Pourquoi la femme est-elle si raboug… mmm, si menue ? Une approche évolutive.


L’homme avance d’un pas assuré dans la steppe, step, step, step, etc. (d’où le nom)

Son regard perçant scrute l’horizon à la recherche de proies éventuelles.

Tous ses autres sens sont aussi en éveil car ils pourraient le renseigner sur une aubaine, ou un danger invisible.

Mais la vue est dorénavant le sens primordial.

Des millénaires d’évolution ont augmenté la taille de son corps, l’ont redressé, ont déplacé le point d’implantation de ses vertèbres cervicales sur le crâne, et donné à ses reins une cambrure qui lui permet d’être à l’aise debout.

Ainsi placés presque au sommet de son corps, éloignés des pâquerettes, les yeux ne regarde plus la terre à quelques mètres tout au plus, ils embrassent l’horizon. C’est une façon complètement nouvelle de VOIR le monde.

Bien sûr la station debout a aussi libéré les mains. Dans sa main droite, il tient sa lance préférée. Il garde la main gauche libre pour se gratter, un peu irrité quelquefois par les puces, les poux, les tiques, les mouches, les sangsues, et quelques autres parasites indéterminés, sans parler de ce slip en peau de bison trop serré, et pourtant il lui avait bien dit que l’ancien lui serrait les couilles !

Il se retourne. Derrière lui, personne. Il n’est pas étonné. Cela arrive tout le temps.

Plissant les yeux, il finit par distinguer une petite forme, à environ 3 km en arrière, qui bouge en dépassant à peine des hautes herbes. C’est sa femme, à la vue il ne pourrait pas en jurer, mais il reconnait son odeur aussi. C’est l’intégration de toutes ces informations sensorielles qui fait de Homo ce chasseur si complet.

Elle ne suit pas.

Il a beau lui dire tous les jours que ce n’est pas bon de rester en arrière, à cause des choses qui pourraient être abîmées en cas d’attaque par un ours, une hyène, enfin vous voyez le genre d’animaux un peu gore. C’est d’ailleurs comme ça que la précédente s’est fait bouffer, et la couverture en mammouth était toute griffée, et autres dégâts. Mais elle n’écoute pas, on dirait que ce qui lui plait, c’est d’avancer “à son rythme”.

Elle ne porte pourtant que le matériel de camping léger, vu la saison, celle qu’on appelle ” presque pas de glace qui pend au nez“, juste avant “la glace qui me pend au nez m’empêche de respirer par la bouche“, précédant elle-même “pisse dehors si tu veux mais prend une grosse pierre pour te dégager” : cinq ou six lances de rechange, la-dite peau de mammouth soigneusement roulée de 3 x 3 m, les piquets, la tente en estomac d’auroch cousue main, quelques silex, une enclume en pierre pour quand-il-y-a-que-de-la-terre et quelques autres babioles.

L’homme est consterné. Comment avancer avec un tel boulet à traîner ? Si ça se trouve en plus, elle a encore un nouveau têtard à la mamelle. Ça ne le surprendrait pas, vu le temps qu’elle prend pour le rattraper. C’est déjà arrivé plusieurs fois sans prévenir.

Enfin la femme arrive, essoufflée et l’homme réalise une fois de plus à quel point elle n’est pas adaptée à cette tâche de portage, avec son corps sous-dimensionné, ses mains de taille presque normale certes, mais au bout de petits bras si frêles !

En plus, avec tout l’exercice qu’on prend et le “régime préhistorique”, elle réussit à accumuler un peu de graisse là où il faut pas !

Caler des cailloux sous ses talons (un truc qu’elle a inventé) la rend un peu plus grande, allonge les enjambées, pourquoi pas – bien que cela rende en fait ses pas moins assurés -mais par contre les pierres qui se balancent à ses oreilles, on ne voit pas du tout à quoi ça sert ?

Par ailleurs, la femme, normalement velue dans ses parties basses, occupe inexplicablement chaque moment libre à arracher tous ces poils (qu’elle juge disgracieux). Le résultat, c’est que la traversée des champs d’orties, quelquefois entrecoupés de petits ronciers, qui forment la majeure partie du paysage post-glaciaire ne se passe pas sans quelques cris et protestations, et tout ça fait fuir le gibier !

Un ratage total.

A ce stade, révélons le, le texte qui précède n’est qu’une reconstitution pédagogique. Nous n’étions pas là pour constater les états d’âme de cet homme préhistorique. Mais nous les avons reconstitués à partir des données scientifiques.

Nous à OXFORD, on aime bien commencer les sujets sérieux par une mise en situation. (Dans mes exposés, je parle du sujet bien sûr, mais je m’arrange toujours pour placer le fait que je travaille à OXFORD.)

L’homme ne vit plus dans la savane, il n’a plus de lance à la main, il ne se gratte plus… enfin si peu. Mais il se demande toujours pourquoi la femme est si rachi, euh… menue.

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(Je pense qu’elle veut jouer à la bagarre, c’est gênant : comment lui dire que mes copains de rugby sont autrement plus costauds qu’elle quand on se bat dans les vestiaires après le match ?)

Tiens nous par exemple à OXFORD, lorsque nous croisons une de nos rares collègues féminines dans un couloir, et tout en inclinant la tête élégamment pour la saluer, nous nous demandons quand même comment ils les ont laissées rentrer, alors qu’elles arrivent à peine à porter un tome de l’Encyclopedia Britannica.

Mais vous vous demandez peut-être comment moi je suis arrivé là où je suis, professeur à OXFORD ?

C’est très simple, étudiant je sommeillais comme tout le monde dans les amphis, mais mon truc c’est que j’avais appris à reconnaître un changement soudain dans le brouhaha habituel, quand le bruissement de la salle se changeait en silence de mort…

Le professeur venait de poser une question !

Tout en essayant de ré-assembler mentalement les derniers mots qu’il avait prononcé, je levais la main. Toute la salle se retournait alors vers moi. Je prononçais ensuite les mots suivant en amorçant un decrescendo et en parlant de plus en plus lentement (ça s’appelle un ralentendo) :

“Je pense

que la

sélection naturelle…”.

Je n’avais bien entendu pas de suite, mais le professeur, tellement content d’avoir un élève qui écoutait, terminait aussitôt la réponse à ma place :

“TRES BIEN DAWKINS, vous entendez, bande d’idiots, DAWKINS lui au moins il écoute ! la sélection naturelle est responsable de ce caractère, de ce comportement, de cette disparition…”

Ça marchait à tous les coups, c’était toujours la sélection naturelle. Après 5 années de ce traitement, j’avais éliminé, grâce à la sélection naturelle, toutes les grosses têtes, et au bout de 8 ans, tous les candidats autres que moi à la chaire de biologie évolutive. J’étais vraiment le chouchou des profs. Ah c’était le bon vieux temps, mais maintenant, le prof c’est moi.

Nous nous sommes donc réunis, avec mes collègues, je parle des collègues masculins, il est des sujets trop sérieux pour y convier le sexe faible, et j’ai lancé la conversation sur ce mystère de l’évolution : pourquoi la femme est elle si mal faite, quel que soit l’organe sur lequel on se penche, c’est le cas de le dire ?

Il faut comprendre que nous autres, grands professeurs à Oxford, nous ne sommes pas des amateurs en Evolution. C’est une science extraordinairement compliquée. On ne peut pas expliquer ça en cinq minutes au commun des mortels.

Il y a tout un arsenal de choses ardues avec lesquelles nous jonglons habilement. Des idées et des théories de haut vol.

Par exemple, il y a la sélection naturelle. Mais aussi il y a, euh, la sélection sexuelle, inventée par Darwin également.

Et puis nous avons encore, euh, eh bien je veux dire, c’est que, en fait, donc, il faut comprendre que la Sélection Naturelle, que Darwin a inventée, sans oublier la Sélection Sexuelle, sont des choses compliquées. Et voilà pourquoi je ne peux pas vous expliquer en cinq minutes l’arsenal compliqué de lois et de raisonnements avec lesquels nous travaillons, nous autres à OXFORD, je tiens à le souligner, parce c’est trop compliqué.

Donc alors que mes collègues grattaient leur nez ou faisaient semblant de sortir deux ou trois feuilles de leur serviette, je lançai une audacieuse hypothèse au sujet du raboug.., du faible développement physique et intellectuel de la femme : et si c’était la sélection naturelle ?

Mes collègues restèrent bouche bée devant l’audace et l’originalité de cette hypothèse. Eh oui ce n’est pas pour rien que j’ai dépassé tous ces crétins, j’ai une vision plus créative. Mais cette gêne ne dura qu’une minute. Tels des chiens-chiens à qui on a lancé un os, mes collègues entamèrent une discussion animée.

L’ennui, c’est que nous avions beau retourner le problème dans tous les sens, nous n’ arrivions pas à nous mettre d’accord, car en fait y’avait pas moyen de trouver une bonne raison pour laquelle la sélection naturelle (inventée par Darwin, qui habitait pas très loin d’OXFORD) aurait sélectionné une créature si manifestement inadaptée à la vie dans la nature…

Au bout de trois jours à ronger leur frein, mes collègues commençaient à devenir passablement déprimés, incapables de trouver comment la sélection naturelle avait produit un être chétif et veule, enfin, je parle de la femme préhistorique, naturellement.

De mon côté, je prenais mon air concentré et je faisais semblant d’avoir la réponse, mais en réalité je ne l’avais pas non plus. Il faut reconnaître que ce problème me donnait du fil à retordre. La femme avait été sélectionnée par rapport à la taille des frigidaires ? non impossible, la marque n’existait pas à l’époque. La femme avait été sélectionnée pour faire le ménage dans les coins bas de plafond ? hum douteux.

Quand la pression devint trop forte, je décidai de réorienter ces idiots sur une autre piste (aussi pour voir ce qu’ils allaient trouver, le principe même du bon directeur de recherches est de laisser ses étudiants trouver les bonnes idées pour pouvoir se les approprier ensuite).

Je leur dis : ” mes chers collègues, je vois que vous calez, mais avez vous pensé à la sélection sexuelle ?”

Un grand silence suivit, à peine troublé par les claquements des coups qu’ils portaient à leurs crânes chauves.

Ces abrutis, espantés par l’audace de mon hypothèse, ne songeaient même pas à faire semblant d’y avoir pensé eux-même, ce coup élémentaire. Quels bande de nuls, pas étonnant que ce soit moi qui ait décroché la chaire à OXFORD !

Et nous voilà repartis pour trois jours de brain-storming, comme nous disons à OXFORD. Mes subalternes se remirent à chercher désespérément comment l’homme préhistorique avait pu sélectionner une femme préhistorique à peine capable de porter 60 kilos de matériel, et encore pas sur une longue distance.

Je les observais et visiblement, à part quelques curages d’ongles ou dents discrètement effectués, le travail n’avançait que très peu. Je n’étais pas étonné car ces loosers racornis ne s’y connaissent que très peu en matière féminine. Et pour cause, à OXFORD la priorité sur les nouvelles thésardes est évidemment réservée aux titulaires d’une chaire, l’équivalent du mâle alpha d’une troupe de chimpanzés pour vous donner une comparaison scientifique.

Bref au bout de trois jours, toujours rien, ces imbéciles n’avaient toujours pas d’explication. Un début de commencement de raisonnement pour valider l’idée que l’homme, ce parfait produit de la sélection naturelle avait pu sélectionner la femme, cet être manifestement euh laissant à désirer, je parle seulement de la femme préhistorique, naturellement.

L’ennui, c’est que moi non plus.

Je prenais mon air méchant et je les insultais copieusement pour les stimuler, enfin en gardant les formes bien sûr : “mes chers collègues, je connais la précision de votre pensée, et je sais avec quelle concentration vous êtes capable de vous pencher sur une question évolutive, mais là je suis un peu déçu, pour ne pas perturber votre introspection naturellement, je ne vous ai pas soufflé mes idées, j’attends au moins quelques avancées de votre part… etc.’

Mais en fait, j’avais rien trouvé non plus.

Prétextant des travaux urgents, je mis un terme à cette séance de travail en groupe et je me retirai chez moi, près d’OXFORD.

Assis à mon bureau en ce mois de février 2014, j’occupais mes journées à tailler quelques crayons ou à disposer soigneusement sur mon bureau les boites de trombones, les gommes et autres perforateurs de feuilles. Je laissais la télé allumée ce qui me procurait un fond sonore favorable à la concentration; le programme diffusait de fait des musiques assez hétéroclites mais pompeuses pour la plupart.

Au bout d’un moment, mon attention fut attirée par des coups de trompettes un peu plus forts. Je me mis à observer ce programme du coin de l’oeil. Des couples habillés de façon ridicule essayaient apparemment de faire les intéressants en profitant de la musique diffusée dans des patinoires publiques peu fréquentées….

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Couple faisant un peu les intéressants

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Couple n’ayant pas compris que la glace, ça glice, pas besoin de roulettes

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Couple faisant les intéressants de manière déplacée (il y a pire, là il peut respirer par le nez)

Après quelques jours d’observation presque continue, je commençais à mieux comprendre leur petit jeu. Celui consistait en réalité en deux exercices principaux :

– l’accouplement simulé, figure très spectaculaire mais surtout utile, d’un point de vue évolutif, en cas d’une occasion qui se présenterait d’un véritable accouplement

Accouplement simulé

Accouplement simulé

– le lancer de partenaire. L’homme doit lancer la femme, la femme ne lance jamais l’homme. Elle lance quelquefois des objets sur l’homme, tout au plus.

Lancer de femme

Lancer de femme au dessus d’une rivière de glace

Tout à coup je fus atteint par un éclair de compréhension. Ces deux comportements étaient évidemment des caractères acquis au cours de la préhistoire et le responsable était la sélection naturelle !

Laissons de côté les accouplements simulés, pour nous concentrer sur le lancer de femme.

Ce que j’étais en train d’observer, ce comportement spontané et naïf de jeunes couples mis en présence de glace était en réalité un comportement atavique hérité de nos lointains ancêtres !

Il est clair que nos ancêtres ont traversé de longues périodes glaciaires. Pendant ces ères, il fallait aussi traverser les rivières. Tout était gelé, mais les rivières pas toujours. La bonne technique pour un homme préhistorique qui voulait traverser une rivière à la résistance inconnue était donc de lancer son matériel sur l’autre rive, puis de lancer sa femme (normalement comptée dans le matériel, mais là je précise pour les besoins d’une meilleure clarté) et enfin de traverser lui-même, maximisant ainsi ses chances de réussite.

Femme lancée correctement

Femme lancée correctement, bonne manière de se réceptionner

Lancer contestable, mais surtout mauvaise technique de la femme pour se récupérer

Lancer contestable, mais surtout mauvaise technique de la femme pour se réceptionner

Femme mal lancée, probablement foutue

Femme mal lancée, probablement foutue

En effet l’expérience montre que l’homme préhistorique nage très bien dans l’eau gelé encombrée de morceaux de glace, certains buvaient même un peu d’eau “on the rocks”. La femme beaucoup moins, notamment à cause de ses cheveux et puis la graisse la fait trop flotter, elle a du mal à rentrer les bras sous l’eau (voir image). De toutes façons, en situation réelle, la femme coule, car elle est beaucoup trop lestée par ce qu’elle porte en bijoux, même quand on l’a débarrassée des bagages qu’elle portait. La perte d’une femme était certes moins importante que la perte du matériel, plus difficile à remplacer, mais tout de même, qui allait le porter ?

Récapitulons, les hommes qui avait des femmes trop lourdes les lançaient en plein milieu de la rivière et ne les retrouvaient qu’au printemps, à la fonte des glaces. Or le poids est directement corrélé à la taille, enfin à potelage constant (potelage est apparemment un néologisme, car il est souligné par WordPress, comment que je suis trop fort) .

C’est donc au cours de ces longues périodes glaciaires que la femme petite et légère, donc lançable a été sélectionnée par co-évolution !

Eh oui la COEVOLUTION, bande de crétins (je ne vous parle pas cher lecteur, je parle à mes collègues d’OXFORD) !

Bon c’est vrai que je n’ai pas retrouvé le nom ‘coévolution’ tout de suite, c’est seulement en feuilletant le bouquin de science-nat de ma fille qui traînait dans le salon, le livre pas ma fille. La coévolution est pratique pour expliquer d’un coup deux phénomènes quand on ne peut expliquer ni l’un ni l’autre séparément.

Ces amusements télévisés dont personne ne semble comprendre le sens sont donc non seulement explicables grâce à la théorie de Darwin, mais en fait ils nous fournissent une information de première main sur l’évolution de notre propre espèce.

Les glaciations ont produit les mêmes coutumes et adaptations en Asie

Les glaciations ont produit les mêmes coutumes et adaptations en Asie

Les glaciations ont touché également l'Afrique

En Afrique également les rivières étaient gelées aussi étonnant que cela puisse paraître à première vue

Je travaille actuellement ici à OXFORD sur un développement avancé de la théorie : en été, les rivières dégelaient, enfin un peu. Mais il semble que nos ancêtres lançaient toujours leurs femmes, peut-être un peu aussi par habitude (ou par esprit de compétition). Mais un atterrissage sur herbe est toujours plus dur qu’un atterrissage sur glace, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Il semble que le physique de la femme ait été sélectionné pour sa capacité à encaisser les chocs dans sa partie qui sert à la réception, si on peut dire. Cette recherche demande encore plus de travail et probablement, un peu d’expérimentation.

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Ici une femme préhistorique refroidit la partie échauffée pendant l’atterrisage sur la rive (reconstitution)

R. DAWKINS

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