Te Reo Maori, La langue maorie (et la toponymie Néo-zélandaise);


(Ou comment utiliser un voyage en Nouvelle Zélande comme introduction à la langue, la culture et la toponymie polynésiennes.)
 Article publié sur Knol en juillet 2009, écrit primitivement pour le site : Frogs in NZ en 2007, augmenté en 2011.

Bien que des visiteurs européens aient probablement visité la Nouvelle Zélande plus tôt (voir trois mystérieux objets…) l’équipage du capitaine Cook fut le premier à avoir de réels contacts avec les Maoris.

Déjà à Tahiti, il avait été étonné de la ressemblance entre le vocabulaire tahitien et les mots collectés par les navigateurs dans l’Ouest du Pacifique au cours de précédents voyages.

En Nouvelle Zélande, ce fut une surprise plus grande encore pour lui de voir Tupaia, un savant (tahu’a) tahitien qu’il avait embarqué (et qui dessina une étonnante carte !) capable de comprendre et de se faire comprendre des autochtones ! Un fait très surprenant si on réalise l’immense distance qui sépare ces deux régions ! Une expérience qui serait sûre de rater si vous la tentiez à 4000 km de chez vous ! Le tahitien et le maori ne diffèrent de fait pas plus que le français et l’italien par exemple (la distance entre deux langues est en pratique assez difficile à mesurer [1]).

Attention, il se peut qu’il y ait des problèmes avec la numérotation des notes, si la note à laquelle vous êtes renvoyée ne veut rien dire, lisez celle d’avant ou celle d’après !
maungakiekie
Le maori de Maungakiekie/One Tree Hill à Auckland

Classification

protopolynesian
Tirés de wikipedia (?) ces arbres, sous un aspect très pédagogique, omettent de nous dire
le principal : qu’est-ce qui motive cette classification, quel est le critère utilisé pour distinguer
telle ou telle branche [2]????

Les linguistes ont établi de façon scientifique la parenté de la langue tahitienne, de celle des îles Cook (d’ailleurs appelée “maori des île Cook”) mais peut-être pour une autre raison, l’appartenance au Royaume de Nouvelle-Zélande), des parlers des Tuamotu et des îles Australes avec le maori de Nouvelle Zélande, qu’ils ont toutes rangées dans le sous-groupe “tahitic”, par opposition à un sous-groupe “Marquesic” qui comprend principalement les langues Marquisiennes et Hawaiiennes (plus de détails ici).

Remarquez que la langue de l’île de Pâques (“Rapa Nui”) ne peut pas être inclue dans ces groupes tahitic et marquesic, car elle possède des traits particuliers (comme la conservation de l’ancienne occlusive glottale du proto-polynésien), Cela pose des questions d’ailleurs quant à la colonisation de cette île, si la langue s’est détachée avant les autres, comme le montre l’arbre, comment peut-elle se trouver dans la situation la plus éloignée ???

Cette proximité linguistique ne fait que corroborer les récits des Maoris qui font venir leurs ancêtres de la polynésie orientale [3] (chaque tribu peut donner le nom de la pirogue et de son chef, quelquefois aussi de son navigateur…) de même que d’autres indices culturels et preuves archéologiques (des “patu”, une arme en forme de petite raquette aujourd’hui caractéristique des Maoris – voir la statue au pied de l’obélisque de Maungakiekie/one-tree-hill à Auckland en tête de cet article- ont été retrouvés dans des fouilles à Huahine en Polynésie française).

Les langues Maories

Ces trois langues peuvent donc être qualifiées de Maories, ce qui est toujours le cas pour les deux premières mais fut aussi courant pour le tahitien, comme le montre par exemple la formule de Paul Gauguin « l‘ancien culte mahorie» (sic, Gaugin a peut-être mis le h pour mieux qu’on sépare le a du o, ou bien il faut y voir l’influence de l’appellation Ma’ohi, déjà ?).

gauguin

Attention, si le tahitien est quelquefois appelé (en tahitien de préférence) “reo mā’ohi” plutôt que “reo tahiti”, il n’est pas recommandé de se servir du mot “maohi” (sic) en français, et surtout pas pour désigner les polynésiens de régions autres que Tahiti ou la Société.

1 parce que “mā’ohi” ce n’est pas  : “maohi” (une sorte de purée orthographique qui ne note plus la langue tahitienne mais on ne sait quoi à la place, pourquoi pas “maoi” puisque les français ne prononcent pas le h de toutes façons ? )

2 parce qu’aucun francophone normalement constitué n’est capable de prononcer correctement ce mot (en dehors des tahitiens bien entendu) compte tenu de sa double embûche : occlusive glottale + h aspiré…(sans parler de la voyelle longue)

3 parce qu’il n‘est pas la variante (plus précisément le cognat) tahitienne du mot “maori”, chose qui est supposée immédiatement par les gens qui l’adoptent sans précaution parce que tout ce qui a une résonance aborigène leur plait… Par ailleurs le mot “maori” existe bel et bien en tahitien et c’est lui qui y est l’équivalent du mot “maori” en … maori de NZ et en maori des îles Cook (ainsi que de “maoli” en hawaiien, “mao’i” en marquisien).

La polynésie, la mélanésie et la micronésie

Les sous-familles “tahitic”, “marquesic” et d’autres groupements similaires pour d’autres archipels font partie de la grande famille des langues polynésiennes. C’est par la prise de conscience de ces régions de cultures (et de type physique) apparentées que Dumont D’Urville a imaginé la notion de Polynésie (îles nombreuses) quelquefois précisée géographiquement par le “triangle polynésien” et dont les trois sommets sont Hawaii, l’île de Pâques et la Nouvelle Zélande… [4].

Dumont D’Urville définit de même la Mélanésie (où les gens sont noirs) et la Micronésie (où les îles sont petites) dans lesquelles on ne retrouve d’ailleurs pas une aussi totale unité de langue. Mais cette division a par la suite été critiquée comme largement artificielle car, finalement, toutes ces cultures se ressemblent beaucoup, même si la plus grande homogénéité de la polynésie est indéniable, ce qui est avant tout dû au caractère récent de sa matérialisation (autrement dit de sa colonisation par les “polynésiens”).

Mais surtout, il ne faut pas confondre “la polynésie” tout court, division ethnologique, avec …la “Polynésie française”, une division politique au nom discutable, notamment parce qu’il y a des polynésiens qui sont français dans d’autres endroits du Pacifique (notamment à Wallis et Futuna, et en Nouvelle Calédonie, à Uvea).

Les langues polynésiennes s’intègrent avec les langues malaises dans l’ensemble plus grand des langues malayo-polynésiennes, dont certaines sont parlées jusqu’à … Madagascar (l’aire ce ces langues coïncide d’ailleurs remarquablement bien avec celle des pirogues à balancier…).

Description

Comme toutes les langues polynésiennes le maori ne tolère pas que deux consonnes se suivent (voir remarque en gras ci-dessous). En revanche les voyelles peuvent se succéder en assez grand nombre mais pas deux fois la même à la suite [5]. Toutes les syllabes sont ouvertes, elles commencent par une consonne et se continuent par une ou plusieurs voyelles sur le modèle : CV(V)(V)(V) [6].

On parle ici des sons et non des lettres mais l’écriture de ces langues étant pratiquement phonétique cela revient en général au même. La plupart des mots sont invariables, souvent assez longs [7] et très expressifs (cette dernière remarque restant très subjective naturellement).

Le Maori a 10 consonnes (phones [8]), certaines notées par un digramme :

  • M, N
  • P, T,  (le T est affriqué (ou mouillé ?) devant certaines voyelles, on entend [ts])
  • K, NG  (le ng ne doit pas être articulé avec le bout de la langue mais avec le voile du palais; attention quand il y a une voyelle avant, de ne pas se croire en français : RANGI, le ciel, ce n’est pas : “ran-gui” mais RA (n)GI (le G ne se prononce jamais J, merci) [9].
  • H, WH (le h doit se prononcer, faites un effort, comme en anglais ; le wh se prononce en pratique [f] [10])
  • R (le r est roulé avec le bout de la langue) [11]
  • W (n’existe pas devant O ou U, sauf dans les emprunts) [12]
Le Maori a 10 voyelles (phones) également

Beaucoup de manuels lui attribuent 5 voyelles seulement (mais si on considère que chacune est en réalité soit longue soit brève, cela en fait plutôt 10 du point de vue phonologique. Autrement dit cette longueur est distinctive (cela veut dire qu’il y a certains mots qui ne différent que par la longueur d’une voyelle, comme pour les mots anglais : sheep et ship).

Les voyelles longues, quand elles sont notées, le sont par un macron (une barre au dessus de la lettre) mais dans certains ouvrages ou occasionnellement, on trouve une notation qui redouble la lettre (c’est rare mais attention, cela existe). La plupart du temps, en fait, la longueur n’est pas notée (ce qui est étonnant de la part d’anglophones, en fait ils ont dû la noter spontanément au début, avant que l’écriture soit unifiée, mais paradoxalement, l’introduction de la prononciation “latine” des lettres (a, comme dans bat, i comme dans pit) qui n’est pas immédiate pour les anglophones a conduit à l’abandon de la notation de la longueur (dans les toponymes, en pratique, comme sur les panneaux routiers, elle est très rarement notée=

Cette simplicité apparente, la prononciation étant plus dure qu’il n’y paraît, pourrait donner l’idée d’une langue facile à apprendre mais cette tâche est compliquée par une syntaxe assez élaborée, dès que l’on veut sortir du baragouin. A moins d’évoluer dans le milieu maori, vous aurez de fait très peu d’occasion de vous y exercer (à Auckland par exemple il vous sera plus facile de tester votre Mandarin ou votre Hindi, ou bien encore votre Coréen).

Sauvetage

Au milieu du XXème siècle la langue maorie était moribonde mais le gouvernement Néo-Zélandais s’est lancé dans un important effort, en collaboration avec les tribus, pour organiser son sauvetage, toujours en cours, et basé sur l’ “immersion” des enfants dans des écoles où on ne parle jamais anglais (ils l’apprendront de toutes façons plus tard). Le maori est une langue officielle de la Nouvelle Zélande (avec la langue des signes; curieusement l’anglais ne l’est pas, il faut dire qu’il n’en a pas besoin…) et, en théorie, toutes les démarches officielles et les diplômes peuvent être passés dans cette langue. Une chaîne de télévision, qui comprend de nombreux programmes pédagogiques, n’émet pratiquement que dans cette langue et évidemment, le maori est aussi au programme de toutes les écoles (mais en saupoudrage, et le kiwi moyen est incapable d’en prononcer correctement quelques mots…)

Cette “entreprise nationale”, qui n’a probablement d’équivalent dans le monde, toutes proportions gardées, que la resuscitation de l’hébreu en Israël, a probablement à voir, d’une part avec une projection identitaire des Kiwis blancs pour ce qui fut la patrie d’adoption de leur ancêtres (et qu’ils ne voudraient pas qu’on regarde comme seulement un pays anglophone ordinaire) et d’autre part à une mauvaise conscience ambiante par rapport au sort fait à la nation maorie [13]. Par ailleurs il est amusant de constater que paradoxalement les sites officiels de l’immigration expliquent que tous les néo-zélandais sont finalement des immigrés sur la dernière terre colonisée au monde, certains (les maoris) étant seulement arrivés avant les autres…

Variété

Le maori qui est vulgarisé à la télévision et dans les écoles est un maori partiellement reconstruit par des élites universitaires tant dans son vocabulaire moderne, sa syntaxe que sa prononciation, à partir des dialectes des différentes tribus. Cela n’a rien de déshonorant car en fait c’est le même processus qui s’est produit, plus ou moins artificiellement, dans nombre de langues nationales. Le maori parlé réellement dans une tribu donnée, surtout par les vieilles personnes, peut en différer sensiblement.

Toponymie (les noms de lieux)

A côté d’une toponymie anglo-saxonne assez riche [14] mais moins variée qu’aux états-unis peut-être (il n’y a pas de Paris en NZ..), la nouvelle Zélande a conservé une très riche toponymie polynésienne . Les toponymes peuvent être classés en deux types principaux :

  • Plutôt descriptifs : leur interprétation est alors assez simple car ce sont souvent des noms communs, souvent bien connus dans le reste de la polynésie (leur écriture peut y être différente), auxquels sont quelquefois attaché un qualificatif. L’ensemble donnant un nom propre commençant ou non par un article (o, te ou nga)

Ce sont des…

    • Whanga = havre/abri plutôt que baie car quelquefois à l’intérieur des terres, a pris finalement le sens de ‘village’. Peut être rencontré en NZ sous la forme : Wanga (Wanganui), Whaka , Aka (Akaroa)
    • Maunga = mont
    • Puke = cratère
    • Roto = lagon, lac (les lacs suffisemment grands auront droit au “moana” : mer)
    • Motu = île ou presqu’île
    • Wai = eau douce donc : rivière
    • Miti = eau salée
    • Tai = mer
    • Whare = maison
    • Awa = passage, col, passe
    • Ara = chemin, voie
    • Ana = grotte
    • Whenua = terre (souvenez vous, prononcez Fenua, comme en tahitien)
    • Kainga = peuplement, village
    • Kai- = manger-
    • Manga = rivière (branche)
    • Mata = repère (cap, promontoire, sommet)
    • Upoko = tête (sommet)
    • Marae = temple, lieu de réunion/cérémonies
    • Ngutu = embouchure
    • Pari = falaise
    • Rakau = plante, arbre,
    • Rua = trou, fosse, tombe, abysse
    • etc.

souvent qualifiés de…

  • nui = grand (s’oppose à iti)
  • roa = long (s’oppose à poto)
  • tahi = premier
  • rua (homonyme du précédent rua)= deux, double, deuxième
  • ma = propre, pur
  • po = la nuit
  • rahi = très grand
  • mangu = noir

etc.

  • Plutôt évocatifs : le toponyme évoque un événement (ou un personnage, voire un animal) réel ou mythique, étant survenu ou ayant sévi à cet endroit ou une tentative d’explication d’un phénomène naturel. L’emploi de noms ésotériques et de nombreux mots à double sens (comme rua ou ika) ne facilite pas la traduction ou l’interprétation d’un ensemble qui peut faire référence à n’importe quoi [17] et surtout avoir été réinterprété plusieurs fois, d’autant que la longueur des voyelles est rarement notée. En tout état de cause il vaut toujours mieux s’en tenir à l’explication traditionnelle, qui peut bien sûr relever de “l’étymologie populaire”, mais qui au départ a quand même plus de chance de venir de gens qui tenaient l’histoire originelle de première main, que de se lancer dans des hypothèses fumeuses.

on trouvera des…

  • tapuae, tapuwae = empreinte
  • toki = hache
  • kokopu = “goujon”
  • wahine = femme
  • heke = pente, descente
  • tane = homme
  • tangata = personne(s)
  • waka = pirogue
  • hoe = pagaie
  • toto = sang
  • moko = lézard, personne, tatouage…
  • moa = les fameux oiseaux géants disparus !
  • kiwi = les fameux kiwis (on parle des oiseaux, beaucoup de noms d’oiseaux sont d’ailleurs des onomatopées de leur cri) !
  • kuri = chien
  • manu = volatile (donc oiseau en général, mais est-ce que les moa et les kiwis étaient des manu, pour les anciens polynésiens ? Je ne suis pas sûr que les lexicographes ont eu l’idée de vérifier. Il est possible qu’ils aient “transféré” leur notion européenne d’oiseau sur le manu maori )
  • ika = poisson, mais aussi un guerrier blessé…
  • rimu = mousse, toute plante dont le feuillage évoque une mousse, comme un très grand arbre appelé justement “rimu” et dont le feuillage est fait de toutes petites écailles…
  • koura = écrevisse, langouste
  • toko = poteau

entourés de qualificatifs assez variés comme…

  • kino = mauvais
  • tapu = sacré, interdit
  • moe = ensommeillé
  • tangi = crie/pleure
  • rangi (ou raki) = ciel (mais revient trop souvent pour ne pas avoir une multitude de connotations; en plus de son sens de ciel, il signifie aussi, comme en français, le “ciel” où vont les âmes et mais aussi l’esprit, l’humeur d’une personne…)

Bien entendu on rencontre aussi un mélange des deux genres…

La notion de “gros mot” n’existe guère dans les langues polynésiennes, souvent assez crues, et certains toponymes n’échappent pas à ce style d’humour. Au milieu de l’entrée du golfe de Manukau vers Whatipu se trouve un énorme rocher que les maoris ont baptisé Paratutae [15] ce qui veut dire, si je me fie à mon tahitien, une crotte coincée entre les fesses

Un autre exemple en est l’écueil à l’entrée de la baie de Wellington (Te Whanganui a Tara/port Nicholson) vers Seatoun nommé Te aroaro-o-Kupe ou aussi Te Ure o Kupe (le premier étant très certainement un euphémisme pour le second) ce qui signifie : la verge de Kupe [16].

Ce genre d’appendice n’est pas rare non plus en Polynésie française où il y a un rocher Te Ure o Maui à Huahine et un pic Te Ure Vai Arava (la verge de la rivière Arava) ni probablement dans le reste de la polynésie (ne pas manquer la statue du bien-nommé “te ure” au centre touristique Arataki près d’Auckland…)

En ce qui concerne le “nom de la Nouvelle Zélande” : “Ao Tea Roa” habituellement traduit : le” long nuage blanc”, on peut faire plusieurs remarques :
– à l’époque des anciens polynésiens, aucun n’a probablement jamais eu une vision d’ensemble des deux grandes îles, sans parler des archipels périphériques, une vision qui les auraient en plus réunies clairement en tant que “pays”. Aucun n’a donc pu imaginer ou donner un nom pour désigner cet ensemble d’autant qu’on a des raisons de penser que les polynésiens raisonnaient plutôt à l’échelle locale, ou à l’échelle de l’océan, mais rarement à l’échelle de l’archipel (cf. La toponymie des Ïles Marquises)
– le nom d’une des pirogues des découvreurs polynésiens aurait été Aotea. Ce nom aurait été donné aussi à ce qui est maintenant Great Barrier Island, puis logiquement la grande terre qu’on rencontre ensuite (l’île du nord) aurait pu recevoir le nom “Aotea Roa”, la grande-grande-barrière. (c’est une possibilité, la théorie suivante est plus solide je pense).
– Ao ne “signifie” pas réellement nuage mais n’importe quoi de brillant, d’éclairé. Le sens le plus commun dans les langues polynésiennes est “jour, lumière”. Le sens “nuage” est un des derniers donnés par Tregear en maori. Ce n’est pas une preuve, mais un indice, il ne mettait pas les acceptions dans n’importe quel ordre….
Le même Tregear fait remarquer un peu plus loin dans la même page que Aotea, comme nom de la Nouvelle Zélande, peut être vu comme une allusion au fait que Maui (le héros polynésien) a pêché les îles du fond (sombre) de la mer, et les a mises au jour. En effet dans la cosmogonie polynésienne, le monde éclairé a été séparé de la nuit à l’origine (on remarque la similitude avec notre Genèse).
Autrement dit si je le paraphrase (son texte n’est pas lumineux, lui) ‘Aotea” signifierait simplement : le monde visible, par opposition au “monde des ténèbres”, opposition d’ailleurs caractéristique de la cosmogonie polynésienne. Par ailleurs il note tout à fait justement qu’ailleurs en polynésie on trouve des noms comme “te ao marama” (marama, la lumière, se substituant donc à “tea”) pour désigner le monde visible, le monde des vivants, information pouvant être prise par les traducteurs comme un nom toponymique.
Si un extra-terrestre atterissait aujourd’hui sur terre et repartait après avoir demandé au premier habitant rencontré “quel est le nom pour ici ?” il repartirait probablement dans l’espace en pensant que notre planète s’appelle Livry-Gargan… (Tregear paraît tomber d’ailleurs dans ce piège dont il expliquait pourtant un peu plus tôt la nature puisqu’il dit que c’est le nom que les marquisiens donnent à leur terre ??? voir la note 3 dans l’article suivant : https://kn0l.wordpress.com/472-2/
Dans une autre direction, on note que Teaotea existe comme nom de famille à Tahiti, ce qui nous met sur la piste de l’idée que ce vocable, cette idée, a préexisté à la découverte de la NZ, que ces deux mots sont plus que de simples “voisins”…
Et le pollex nous confirme effectivement que l’association ao + tea est primitive puisqu’il reconstitue le mot QAO-ATEA pour proto-polynésien nucléaire (http://pollex.org.nz/entry/qaho-atea/ l’adresse de la page montrant d’ailleurs une hésitation sur la reconstitution exacte de la première partie, qui évolue vers différentes formes assez différentes selon les languages, comme “avatea” en tahitien (non pris en compte en ce début 2015, similaire au Anuta, considéré en fait comme problématique”….).
La séparation des lexèmes ao et tea serait finalement très artificielle et le nom de la Nouvelle-Zélande pourrait de fait signifier plutôt à l’origine “grand soleil de midi”…

Evolution des langues

Les différentes langues polynésiennes, que le voyageur peut découvrir en sillonnant le Pacifique… ou seulement par la toponymie en rêvassant sur Google Earth… offrent un exemple extraordinaire de diversité tout en conservant un fort parallélisme. Elle permettent au linguiste débutant d’observer des évolutions phonétiques simples et assez régulières sur des mots qui ont en général conservé un sens très similaire d’une langue à l’autre.
Cette évolution se caractérise ici par une grande stabilité des voyelles, qui changent donc très peu (sans rentrer dans le détail des courtes et des longues) l’évolution étant pratiquement limitée aux consonnes ( certaines restant aussi très stables comme le P, le M, le T, le R)
En pratique si on compare des mots en maori, en Rarotongien (Rarotonga est la principale île des Cook) et en Tahitien, on s’aperçoit très vite qu’ils sont apparemment identiques sauf que le tahitien n’a ni K ni NG, consonnes qui sont toutes les  les deux “remplacées” dans cette langue par des occlusives glottales (souvent non notées)

NZmotureomaorikaingakura CKmotureomaorikaingakura THmotureomaori[17]‘ai’a’ura …séparationlangagevrai, normal, indigènevillage/patrierouge

Remarquez le contraste entre les trois premiers lignes, dans lesquelles les mots sont apparemment identiques dans les trois langues (il faut nuancer, leur prononciation effective étant propre à chaque langue), parce qu’ils ne contiennent pas d’occlusives (ni d’aspirées) et les deux mot suivant, qui contiennent des occlusives (ce sont elles qui ont été le plus touchées par l’évolution phonétique).

On peut en déduire qu’à l’époque où les maoris se sont éloignés de la polynésie orientale, les ancêtres des tahitiens prononçaient toujours leurs K et leur NG, qui se sont confondus en glottales par la suite chez ceux qui sont restés sur place …
Si on étudie maintenant des mots contenant des “aspirées” (soit des H ou des WH en maori de NZ) :

NZwhenuawahine CK‘enuava’ine THfenuavahine …terre émergée/habitéefemme

on a la surprise de se rendre compte que cette fois ci, alors que le maori et le tahitien ont pratiquement la même prononciation, c’est le langage des Cook qui se singularise par des occlusives glottales à la place des aspirées !

Si on étudie un mot contenant les deux sortes de sons (occlusives et aspirées), on aura de façon logique une forme qui devient assez différente dans les trois langues :

NZkahu CKka’u TH‘ahu …vêtement

De façon paradoxale, c’est le Maori de NZ qui est le plus proche de la forme ancestrale et ses consonnes sont restée similaires à ce qu’elles devaient être il y a deux mille ans. Paradoxe puisque la culture maorie de NZ est la dernière installée (sur la dernière terre colonisée par l’homme dans le monde) mais elle se signale ici par un certain archaïsme des phonèmes, par rapport aux évolutions ayant eu lieu aux Cook et à Tahiti. Notons que cet archaïsme n’est pas reflété au niveau de la syntaxe et surtout du sens des mots, pour lequel le Maori a au contraire été probablement très innovateur (aussi peut-être pour s’adapter à un environnement très différent) comme on peut s’en rendre compte en compulsant un dictionnaire maori (les mots y recoivent de très nombreux sens, à tel point qu’il est difficile pour celui qui le consulte de trouver le sens le plus probable pour sa traduction…voir ma note ajoutée en fin d’article : le lexique maori)

Pour le lecteur qui serait “accroché” par cette petite étude, on peut lui prédire que chaque fois qu’il ajoutera une nouvelle langue polynésienne à ces tableaux, il pourra observer de nouvelles permutations. La maitrise de ce système permet de reconnaître pour pairs des mots en apparence aussi éloignés que l’Hawaiien KONA, le Tahitien TO’A (et en maori TONGA, bien sûr) qui tous désignent le sud !

Dans ce jeu, il faudra enfin garder à l’esprit que ces mots sont plus différents à notre oeil qu’à l’oreille des locuteurs de ces langues, comme le capitaine Cook s’en est aperçu autrefois. Par ailleurs, la divergence entre deux langues n’est pas faite que par l’évolution phonétique des mots, mais aussi par le glissement ou l’innovation au niveau du sens (comme on vient d’en parler pour le Maori), ainsi que par des motifications syntaxiques qui finissent par changer complètement les tournures.
Enfin une véritable compréhension de l’origine de cette diversité ne pourra être atteinte en sautant ainsi d’un dialecte à l’autre mais plutôt en abordant la reconstruction de la langue primitive disparue qui les a toutes engendrées: le proto-polynésien, qui devait être parlé il y a plusieurs milliers d’années quelque-part du côté des Samoa-Tonga…

Le lexique Maori

Dès qu’on aborde le maori, en partant des autres langues polynésiennes, on remarque, au milieu des nombreux mots similaires, de nombreuses innovations bizarres (dans la toponymie par exemple, le mot manga pour les rivières) [18]. Aussi, lors de la consultation d’un dictionnaire maori, un “éclatement” bizarre d’un mot donné en de multiples significations sans rapport évident : j’émets par hypothèse trois directions explicatives possibles et complémentaires pour cette diversification (mais je n’ai pas trouvé, jusqu’à présent, de texte sur la question).

1 les dictionnaires ont probablement compilé les différents dialectes en vrac, donc si une chose se disait A dans tel dialecte, B dans tel autre, C dans un troisième, on se retrouve avec tous ces mots pour une seule acception, et inversement chaque entrée de dictionnaire aura de nombreux sens divergents Si un dictionnaire du maori était fait à partir d’un seul dialecte, il serait beaucoup moins fourni (mais quand on voudrait traduire une expression il faudrait le bon dictionnaire).

2 parce que confrontés à un environnement nouveau (très différents en de multiples points des îles tropicales auxquels ils avaient été acclimatés pendant des millénaires) les maoris ont probablement largement réutilisés des mots qu’ils connaissaient pour de nouvelles expériences, et ce, de façon indépendante selon les dialectes.

3 le goulot d’étranglement démographique (tant linguistique que génétique, les maoris descendent de moins de 200 femmes environ, cela a été prouvé par l’étude de leur ADN mitochondrial) a créé un isolement culturel que l’éclatement des différentes tribus a dû renforcer et qui a accentué encore la dérive du vocabulaire (par rapport aux autres langues polynésiennes assez homogènes).

4 il ne faut pas oublier que dans les langues isolantes (qui n’ont pas de flexions) les mots acquièrent leur sens par le contexte, bien plus que dans les langues flexionnelles ou agglutinantes (ce sont des catégories théoriques, mais utiles). Prenons en anglais, une langue assez isolante, le mot “like”. Que signifie-t-il ? cela dépend si c’est dans la phrase : “I like you” ou bien “I am like you” ou bien “I am like going to the beach” (bien sûr, on contourne la difficulté en disant qu’ici c’est un verbe, alors que là c’est un adverbe ou encore une expression toute faite, mais en réalité ce ne sont que des explications ad hoc, si on réfléchit bien. Au niveau des faits, c’est bien le même mot que l’on entend… et bien sûr dans cet exemple on ne pourrait nier que ce sont différentes utilisations issues du même sens global, mais avec un sens particulier et une fonction grammaticale qui varie nettement).

5 Dans les langues polynésiennes, isolantes donc, la tendance à la métonymie est déjà patente, mais elle aurait été exacerbée en NZ par les facteurs 1, 2 et 3. Un exemple de ces métonymies en série (que j’ai publié en commentaire sur Wikipédia, eh oui) : La racine “moko” signifie “lézard” dans toutes les langues polynésiennes (Mo’o en tahitien et en hawaien), occasionnellement d’autres animaux vermiformes. Les lézards qu’on rencontre à ma connaissance en polynésie (= triangle Hawaii, Pâques, NZ) sont soit ce que des herpétologues appelleraient des scinques, qui ressemblent en gros à des lézards européens avec une très longue queue soit des geckos. En maori le sens a pu passer à celui de forme allongée, serpentiforme, puis désigner certains motifs de tatouages, notamment sur la tête.Finalement le mot a pu ensuite, toujours en maori, désigner la tête humaine et aussi par une métonymie supplémentaire, un individu.(Il semble qu’en Hawaiien aussi, les sens se soient multipliés, mais cela est un autre sujet…)
Une réponse à ces questions sur la multiplication des sens se trouve peut-être aussi dans le livre :AUTHOR: Harlow, Ray TITLE: Maori SUBTITLE: A Linguistic Introduction PUBLISHER: Cambridge University Press YEAR: 2007  en voici une critique (en anglais) : http://linguistlist.org/pubs/reviews/get-review.cfm?SubID=162304

La nouvelle Zélande pour les tahitiens :

Au mont Eden, voir la maison “Poronui”

se rendre ensuite au lac Waikaremoana (pas de jeu de mot) en traversant les monts : te Urewera

sur le lac, faire une balade à Korokoro…

revenir vers Auckland en passant par Urenui

trouver un hôtel à Otahuhu…

NOTES (mais où sont donc passées toutes les notes) bon je pars à leur recherche…

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