Cela laisse à penser que les vitesse de croissance des récifs dans l’ensemble des Marquises, devaient être inférieures à 5 mm/an lors de la transgression marine.” Je pense au contraire que ces atolls (et je réfute votre sub-émergé, qui mélange les formations de surface et les formations profondes) ont parfaitement compensé ce changement eustatique. Leur situation actuelle n’est guère différente de celle du récif barrière de la côte Est de Tahiti dont on ne suppose pas qu’il a été largué par cette remontée. La théorie du larguage par la vitesse de remontée s’appliquerait au récif FRANCHEMENT submergés, pas aux atolls affleurants… si tant est qu’elle s’applique d’ailleurs, car comme je le montre (ou comme j’essaie) elle a été inventée par des gens qui ignoraient ou négligeaient l’information donnée par les atolls voisins.

    • stefjourdan

      Cette immersion généralisée des récifs coralliens est donc commune aux îles hautes et aux bancs coralliens. C’est un phénomène à dimension régionale.” NON, vous n’avez pas lu mon article avec attention, ou bien vous ne voulez pas entendre ce qui est dedans. Je démontre le contraire : les îles hautes (prises comme représentatives de l’archipel depuis des décennies) ONT des récifs profondément submergés et morts. Les atolls sont émergés (Motu One), ou affleurants et bien vivants.

    • stefjourdan

      Par ailleurs, n’oublions pas qu’il y a 20 000 ans le niveau marin, était environ 120 m sous le niveau actuel, et donc que ces atolls et presqu’atolls étaient alors des îles à part entières dont les sommets occupaient des altitudes variables.” Même si le niveau marin n’était pas remonté, toutes ces îles ont subi et subissent toujours la subsidence d’1mm par an environ et avaient donc toutes une position supérieure à l’actuelle de l’ordre 200 m il y 20000 ans, juste avant la remontée.Toutefois toutes n’étaient pas forcément des îles hautes, si c’est ce que vous voulez dire, certains des atolls pouvant avoir déjà atteint le stade atoll à cette époque.
      La remontée progressive des eaux les a tout naturellement laissées à des profondeurs variables.” Absolument, c’est un phénomène eustatique qui n’a rien de secret, mon article ne le contredis pas je crois.
      L’épaisseur des revêtements coralliens sur ces “sommets” doit être probablement faible, de l’ordre du mètre (?), ne modifiant que très superficiellement les reliefs antérieurs.” Hein ? vous vous avancez beaucoup. Sans carottage, ou sondage sismique, on ne peut pas savoir quelle épaisseur a un récif. Épaisseur qui ne doit pas être la même partout, Motu One par exemple est une formation de l’ordre de 20 km d’étendue, il doit y avoir un endroit où la roche est plus près de la surface de l’atoll, c’est sûr, mais à un mètre de profondeur, vous plaisantez;, ce n’est pas de la science, c’est du spiritisme. De même pour Motu Nao, qui a un roc émergé, mais une plateforme affleurante décakilométrique, vous croyez qu’il y a un mètre d’épaisseur de corail sur un plateau rocheux qui est juste sous la surface ?

    • stefjourdan

      “Enfin, s’agissant des remontées d’eaux froides, hypothèse avancée pour expliquer la mort ou la perte de vitalité des populations coralliennes récentes aux Marquises, il faut dire que la remontée rapide du niveau marin depuis la dernière glaciation, s’est accompagnée, dans de nombreuses régions tropicales, de celle d’eaux froides, plus profondes, riches en éléments nutritifs (upwellings), toutes conditions défavorables à la croissance des coraux.” Je n’ai rien contre les remontées d’eaux froides en général où vous voulez. Aux Marquises, cette théorie a été avancée pour expliquer la mort des récifs qui entourent les îles hautes, et leur relégation en profondeur par subsidence+remontée eustatique. Y compris curieusement par les inventeurs de l’endo-upwelling, qu’on aurait plus vus expliquer ça par l’arrêt de l’effet de mèche (suite au déplacement de l’archipel dans une région moins active par exemple).
      Mais une fois de plus, ces auteurs étaient prisonniers du “y’a pas de corail au Marquises”. Ils ignoraient, ou négligeaient, la présence d’atolls nombreux et vivants (car les Marquises n’ont pas de récifs bien sûr, etc.)
      “L’originalité des Marquises réside dans le fait , que, contrairement à la plupart des régions tropicales où des récifs se sont installés à fleur d’eau, formant barrière (comme, par exemple, dans les îles de la Société), on y constate actuellement un faible développement de récifs actifs et florissants”. Faux, mon article montre que c’est une légende, une illusion auto-alimentée. L’originalité des Marquises, c’est qu’il y a des îles hautes entourées de récifs mort ennoyés (les seules prises en compte dans la description habituelle) ET des atolls/presqu’atolls, nombreux, puissants, et qui sont tout le contraire d’un “faible développement” (mais desservis par leur situation excentrée, par la toponymie qui les qualifie de “bancs”, et surtout par la tradition scientifique).
      Mon article révèle cette situation, explique ses causes (comme je le souligne, l’ORSTOM a quand même compté un atoll dans son atlas, mais c’est vrai qu’il “fallait le voir”. Nous avons remédié à ce problème carto avec mon collègue Emmanuel Bouniot ici : http://wp.me/P28xXN-am) et je propose finalement une théorie explicative très darwinienne d’ailleurs, à partir d’éléments déjà existants : isostatisme individuel d’un édifice, refroidissement/épaississement de la plaque, zones de réchauffement du manteau…)

  3. EDT

    Un lien intéressant sur les anciens récifs marquisiens:

    http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0025322708001461

    • stefjourdan

      Merci pour ce lien. Je ferai déjà quelques remarques 1 la toponymie est “à la traîne”, “Fatu Hiva” est une erreur répétée à l’infini. “Motane” n’est pas très bon non plus, probablement juste une déformation (oui je sais ce n’est pas un article de toponymie, mais il faut être exigeant). 2 Je suis loin d’être un spécialiste des coraux, donc je ne suis pas à même d’apprécier à leur juste valeur la qualité, probablement la nouveauté de ces données. Je pense que les terrasses coralliennes étaient connues, mais peu échantillonnées (les dragueurs géologues devaient peut-être foutre les bouts de corail qu’ils remontaient à la flotte, intéressés qu’ils étaient uniquement par les basaltes, non je blague…) et non décrites à cette échelle. Donc cet article doit donner des infos précieuses sur les différents épisodes de construction coralliennes depuis et avant la dernière glaciation. 3 Sans aller plus loin que le résumé, il est clair que les auteurs se placent dans le contexte d’un ennoiement de ces récifs par une montée brusque du niveau de la mer, eustatique. Comme je l’avance dans le présent article, les théories qui tentent d’expliquer pourquoi les récifs sont ennoyés autour des îles “principales” ne tiennent pas la route si elles ne peuvent expliquer aussi la présence des atolls et presqu’atolls “actifs” (qui sont juste à côté mais qui ne sont pas visités).

      • EDT

        Votre article est intéressant puisqu’il souligne que l’on connait très peu de choses sur ces Marquises, qui ont la chance d’être isolées du monde, du tourisme de masse, des ravages de la mondialisation et qui ont donc conservé leur authenticité et bien des mystères.
        Les données sont assez limitées et peu d’équipes ont travaillé / travaillent dessus.

        – Les variations du niveau marin sont une réalité, et ce à une échelle mondiale.
        http://geochemistry.usask.ca/bill/courses/International%20Field%20Studies/Sea%20level.pdf
        Est ce un facteur explicatif dans le cas des Marquises? Je n’ai malheureusement pas de connaissances suffisantes en géol pour discuter de votre théorie.

        – Vous n’évoquez pas l’âge des iles, ce qui est dommage! Cet article peut vous intéresser:
        http://www.ipgp.fr/~clouard/full_pdf/clouard_gsa2005.pdf
        – La carte du SHOM (http://data.shom.fr/) référence les récifs dont vous parlez (cochez dans l’onglet cartographie l’option Assemblage des cartes marines RasterMarine)….mais surtout reportent les isobathes et donc les profondeurs auxquelles on peut les trouver.

        Si wikipedia est une mine d’information, tout un chacun peut créer un page et la rédaction d’un contenu n’est pas validée par qui que ce soit: il ne faut donc jamais se contenter de cette source d’infos mais surtout ne pas se gausser des erreurs que l’on peut relever. Vous connaissez d’ailleurs peut être cette anecdote :
        http://www.laviemoderne.net/lames-de-fond/009-comment-j-ai-pourri-le-web.html

        Pour l’article de Cabioch, j’ai retrouvé une de ses présentations, il évoque dans sa dernière diapo:
        «Causes ofthe drowning (work in progress)
        – The development of these reef formations has probably been disrupted by rapid sea
        level rise due to ice melting pulses
        AND /OR alternatively by other yet unidentified causes »
        ( http://webistem.com/psi2009/output_directory/cd1/Data/articles/000308.pdf)

        – Enfin, une campagne a été organisée récemment en 2011 pour explorer ces iles.
        http://wwz.ifremer.fr/institut/Les-ressources-documentaires/Medias/Communiques-de-presse/Archives/2011/Campagne-aux-Marquises
        J’ai eu la chance de participer au leg 1, pour travailler sur les “espèces” marquisiennes.
        Les scientifiques du leg 2 se sont intéressé au corail. Vous pourriez les contacter, ou discuter avec les responsables de la mission qui seront sur Brest (si vous êtes dans le coin) la semaine prochaine pour la projection d’un film réalisé sur la campagne:
        http://www.aires-marines.fr/Evenements/Projection-Le-tresor-sous-marin-des-iles-Marquises
        Cordialement,
        E.

      • stefjourdan

        Merci de ces commentaires (je me demande pourquoi, mais il a fallu que je l'”approuve” alors que jusqu’à présent les commentaires s’approuvaient tous seuls ?) et merci d’avoir dit que mon article était intéressant. Il l’est pour deux raisons : il donne une nouvelle vision de l’archipel, qui n’est plus un “archipel d’îles hautes” seulement et ensuite parce qu’il propose un mécanisme pour l’ “évolution” différente des récifs sur les îles hautes et les atolls.

        Vous avez mal compris, je n’ai pas nié et je ne conteste pas les variations de niveau marin, j’ai dit que ces variations devraient affecter toutes les îles de l’archipel de la même manière. Donc si on explique l’ennoiement “définitif” d’un récif à NH (par exemple) par une montée soudaine (lors de la déglaciation par exemple) de l’océan, comment se fait-il qu’il y ait juste à côté des îlots dont le récif n’a pas été ennoyé(À moins que les atolls/presqu’atolls aient aussi des récifs ennoyés, sur leur pente externe ???). Mon article explique que la recherche s’est focalisé sur les îles hautes et que les atolls/presqu’atolls marquisiens sont restés ignorés, ce qui ne paraît pas “grave” à première vue, mais permet dans un second temps l’établissement d’hypothèses hasardeuses (comme celle bien connue des “remontées d’eaux froides”).

        Je connais l’âge des îles et je l’évoque dans mon article, je pense, quand je dis : “De fait, leur théorie, exprimée auparavant dans un article de La Recherche en juillet 1990, comprend bien cette option, mais s’ils ne l’ont pas employée, c’est probablement qu’elle aurait posé le problème d’expliquer l’arrêt quasi simultané de l’effet de mèche dans des îles aux âges si différents dans les trois parties de l’archipel, mais qui ont des terrasses aux mêmes profondeurs…..” (même profondeur “à la louche” bien sûr, je ne suis pas spécialiste de la profondeur des terrasses, et il appert maintenant qu’il y a différentes terrasses…). Je n’ai pas lu ce Clouard là, sauf erreur, mais j’en ai lu d’autres, et je connais bien cette théorie des points chauds (qu’on a d’ailleurs du mal à appliquer complètement aux Marquises, mais passons)

        Je connais très bien les cartes du SHOM puisque j’ai participé de près à leur “préparation électronique” en vue de la publication sur le site SIG Te Fenua. Même avec une bonne connaissance des cartes, l’information est difficile à interpréter. C’est là que l’accès généralisé aux images spatiales prend le relais. Elles m’ont permis de comprendre ce qu’était en réalité le Motu Nao de Hatutu et de voir l’atoll autour du Motu Nao de Fatu Iva la carte marine donne l’impression d’un pic).

        En somme vous m’avez proposé des lectures de débutant, je crois que vous n’avez pas bien estimé le recul et la documentation qui ont été nécessaire à la rédaction de cet article.

        Je ne vois pas pourquoi vous parlez de Wikipedia, si j’ai cité Wikipedia dans l’article (cela peut m’arriver, je n’ai pas tout relu) ce n’est probablement pas pour en parler comme d’une source toujours validée, ce n’est pas ma pratique. Par contre, se gausser des erreurs que j’y relève, on est bien obligé, car dans 99% des cas vouloir discuter un point vous amènera à une interminable discussion avec le petit chef qui est “propriétaire” dans la pratique, de sa page et ne voudra jamais en démordre.

        AHHHH ok, le Cabioch, c’était ça, eh bien merci, il est récent apparemment et je ne l’avais pas. Depuis le début je croyais que c’était en rapport avec le papier de Samadi.

        “AND /OR alternatively by other yet unidentified causes »” très bien, mais moi je voyais pas ça, je n’ai accédé pour le moment qu’au résumé. D’ailleurs merci pour le lien, je vais le lire (c’est peut-être un truc que j’ai déjà lu, je dois vérifier). Eh bien l’autre cause non-identifiée, je la propose dans cet article : “un réajustement isostatique dû à un réchauffement crustal”. D’ailleurs, je vais les contacter derechef, juste un peu bizarre que ces chercheurs ne mettent pas leur email dans le papier …je ne vois pas la date non plus ? (j’ai compris après que c’était juste une présentation casuelle) Par contre je ne suis pas à Brest mais dans une région au climat comparable… jusqu’à cet été brûlant que nous connaissons en NZ. Dommage j’aurais bien vu le film…il sera peut-être publié un jour. Après lecture et assimilation des infos contenues dans cette présentation, je crois que ma théorie pourrait toujours expliquer ces multiples récifs ennoyés, au lieu d’un. Il suffirait d’admettre plusieurs rééquilibrages isostatiques, suite à plusieurs ramollissements/réchauffements.

        Rassurez vous, moi aussi j’ai travaillé sur les espèces marquisiennes, j’ai d’ailleurs découvert une espèce d’Ixora qui porte mon nom… donc au niveau pratique, en tant que naturaliste, je “travaille” avec des espèces. Mais quand je mets ma casquette de philosophe/épistémologue de l’évolution (désolé si je pède) je n’y “crois” plus et j’ai cherché à analyser leur histoire/genèse, et ma conclusion est qu’il s’agit d’une illusion perceptive.

        En ce qui concerne la campagne Pakaihi te moana, je n’étais pas au courant. La carte utilisée par l’Ifremer pour ce communiqué est très mauvaise, ils devraient s’adresser à un spécialiste de la toponymie (moi par exemple) ou au moins corriger les erreurs manifestes en regardant de bonnes cartes. Alors comme ça vous êtes allés au Banc Clark, au Motu Nao. Je suis preneur de belles photos…et à votre disposition si un jour le rapport final veut publier des cartes décentes.

      • stefjourdan

        Bonjour, j’avais eu l’occasion de faire un feed-back à la plupart de vos suggestions mais je m’étais seulement étonné de votre allusion à Wikipedia, sans aller voir le lien, dont j’avais estimé qu’il devait s’agir d’un contenu expliquant que tout n’était pas forcément vrai sur Wikipedia (idée dont une personne hautement sceptique comme moi n’a plus besoin depuis longtemps, hum, toujours cette pédance). Mais finalement, comme j’ai aussi le défaut d’être méticuleux et j’y suis allé voir… le très bien écrit et très amusant article de “Loys”.

        Je commencerai quand même par dire qu’il lui a sans doute fallu pas mal de naïveté pour attendre de curieuses coïncidences dans ses copies pour soupçonner de la tricherie. Personnellement, quand ma fille m’a ramené un jour en 6ème le texte de sa classe qui avait gagné le concours de poésie, j’ai vu immédiatement (et vérifié peu après) que l’élève avait effectivement “pompé” son truc sur internet, et refilé sa “création” moyennant quelques judicieux changements à un prof apparemment totalement innocent. En fait de naïveté, avoir attendu cette situation de petite triche dans un concours pour s’apercevoir que le système éducatif n’était pas réellement décidé à détecter les fraudes ou à punir quoi que ce soit m’étonne un peu, à moins que ce prof soit un débutant (?).

        A partir de là, l’idée de monter un traquenard est amusante, il parle d’ expérience pédagogique”, je pense qu’effectivement il y a un procédé expérimental, mais je ne vois pas ce qu’il a de pédagogique, ou alors sa naïveté dépasse encore tout ce que j’avais pu imaginer.

        J’ai retrouvé des modifications qu’il avait faites à la page W, vite repérées comme “Vandalisme excessif” (sic) par un rédacteur/pion qui déclare la page “A protégé” (sic) sans retrouver la partie à laquelle il fait allusion. Je trouve un peu étonnant qu’il n’ait pas pris soin de garder les adresses des forums sur lesquels il serait intervenus et qui auraient “disparu dans les abysses du web ou ne sont plus référencées.” Ce genre de disparition n’existe tout simplement pas, le web garde tout AMHA.

        On en arrive à son “corrigé”, qu’il déclare : “lamentable” et “absurde”. Pour ma part, à part deux ou trois fautes introduites volontairement (mais pas plus significatives que celle dans l’article lui-même : “Le date de composition du poème est inconnue,”) ce texte ressemble beaucoup à ce que je me rappelle des analyses stupides qui encombrent TOUS les bons livres de français scolaires. Le nom de la belle dame est très bien trouvé mais en même temps très vraisemblable, le travail des élèves n’étant pas de se méfier des gens qui ont un nom ridicule, comme De Gaulle, Pompidou, Napoléon, Rabelais et tant d’autres.

        Cela ne m’étonne donc pas que les sites qui font profession de vendre ce genre de commentaires n’aient pas détecté la différence, j’aimerais qu’on me démontre qu’il y en a une, ailleurs que dans son imagination. En admettant que ce commentaire soit plus ridicule que d’autres, Loys a alors confondu deux pièges : l’un destiné à montrer que les élèves vont aller sur internet recopier tous la même chose, l’autre destiné à montrer que les élèves sont prêts à recopier n’importe quoi( ce qui peut se faire aussi sans internet).

        Happy ending, tous les élèves ont applaudi à son stratagème et maintenant il est connu et apprécié dans son lycée… Hum, ce prof si bon pour mettre au point une expérience de détection de tricherie et recopiage de matériel payant, il devrait peut-être aussi mettre en route une nouvelle expérience de détection des lèches-culs dans son lycée ?

        Mais en attendant ces nouveaux développements, je lui suggère de pas arrêter là cette première expérience. Il devrait continuer à “suivre” ces 51 élèves (sur 65) qui ont travaillé de cette façon pour voir ce qu’ils sont devenus (d’après le ton de sa lettre, on a l’impression qu’il croit qu’ils se sont arrêté de tricher ?). Pour ma part je suis prêt à parier que la plupart vont très bien réussir la suite de leurs études, grâce à cette méthode de travail, avec des profs moins pusillanimes. Je ne serais pas étonné d’en retrouver toute une cohorte à l’université, pourquoi pas en PhD, pour revenir sur un sujet brûlant, puis enseignants eux-mêmes plus tard.

        La boucle serait alors bouclée car sans avoir ce recours laborieux à l’envoi de faux commentaires qui ont eu un bref succès mais n’ont jamais pu espérer aller jusqu’aux manuels scolaires, on pourrait finalement retrouver sur des supports officiels (livres scolaires, sites universitaires, publications) leurs analyses entièrement faites d’idées préconçues, de clichés, de faits déformés etc. exactement ce que nous avons vu dans l’analyse historique de Samadi et Barberousse à propos de la notion d’espèce …

    • stefjourdan

      Un peu d’action en ce moment sur mon article, enfin !

      • stefjourdan

        Encore quelques commentaires intéressants..

  4. Mermoz

    photo de Motu Nao : http://www.panoramio.com/photo/74795649

    • stefjourdan

      Merci beaucoup pour ce lien, c’est la première photo que je vois de MN. Comme je l’explique dans l’article, les navigateurs qui visent Fatu Iva prennent bien soin de passer au large…au lieu de risquer leur bateau, comme il faudrait, pour le plaisir de faire une bonne photo !
      Malheureusement ce cliché aérien ne révèle rien des fonds qui entourent le rocher (*). Il aurait fallu (facile à dire) essayer différentes perspectives, peut-être une vue de plus haut qui cadrerait aussi la pleine mer et permettrait de deviner une différence de couleur ? Donc si vous y retournez, faites plusieurs fois le tour et mitraillez, merci (sans oublier les passages sur le dos, les plus pratiques pour bien cadrer) ! En effet je suis en train de découvrir tout votre album et je vois que vous êtes un pilote qui a la bougeotte. (* rocher de basalte ou petit plateau calcaire, la question est ouverte)

  5. stefjourdan

    Les Marquises s’agrandissent!
    Article très intéressant, qui démontre la généralisation des atolls aériens et sous-marins. Les Marquises n’étaient connues que pour leurs iles hautes. Un mythe tombe!

    Emmanuel Bouniot

    Dernière modification 17 déc. 2010 22:13SupprimerBloquer cet utilisateurSignaler des commentaires inappropriés
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    Oui, mais il reste encore à expliquer cette répartition bizarre des récifs… ainsi que d’autres mystères

    merci

  6. stefjourdan

    De j-l Candelot, Ua Pou
    Bravo pour cet article Stéphane, la problématique intéressante serait de déterminer si ces quasi atolls auraient pu à une époque ancienne contribuer au peuplement de l’archipel.

    Dernière modification 10 janv. 2011 18:32SupprimerBloquer cet utilisateurSignaler des commentaires inappropriés
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    ah, enfin des nouvelles, dommage que tu restes anonyme, tu aurais pu en profiter pour ouvrir un compte Google…

    merci du compliment Jean-Louis

    disons que si on suppose que le peuplement remonte à 2000 et + années (je ne fais pas partie de ceux qui veulent le raccourcir à tout prix, car il n’arrivent pas à rallonger celui de Tahiti ou des Cooks)

    avec une subsidence de l’ordre de 1 mm par an, on a des îles qui étaient seulement 2 m plus hautes (sans tenir compte de l’eustatisme), ce qui est négligeable

    donc pour moi les petites îles inhabitables ont probablement toujours été des petites îles inhabitables à l’échelle historique/préhistorique…

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