Vaguelettes, vagues, marées et … évolution


Il y a cent ans, nombreux devaient être les gens qui n’avaient jamais vu de vagues, tous ceux qui n’avaient pas eu la chance d’aller au bord de la mer en fait !

tumblr_mu77ozzXhA1rg2su3o1_500

 

 

Aujourd’hui, le phénomène des “vagues” est tellement connu qu’il n’est guère utile de le décrire et ceux qui ne sont jamais allés à la mer ont vu les vagues à la télé…

Le mot “vague” désigne aussi les oscillations qu’on peut observer quand on se trouve au large mais dans cet article je me concentrerai sur les vagues qui déferlent, un tant soit peu, sur le rivage. Ce déferlement se produit avec un bruit caractéristique de la nature du littoral,  sable ou grève. On peut compter les vagues, même les yeux fermés.

Quand “il n’y a pas de vagues”, il y a tout de même des vaguelettes, qui sont de petites vagues…

Elles déferlent à peine, sans grand bruit. Bien entendu, les vagues et vaguelettes ne sont qu’un seul et même phénomène, des ondulations de la surface de l’eau de longueur d’onde à peine différentes.

En réalité, quand il y a des vagues, les vaguelettes sont là aussi, mais on ne les remarque pas, elles sont masquées par la puissance de leurs ainées.

En mer on devient conscient de la multitude fractale de taille des vagues (avec une limite supérieure, heureusement) qui se superposent, se croisent et se dépassent sans se mélanger. Sur le rivage on observe surtout une taille précise de vagues, avec une tendance à y voir des fréquences, comme un retour de vagues plus fortes toutes les 11 ou 17 vagues, par exemple.

Si on reste sur le même point du rivage suffisamment longtemps, un autre phénomène va nous apparaître au bout d’un moment : la mer est en train de monter, ou de descendre. C’est la marée.

Du point de vue physique, les marées peuvent aussi être décrites comme des ondes, des oscillations, c’est à dire des vagues mais dont la période est beaucoup plus longue, leur “longueur d’onde” également. Etant donné cette grande longueur d’onde, la vague de marée ne déferle pas dans les conditions ordinaires (elle peut le faire dans un mascaret quand cette vague subit une réfraction qui la transforme en soliton).

Donc en résumé, et bien qu’il soit aisé de démontrer que physiquement la nature de ces ondulations est la même, on a la perception de deux phénomènes distincts, les vagues (et/ou vaguelettes) d’une part, la marée d’autre part.

 

La mer… en vidéo

 

La démocratisation de la vidéo a changé la donne :

Quiconque a observé une vidéo qui a été tournée en bord de mer et qui est projetée en léger accéléré (entre 5 et 20 x) aura noté l’apparition d’un nouveau phénomène, qu’on pourrait appeler des “micro-marées”…

Alors que les vagues sont devenues des ombres qui traversent rapidement la scène sans prendre forme, on remarque des montées et descentes assez nettes et brusques de la limite de l’eau. Autrement dit les vagues sont devenues des fantômes, mais des ondes qui étaient invisibles auparavant apparaissent comme des ectoplasmes !

Explication : les vagues et vaguelettes nous sont visibles à cause de notre mémoire à très court terme, une forme de la mémoire généralement négligée, mais qui est obligatoirement sous-jacente à notre perception du mouvement. La perception de la marée en revanche, qu’on ne voit pas bouger pourtant, nous est accessible à cause de notre mémoire à moyen-terme. Nous nous rappelons qu’il-y-a-une-heure la mer venait jusque là, pas si loin, ou pas si près !

Entre ces deux “fenêtres” de la mémoire, il n’y a rien, et c’est pour cela que nous ne percevons pas les occillations qui ont une période exprimée en minutes. Le fait d’accélérer la vidéo retransforme ces micro-marées en vagues et nous les font apparaître.

Remarquons que dans d’autres cas, on voit en quelque sorte la marée, mais sans voir les “vagues”. Le cas des cheveux est typique : on ne les voit pas pousser, on ne les voit pas tomber mais on les voit (à condition de ne pas être avec la personne étudiée tout le temps) s’allonger, on les voit reculer sur le crane et quelquefois, on les voit changer de couleur…

 

Et l’évolution ?

 

Et quel est le rapport de tout ça avec l’Evolution ?

Ce rapport est que nous voyons la nature au rythme de notre perception et que cette perception a des “fenêtres” de fréquences que nous voyons, et qu’ENTRE ces fenêtres se déroulent des phénomènes que nous ne voyons pas.

Le premier exemple qui illustrera ma démonstration est celui des battements d’ailes. Le battement d’aile des oiseaux et des insectes n’est certes pas fondé sur la même mécanique, mais du point de vue cinématique, il s’agit tout de même d’un phénomène homologue. La fréquence du battement est inversement proportionnelle à la taille de l’animal (ou plus probablement à son carré ou cube).

Et nous VOYONS  les oiseaux battre des ailes, mais pas du tout les mouches, ou tout simplement les oiseaux moins gros qu’un pigeon ! Il s’agit uniquement d’une question de fréquence et il suffit de filmer ces petits animaux avec une caméra ultra-rapide et de repasser le film au ralenti pour nous assurer que les battements d’aile ont bien lieu de la même manière, en haut, en bas, etc….

Par ailleurs si on observe les mouvements et les réactions des animaux les plus petits, comme ceux qui battent des ailes trop vite pour que nous les voyions, on est obligé de se rendre compte qu’ils vivent dans un temps ‘accéléré’ par rapport au nôtre et qu’eux même percoivent très certainement ces mouvements beaucoup trop rapides pour nous.

Deux mouches ou même deux colibris qui se poursuivent sont en train de vivre dans un temps qui passe surement plusieurs fois plus vite que le nôtre.

Cette accélération du temps chez les animaux les plus petits se retrouve sous la forme d’un ralentissement chez les animaux les plus gros, comme les éléphants, qui ne peuvent pas courir, et les baleines qui ont des mouvements de nage si incroyablement lents.

Grossièrement la vitesse d’écoulement du temps est elle aussi “inversement proportionnelle” à la taille de l’animal. On pourrait par ailleurs, et aussi logiquement, relier cette vitesse du temps à la durée de vie totale de l’animal, de sorte que “vue de l’intérieur” l’expérience d’une vie représenterait au total à peu près toujours la même durée.

Séduisante idée, qui ferait qu’une souris, qui ne dépasse guère trois ou quatre ans de longévité, aurait en réalité une expérience intérieure comparable à nos 60-80 années de vie, parce que chaque unité de temps de sa vie de souris serait vécue avec mille fois plus de détails et d’évènements que les mêmes unités de temps de la nôtre.

Le raisonnement pourrait même être inversé et c’est PARCE QUE ces animaux vivraient un temps grandement accéléré par rapport au nôtre qu’il vivraient au total beaucoup moins longtemps.

Certains raisonnements sur la durée de vie proposent d’ailleurs que le nombre de battement d’un coeur serait compté. Comme le coeur des petits animaux bat beaucoup plus vite que celui des gros, pour la même raison que les battements d’ailes, la durée plus courte de leur vie s’expliquerait ainsi.

Et le fait que ce genre de théorie soit exprimée par rapport au cœur, cela donne une sorte d’aspect véridique, alors que si on proposait que la durée de vie d’un individu soit liée au nombre de battements de cils, cela paraîtrait tout de suite beaucoup plus fantaisiste….

Avant de passer à la substantifique moelle de cet article, remarquons que la “vitesse de vie” des animaux n’est pas strictement lié à leur taille, ou même à leur longévité. Les gastéropodes, animaux notoirement lents, mais pas spécialement longévifs, sont un cas qui contredit un peu la règle vue ci-dessus. Etant donné que ces animaux sont très lents à la détente, ils devraient vivre vieux, ce qui je crois n’est pas le cas.

En revanche, les ayant filmés, j’ai pu assister à un phénomène inattendu : vus en accéléré les dits gastéropodes se sont révélés avoir un comportement beaucoup plus proche des animaux de la même taille mais plus rapides, comme les insectes. Au lieu de les voir se traîner dans une quasi immobilité (comme s’ils étaient en fait “au ralenti”) soudainement ils se transforment en animaux normalement vifs qui furètent joyeusement à droite et à gauche.

Cela a rarement été fait je pense,  mais si on filmait des petits mammifères, comme les souris, avec une caméra ultra-rapide pour les projeter au ralenti, on se rendrait compte que les souris ont le même genre de mouvement que les vaches…

 

Une vie de durée géologique

Maintenant, imaginons que nous puissions ralentir notre organisme à volonté, cent fois, mille fois, un million de fois (nous vivrions alors 80 millions d’années…).

Il serait aussi possible alternativement de filmer pendant plusieurs millions d’années et de projeter ce film avec un appareil capable d’accélérer la vidéo jusqu’à un million de fois (mais ce serait ennuyeux à visionner, car chaque million d’année durerait quand même un an à la projection…)

Que verrions nous ?

lacombe-marine-Ren copie

Si on se base sur les observations faites au début de cet article, nous assisterions à des disparitions et à des apparitions de phénomènes !

Ce sont les phénomènes rapides qui disparaîtraient dès les premiers tours de manivelle un peu accélérés, comme le vol des oiseaux dans le ciel.

En accélérant toujours la projection, la succession des jours et des nuits, comme le passage des vagues, deviendrait une sorte de clignotement.

Puis en accélérant encore, ce serait le rythme des saisons, les années.

À un certaine vitesse, les arbres se transformeraient en des sortes d’hydres qui sortent de la terre en se tortillant vers le ciel (comme on le voit avec des plantes filmées en accéléré); En accélérant encore les forêts finirait par devenir très exactement comme ces chevelures dont on a parlé plus haut. On n’y verrait plus pousser ou mourir les arbres individuels, mais une sorte de couverture globale représentant la population d’arbres en devenir.

Mais abandonnons ce projecteur qui nous donnerait probablement le vertige avec une image de plus en plus floue et recentrons nous plutôt sur l’idée d’une vie allongée dans un organisme ralenti. Quelle serait alors notre perception de la nature. Il faut évidemment se concentrer sur les plantes ( éventuellement la géologie) car les animaux, du fait de leur mouvement continuel, seraient les premières choses à disparaître évidemment.

Comme on vient de le voir avec notre projecteur imaginaire, au cours de l’accélération une forêt se transformerait d’abord en une sorte de tableau surréaliste avec ces pieuvres végétales griffant le ciel mais en accélérant encore, ou plutôt en ralentissant encore notre perception, on arriverait finalement à la disparition des arbres individuels et la forêt deviendrait une sorte de pelage végétal, un peu ce que nous voyons en fait dans une pelouse, justement. Des brins d’herbe naissent, s’allongent et d’autres jaunissent et meurent en permanence, mais nous voyons toujours la même pelouse…

Au moment où les arbres individuels auraient disparus, il resterait pour cette forêt une vision de l’espèce, qui se manifesterait par la couleur, la texture, etc du tissu végétal.

Maintenant rappelons nous : en prenant la comparaison des cheveux, l’espèce ce serait la couleur du cheveu, le cheveu noir par exemple. Au cours d’une vie suffisamment ralentie, nous verrions les cheveux des gens blanchir “à vue d’œil”.

De la même manière, pour une forêt, au cours du ralentissement de notre vie, nous observerions d’abord la perte des individus, mais nous conserverions la vision de l’espèce comme une chose fixe. En ralentissant encore notre rythme de vie, nous finirions par perdre cette permanence de l’espèce et nous verrions l’espèce changer, nous serions les témoins en temps réel de l’évolution de cette espèce depuis une espèce “mère” vers une espèce “fille”.

 

Conclusion

 

Compte tenu de notre rythme de vie, nous avons une appréhension de la nature contingente. Certains phénomènes nous sont complètement invisibles soit parce qu’ils sont beaucoup trop rapides, au contraire beaucoup trop lents ou encore parce qu’ils se déroulent à un rythme intermédiaire, soit légèrement trop rapide pour notre mémoire à moyen terme mais légèrement trop lent pour notre vision des mouvements.

La grande difficulté d’accès à la géologie est cette lenteur des phénomènes, qui a longtemps empêché les hommes de les saisir. Aujourd’hui je suis persuadé que de nombreuses personnes qui ont appris à l’école que les rivières avaient creusé leurs vallées sont persuadées que c’est évidemment faux et que la rivière se contente de couler là où la vallée se trouve…

Mais on insiste souvent sur cette dimension hyper-historique de la géologie, les manuels sont remplis d’allusions à la lenteur et à la durée de ses manifestations.

En biologie, les constatations et les avertissements de même nature existent aussi mais il probable que personne n’y attache autant d’importance à cause de la multitude de phénomènes rapides qu’on y observe. Globalement, le biologiste est aveuglé par le niveau spécifique, car c’est le niveau d’analyse qui recoupent aussi bien notre expérience des organismes qui vivent bien moins longtemps que nous (comme les microbes, insectes etc.) mais aussi celle des organismes qui vivent bien plus longtemps que nous (comme les arbres, les coraux, etc.)

 

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s

%d bloggers like this: