Une illusion de couleur qui ne se voit pas que dans les livres !


Une illusion de couleur observée en plein air


Quelques idées sur la vision des couleurs

Le nom des couleur, un conditionnement précoce ?

La nomenclature des couleurs en tant qu’entités distinctes tient un rôle précoce dans notre éducation. Les jeunes enfants sont d’ailleurs soumis à un véritable bombardement de couleurs au travers des objets bariolés mis à leur disposition dans les crèches et à la maison. Les bébés peuvent souvent citer plusieurs couleurs avant de savoir compter.
Naturellement, un peu plus tard dans notre éducation, nous découvrons que ces couleurs peuvent se mélanger d’une infinité de façons différentes, sans que cela menace d’ailleurs cette classification qui est partie intégrante de notre langue et de notre civilisation.

Tout le monde voit-il une même couleur en regardant le même objet ?

J’ai entendu souvent des enfants se poser la question suivante (en fait surtout lorsque j’en étais un) : tous les gens voient-ils en réalité les mêmes couleurs ? Plus précisément, nous nous demandions si par exemple ce qu’un-tel voyait rouge n’était pas vu vert pour quelqu’un d’autre, étant bien entendu qu’il aurait appelé ce vert du nom de rouge… autrement dit que les gens auraient été d’accord uniquement sur les noms, mais auraient en réalité une expérience intime différente (naturellement cette question n’a de sens que si on pense que la couleur est immanente dans les objets).

Il est très caractéristique que nous nous posions ces questions (peut-être inspirées par quelque lecture ?) à propos des couleurs. De toutes les expériences perceptives, ce sont certainement les seules qui soient complètement indescriptibles, même les sons pourraient probablement être mieux décrits pour un sourd que les couleurs pour un aveugle.

Les couleurs, une classification arbitraire ?

Comme on l’apprend dès qu’on s’initie à la physique, le spectre des fréquences est continu. Pourtant chaque civilisation tend à diviser le spectre de la lumière visible en un certain nombre de “couleurs”. La plupart des gens sont convaincus de l’existence de ces couleurs et on rencontre souvent dans les forums des questions telles que : “pourquoi il y a-t-il sept couleurs dans l’arc en ciel”.

Pour le physicien, il y a au delà et en deçà du visible des longueurs d’onde absolument similaires à la lumière visible et qui sont nommées l’infrarouge et l’ultraviolet. La peau est d’ailleurs sensible à ces “lumières”, de façon différente (chaleur, brûlures). Certains animaux peuvent voir dans l’ultraviolet ou l’infra-rouge. Certains sont en plus capable de voir la polarisation de la lumière, une dimension en plus.

Le spectre sonore est très semblable au spectre lumineux : il est limité de la même manière par les infrasons et les ultrasons, que nous n’entendons pas. Entre ces bornes les musiciens ont défini des sons particuliers, qui ont reçu des noms : Do, ré, mi, etc. Toutefois la plupart des gens sont “aveugles” (sourds en réalité bien sûr) à ces couleurs sonores. Toutefois certains musiciens, doués de “l’oreille absolue”, entendent ces hauteurs musicales comme des entités reconnaissables. Pour eux un ré, c’est comme un jaune : une donnée immédiate. Il peuvent aussi entendre et nommer les différentes notes d’un accord.

Si on transpose ce don dans l’univers visible, la plupart d’entre nous est finalement douée d’une sorte “d’œil absolu” (assez mauvais toutefois, et qui dépend de l’éclairage et du contexte), ce qui nous permet de reconnaitre les couleurs sans effort.  La similarité s’arrête là et pour un accord visuel, constitué de différentes fréquences mélangées, nous ne voyons qu’une seule couleur résultante : les procédés de reproduction de la couleur, additifs ou soustractifs, sont de fait basés sur cette confusion.

Une nomenclature essentiellement culturelle

Quand un francophone étudie l’anglais ou l’espagnol, il n’est pas surpris de retrouver grosso modo les même couleurs (il aurait peut-être fallu prendre l’italien comme exemple…). Il a “juste besoin” d’apprendre leur nom dans la nouvelle langue. Cette expérience de non-dépaysement est en réalité largement due à la nature extrêmement proche de nos civilisations et à l’apparentement de nos langues indo-européennes (sœurs pour le couple français-espagnol, cousines -si l’on peut dire- pour le français et l’anglais).

C’est en faisant des études plus exotiques que l’étudiant linguiste sera probablement confronté à une situation plus déroutante : certaines langues ont des catégories de couleurs beaucoup plus différentes des nôtres et pour exprimer une couleur dans cette langue il faudra d’abord réorganiser son expérience (un peu comme lorsqu’on s’aperçoit que pour un anglophone, une noix (nut) ce n’est pas un fruit (fruit) ! C’est pourquoi le projet sympathique de donner le nom des couleurs dans le plus grand nombre de langues possible est en lui-même une illusion : http://pourpre.com/langue/traductions.php.

Les couleurs en navi’i. Le navi’i est la langue des habitants de Pandora… [1]


Des expériences en plein air !

Il est courant de s’apercevoir que certains verts tirent sur le bleu, à moins que ce ne soit le contraire. Quelquefois deux personnes auront du mal à se mettre d’accord sur un nom de couleur pour une telle teinte. Il peut arriver aussi qu’un objet ne paraisse pas de la couleur habituelle une fois pris en photo (une fois fixée sur la “pellicule” la couleur n’est plus corrigée en permanence par notre “balance des blancs” naturelle). Les deux expériences de hasard dont je vais parler maintenant ne sont pas du même ordre que ces constatations banales :

Mon expérience

Lorsque j’étais enfant, j’avais à ma disposition plusieurs longues-vues et… les toits de Montmartre. Il n’y avait en réalité, pas grand chose à regarder. Un jour je fus confronté à une curieuse expérience : je voyais sur une terrasse des linges de couleurs étendus à sécher sur un fil. Je repérai un torchon (je crois) vert et le cherchai à la jumelle. Je pointai ma jumelle et trouvai un torchon bleu. Persuadé d’avoir mal visé, je cherchai à rectifier mon tir, mais au bout de quelques allées et venues entre ma vision à l’œil nu et à la longue vue, je fus obligé de me rendre à l’évidence : je ne voyais pas ce torchon de la même couleur dans les deux cas : vert de loin, bleu à la longue vue.

Évidemment je ne sortis pas dans la rue en criant que je venais d’avoir une expérience psychédélique : je remisai tout simplement cette histoire dans un coin de ma tête.

Je dois dire que la même aventure ne m’est jamais arrivée à nouveau. Ce qui est remarquable dans cette expérience c’est que j’avais vérifié plusieurs fois de suite que la couleur vue n’était pas la même avec et sans grossissement.

Trente ans plus tard, j’eus l’occasion de raconter mon histoire à des amis, et à mon grand étonnement, une des personnes présentes nous conta l’histoire suivante, assez rocambolesque d’ailleurs :

Poursuite en mobylette dans les olivettes !

L’histoire se passe dans les années 70. Dans un village du Gard, les enfants rentrant de l’école à pied sont arrivés en signalant qu’il avaient eu affaire à un …exhibitionniste… sur le chemin. Je laisse la parole à mon ami qui a vécu l’histoire, R. Defaix :

… lorsque j’ai pris cet exhibitionniste en chasse en mobylette, j’étais assez loin de lui, sa salopette était verte, lorsque je me suis rapproché de lui, sa salopette était toujours verte. Quand il a réalisé que sur le chemin, je le rattraperai, il s’est engagé dans une olivette. En tout terrain j’étais moins rapide, je l’ai perdu de vue . J’ai posé la mobylette et couru à travers les arbres. Je l’ai retrouvé un peu plus loin assis à l’ombre d’un olivier, sa salopette était bleue et j’ai reconnu la tenue des ouvriers de la source Perrier. Quant je l’ai interpelé, il m’a répondu < je me repose a l’ombre> j’étais hésitant ne sachant plus si c’était le même homme, (mais mon épouse qui le suivait avec les jumelles ne l’avais pas perdu de vue.) […]

J’ai bien réfléchi par la suite à ce problème et j’ai pensé que peut-être, l’excitation nerveuse avait fait monter ma tension et aussi dégagé de l’adrénaline, ce qui avait troublé ma perception des couleurs…

Ce qui est caractéristique dans cette histoire, c’est que la différence de couleur du vêtement perçue entre le départ et l’arrivée fut suffisante pour décontenancer le poursuivant. Malheureusement, mon enquête ne m’a pas permis de remonter à la source pour savoir de quelle couleur la salopette était vue aux jumelles ?!?)

Conclusion

Ces deux témoignages semble corroborer l’existence d’une illusion de couleur mettant en scène une confusion entre le vert et le bleu quand la tache est petite. Il serait intéressant de rechercher (les moteurs de recherche sur internet permettent aujourd’hui des recherches à une échelle inimaginable avant) si il existe d’autres témoignages déjà écrits ou d’en recueillir de nouveaux, grâce au présent article.

Il pourrait seulement s’agir de l’ illusion suivante (empruntée au site : http://pourpre.com/couleur/perception.php). Le ciel ayant joué le rôle du fond bleu dans la vision à distance ?

vert-et-bleu

Références

  1. Cette langue inspirée notamment des langues polynésiennes (elle comprend un duel, mais aussi un triel…) a été créée par un linguiste, d’où son souci d’y avoir une carte des couleurs exotiques. Visiblement il n’y a pas de nom en navi’i pour le vert… en fait, l’idée du créateur a probablement été que sur cette planète, tout est vert et n’a besoin d’ un nom que ce qui n’est pas vert ? C’est peut-être pousser le bouchon un peu loin, je ne crois pas qu’il existe ainsi des langues ayant des “trous de couleur”.

Commentaires

Plaisir de lecture

“L’esprit de l’homme est naturellement plein d’un nombre infini d’idées confuses du Vrai, que souvent il n’entrevoit qu’à demi, et rien ne lui est plus agréable que lorsqu’on lui offre quelqu’une de ces idées bien éclaircie et mise dans un beau jour.” (Boileau, 1636-1711, Préface à L’Art poétique, 1701).
Sincèrement vôtre,
JMDP.S.: je propose ici 5 étoiles, sans que mes compétences m’autorisent à émettre un jugement très éclairé, sur ces questions complexes. D’autres sauront, mieux que moi, motiver leur avis…
Dernière modification 22 sept. 2011 04:58

 

Enfin un vrai commentaire, je reçois en ce moment du commentspam sur pleins de knols ….Très élogieux de plus, je ne sais pas si Boileau aurait trouvé mon explication ou mon style si lumineux !En tout cas merci pour les étoiles !Et bonne continuation sur Knol, il reste encore de l’espoir (?)

Publié par Stephane Jourdan, 14 sept. 2011 15:05Publié par Stephane Jourdan, dernière modification 14 sept. 2011 15:05

De l’espoir, sûrement.
Bien à vous,
JMD

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